Avec La chorale Rojinegra : A las barricadas

Publié le 23 Juillet 2022

Par Auteur inconnu — http://gimenologues.org/spip.php?article548 - https://petitescoupures.files.wordpress.com/2013/06/barricade-barcelona.jpg, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=36768500

 

A LAS BARRICADAS

 

Negras tormentas agitan los aires.
Nubes oscuras nos impiden ver.
Aunque nos espere el dolor y la muerte
Contra el enemigo nos llama el deber.
El bien más preciado es la libertad
Hay que defenderla con fe y valor.

Alza la bandera revolucionaria
que del triunfo sin cesar nos lleva en pos
Alza la bandera revolucionaria
que del triunfo sin cesar nos lleva en pos
En pie el pueblo obrero, a la batalla
Hay que derrocar a la reacción.

¡ A las barricadas ! ¡ A las barricadas !
Por el triunfo de la Confederación.
¡ A las barricadas ! ¡ A las barricadas !
Por el triunfo de la Confederación.

Traduction française

Des tempêtes noires agitent les airs
Des nuages sombres nous empêchent de voir.
Même si la mort et la douleur nous attendent
Le devoir nous appelle contre l’ennemi.
Le bien le plus précieux est la liberté.
Il faut la défendre avec foi et courage.

Lève le drapeau révolutionnaire
Qui sans arrêt nous mène vers le triomphe
Debout peuple ouvrier au combat
Il faut vaincre la réaction :

Aux barricades ! Aux barricades !
Pour le triomphe de la Confédération !
Aux barricades ! Aux barricades !
Pour le triomphe de la Confédération 

traduction carolita

HIJOS DEL PUEBLO

 

Hijo del pueblo, te oprimen cadenas
y esa injusticia no puede seguir,
si tu existencia es un mundo de penas
antes que esclavo prefiere morir.

Esos burgueses, asaz egoístas,
que así desprecian la Humanidad,
serán barridos por los anarquistas
al fuerte grito de libertad.

Rojo pendón, no más sufrir,
la explotación ha de sucumbir.
Levántate, pueblo leal,
al grito de revolución social.

Vindicación no hay que pedir;
sólo la unión la podrá exigir.
Nuestro pavés no romperás.
Torpe burgués.
¡Atrás! ¡Atrás!

Los corazones obreros que laten
por nuestra causa, felices serán.
Si entusiasmados y unidos combaten,
de la victoria, la palma obtendrán.

Los proletarios a la burguesía
han de tratarla con altivez,
y combatirla también a porfía
por su malvada estupidez.

Rojo pendón, no más sufrir,
la explotación ha de sucumbir.
Levántate, pueblo leal,
al grito de revolución social.

Vindicación no hay que pedir;
sólo la unión la podrá exigir.
Nuestro pavés no romperás.
Torpe burgués.
¡Atrás! ¡Atrás!

Version française

 

FILS DU PEUPLE

Fils du peuple, les chaînes t'oppriment
et cette injustice ne peut pas continuer,
si ton existence est un monde de chagrins
plutôt mourir que d'être un esclave.

Ces bourgeois, si égoïstes,
qui méprisent ainsi l'Humanité,
seront balayés par les anarchistes
au grand cri de la liberté.

Bannière rouge, ne plus souffrir,
l'exploitation doit succomber.
Lève-toi, peuple loyal 
au cri de la révolution sociale.

La revendication ne se demande pas ;
Seul le syndicat peut l'exiger.
Notre pavé ne se brisera pas.
Bourgeois maladroit.
Recule ! Recule !

Les cœurs des travailleurs battent
Car notre cause sera heureuse
S'ils sont enthousiastes et unis, combattent,
ils remporteront la palme de la victoire.

Les prolétaires doivent traiter 
la bourgeoisie avec dédain,
et la combattre aussi, de toutes leurs forces
pour sa méchante stupidité.

Bannière rouge, ne plus souffrir,
l'exploitation doit succomber
Lève-toi, peuple loyal,
au cri de la révolution sociale.

La revendication ne se demande pas ;
Seul le syndicat peut l'exiger
Notre étendard ne se déchirera pas
Bourgeois maladroit.
Recule ! Recule !

traduction carolita

Par Auteur inconnu — http://theanarchistlibrary.org/library/sam-dolgoff-editor-the-anarchist-collectives, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=36741795

 

Notice historique de La Rojinegra

 

« A las barricadas » est, avec « Hijos del pueblo », l’hymne de référence de la CNT espagnole.

La CNT (survol des années 1910-1936)

Fondée en 1910, la CNT (Confederación Nacional del Trabajo) est une organisation syndicale très combative et fondamentalement libertaire.

Elle doit dès 1912 passer à la clandestinité.

Entre 1914 et 1918, elle est à nouveau tolérée mais son audience croissante auprès du monde ouvrier inquiète le pouvoir du roi Alphonse XIII, qui relance des cycles d’interdictions, de procès, de persécutions, d’emprisonnements pour essayer de contenir cette force radicale.

Le patronat espagnol crée en 1920 les « Syndicats libres », regroupant en réalité des mercenaires et des tueurs à gages....De plus, le pouvoir institue la « Ley de fugas » qui autoriser la liquidation physique immédiate d’un interpellé qui « tente de s’enfuir » : plus de 150 responsables et simples militants sont ainsi froidement assassinés.

Alors, dans les milieux de la CNT, de jeunes anarchistes constituent des groupes armés pour répondre à la violence et intimider les tueurs de la police et du patronat : parmi ces pistoleros de la FAI (Federaciٔón Anarquista Iberica), il y a notamment « Los Solidarios », Durruti, Ascaso et Garcia Oliver, promis à une immense célébrité.

En 1923, le Général Primo de Rivera s’assure la réalité du pouvoir grâce à un coup d’état – avalisé par Alphonse XIII – et il installe un régime de dictature militaire.

La CNT va alors plonger totalement dans la clandestinité, sans cesser de se renforcer.

En avril 1931, les élections municipales voient la victoire des candidatures républicaines et la 2e République est proclamée.

La CNT refait publiquement surface et, dès juin 31, elle compte 600.000 adhérents. Elle s’oppose à Largo Caballero, ministre du Travail, qui encadre à outrance le droit de grève et cherche à réguler les conflits : la CNT refuse de se cantonner dans une attitude revendicative et réformiste, affirmant son exigence de transformation sociale radicale.

Dès 1931, des « grèves illégales » lancées par la CNT gagnent toute l’Espagne, avec plusieurs tentatives révolutionnaires, des insurrections locales ou régionales entre 1932 et 1934 (Catalogne, Aragon, Asturies, Andalousie...).

En février 36, avant la victoire de la gauche aux élections, il y a dans les prisons 30.000 militants de la CNT. Pour une fois, les libertaires renoncent à leur abstentionnisme classique, et le Frente Popular triomphe. L’amnistie attendue des prisonniers politiques aura bien lieu (parfois arrachée par la force, il est vrai...)

La CNT compte alors 1.600.000 membres, les ouvriers et paysans les plus déterminés dans leur volonté d’émancipation. Pour eux, tout reste à faire....

Barcelone, 19 juillet 1936

Depuis une semaine, des bruits de Coup d’état circulent ; les militants gardent nuit et jour les locaux des syndicats. A part les groupes d’action de la FAI (Federación Anarquista Iberica) et de la CNT (Confederación Nacional del Trabajo), qui possèdent quelques dizaines de revolvers et de fusils, on n’a pas d’atmes : il faut donc s’en procurer, forcer des armureries, désarmer des vigiles de nuit, prendre d’assaut un navire marchand ancré dans le port, dont on sait par l’équipage qu’il transporte une ou deux caisses de fusils.

Il y a 10.000 soldats en face.

Il faut aussi élaborer une stratégie : on décide que quand les militaires sortiront des casernes pour se diriger vers le centre ville et prendre bâtiments publics et radios afin de proclamer l’Etat de Guerre, on les laissera s’avancer et s’éloigner de leurs bases, puis on essaiera de les immobiliser et de leur faire gaspiller leurs cartouches, en les empêchant de réapprovisionner ; on bâtira des barricades, on surgira sur leurs arrières en passant par les couloirs du métro et les égouts, on tirera depuis les toits en sélectionnant les cibles.

Les quelques centaines d’armes disponibles sont réparties entre les groupes (un revolver et /ou une bombe par groupe de 5), lesquels sont distribués à travers la ville pour observer, renseigner, attaquer.

On sait que le soulèvement aura lieu à 5 h, dans la nuit du 18 au 19 juillet : la CNT a ses informateurs dans les casernes.

A 3 h, la CNT et la FAI démarrent deux camions arborant le drapeau rouge et noir, qui sont chargés de militants : ils quittent le quartier ouvrier de Pueblo Nuevo pour le centre ville. De grosses voitures, réquisitionnées et marquées à la peinture CNT-FAI sont également aux mains des anarchistes et convergent en klaxonnant le long des Ramblas :

FAI/FAI/C-N-T !  FAI/FAI/C-N-T ! FAI/FAI/C-N-T !  FAI/FAI/C-N-T !

Elles rejoignent la Place du Théâtre, transformée en camp retranché par la construction de 2 barricades et y installent leur poste de commandement.

Un autre est établi à la Casa Cambo, le siège du patronat catalan, qui à partir de ce moment là (et jusqu’à la chute de Barcelone le 26 février 39) va devenir « La Casa de la CNT-FAI ».

A 5 h les militaires sortent des casernes ; les informateurs passent la nouvelle et aussitôt les sirènes des bateaux commencent à hurler sur le port, immédiatement relayées par celles des usines, assourdissantes qui appellent le peuple au combat.

Sur leur chemin, les militaires sont accrochés ou bloqués par les ouvriers armés de pistolets ou de bombes. L’élan de la foule est tel que les soldats se retrouvent sur la défensive et se retranchent dans des bâtiments à proximité ; ces derniers sont pris d’assaut et les armes récupérées entrent à leur tour en action.

L’atmosphère est alors délirante...

Voici le témoignage de Federica Montseny (militante libertaire qui sera bientôt ministre de la Santé) :

"Bientôt toute la ville fut le théâtre de la révolution déchaînée. A mesure que l’ennemi se rendait, le peuple occupait ses réduits, s’armait. Les canons étaient traînés dans les rues par la force humaine. Les ouvriers entraient dans les lieux de résistance et en sortaient chargés de fusils, de mitrailleuses et de munitions. Les femmes et les hommes qui prenaient les couvents brûlaient tout ce qu’ils y trouvaient, même des fortunes. Comme je me rappelle ce rude prolétaire qui me montra, orgueilleusement, un bout de billet de mille pesetas qui avait été brûlé.

De ceux-là, on en a jeté un tas grand comme ça !

Générosité absolue, foi grandiose dans la victoire et dans la révolution !"

Au bout du compte, même les casernes tomberont aux mains des ouvriers, la première étant la Cuartel Pedralbes, immédiatement rebaptisée « Cuartel Bakounine ». le lendemain, après 36 heures de combats, le peuple est le seul maître de Barcelone, au prix de plus de 500 tués....

Bientôt, le général Goded, militaire félon complice de Franco dans le putsch contre la République, serait fusillé.

«  Les klaxons des autos qui parcouraient les rues de Barcelone chargées d’ouvriers le fusil au poing, jouaient la symphonie merveilleuse : F.A.I – F.A.I – C.N.T ! que reprendraient en chœur les milices en guenilles et héroïques, saoules d’illusions et d’enthousiasme, qui partiraient cinq jours plus tard vers Saragosse avec Durruti.

Les initiales C.N.T –F.A.I écrites sur tous les murs, sur tous les édifices, sur toutes les portes des maisons, les portières des voitures, partout ! le drapeau rouge et noir flottant au vent, triomphal et fantastique, image merveilleuse que nous contemplions l’âme ravie, les yeux illuminés, tout en nous demandant si nous ne rêvions pas ! « 

Abel Paz à l’époque jeune militant anarchiste, nous décrit sa ville à l’heure de la révolution :

« Barcelone était devenue un labyrinthe de barricades. D’un point de vue stratégique, beaucoup d’entre elles étaient inutiles, mais leur raison d’être résidait dans l’élan collectif qui les avait dressées, qui avait mis dans chacun des pavés accumulés le projet d’un changement social et politique.

Il faisait une chaleur étouffante. C’était le plein été, l’époque où le bleu du ciel est le plus profond, et pourtant on ne voyait ce jour-là qu’une couche nuageuse grise alimentés par la fumée que produisaient les incendies d’églises et de couvents.

L’air respiré, pâteux, était chargé de résidus, en suspension dans l’atmosphère, de toute la poudre utilisée pour s’opposer aux factieux.

Près de notre barricade, le bar Fornos, avec ses grandes salles de billard, était devenu en un clin d’œil un restaurant populaire capable de satisfaire toute personne ayant faim ou soif. Les produits alimentaires provenaient de multiples sources. Les ouvriers de la brasserie Damm avaient apporté des centaines de bouteilles, les employés des magasins d’alimentation avaient entassé jambons et charcuterie, et les boulangeries elles-mêmes qui avaient travaillé toute la nuit, approvisionnaient en pain encore chaud les cantines improvisées.

De fait, on pouvait affirmer que dès le 20 juillet 1936, l’expropriation des moyens de production, des grands négoces et des magasins était devenue une réalité. Les raisons de cette situation étaient évidentes : c’était la conséquence immédiate, la réponse au coup d’Etat militaire. »

Sources

  • Ni l’arbre ni la pierre, de D.Pinos, Atelier de Création Libertaire 2001
  • Guerre d’Espagne, d’Abel Paz, Hazan 1997
  • Barcelone 36 d’Abel Paz, La Digitale 2001
  • Ils ont osé, Espagne 1936-1939 de C. Dupont, Editions du Monde Libertaire 2002
  • Hommage à la Catalogne, de George Orwell, Editions Champ Libre 1982

Au mois de décembre 36, George Orwell arrive à Barcelone, bien décidé à participer à la lutte contre les militaires fascistes qui ont déclenché la guerre civile ; il combattra avec les milices sur le Front d’Aragon et laissera dans Hommage à la Catalogne un témoignage historique irremplaçable sur la période.

         J’étais venu en Espagne dans l’intention d’écrire quelques articles sur les journaux, mais à peine arrivé je m’engageai dans les milices, car à cette date, et dans cette atmosphère, il paraissait inconcevable de pouvoir agir autrement. Les anarchistes avaient toujours effectivement la haute main sur la Catalogne et la révolution battait encore son plein. Sans doute, quiconque était là depuis le début devait avoir l’impression, même déjà en décembre et en janvier, que la période révolutionnaire touchait à sa fin ; mais pour qui arrivait alors directement d’Angleterre, l’aspect saisissant de Barcelone dépassait toute attente. C’était bien la première fois dans ma vie que je me trouvais dans une ville où la classe ouvrière avait pris le dessus. A peu près tous les immeubles de quelque importance avaient été saisis par les ouvriers et sur tous flottaient des drapeaux rouges ou les drapeaux rouge et noir des anarchistes ; pas un mur qui ne portât griffonnés, le marteau et la faucille et les sigles des partis révolutionnaires ; il ne restait de presque toutes les églises que les murs, et les images saintes avaient été brûlées. Çà et là, on voyait des équipes d’ouvriers en train de démolir systématiquement les églises. Tout magasin, tout café portait une inscription vous informant de sa collectivisation ; jusques aux caisses de cireurs de bottes qui été collectivisées et peintes en rouge et noir ! Les garçons de café, les vendeurs vous regardaient bien en face et se comportaient avec vous en égaux. Les tournures des phrases serviles ou même simplement cérémonieuses avaient pour le moment disparu. Personne ne disait plus Señor ou Don, ni même Usted : tout le monde se tutoyait, on s’appelait « camarade » et l’on disait Salud au lieu de Buenos días. Il n’y avait pas d’automobiles privées : elles avaient été réquisitionnées ; et tous les trams, taxis, et bon nombre d’autres véhicules étaient peints en rouge et noir.

La Rojinegra, Gardons la mémoire !

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article