Avec la Rojinegra : Faut plus de gouvernement

Publié le 2 Juillet 2022

 

Faut plus d’gouvernement (François Brunel, 1889)

À chaque coin de rue
Le travailleur surpris
Sur l’affiche se rue
Des candidats d’Paris
On voit beaucoup d’promesses
Écrites sur le papier
Mais l’peuple ne vit pas d’messes
Alors ça l’fait crier


Refrain :


L’gouvernement d’Ferry
Est un système pourri
Ceux d’Floquet, de Constans
Sont aussi dégoûtants
Carnot ni Boulanger
Ne pourront rien changer
Pour être heureux vraiment
Faut plus d’gouvernement



Le gros ventru qu’engraisse
L’suffrage universel
Vient vous battre la grosse caisse
Comme monsieur Géraudel
Il vous promet tout rose
Mais quand il est élu
Ça n’est plus la même chose
Il vous tourne le cul !

Certains énergumènes
Débitants de discours
Vous redisent les rengaines
Qu’on entend tous les jours
Moi j’suis un homme intègre
Moi j’suis un érudit
Mon copain est un pègre
Mais l’populo leur dit :


Refrain


Même des socialistes
Membres de comités
Soutiennent des fumistes
Qui s’portent députés
Y’a pas à s’y méprendre
Qu’ils soient rouges, bleus ou blancs
Il vaudrait mieux les pendre
Que d’leur foutre vingt-cinq francs[1]

Tu leur paies des ripailles
Toi, peuple souverain
Et lorsque tu travailles
À peine as-tu du pain
Ne sois donc plus si bête
Au lieu d’aller voter
Casse-leur la margoulette
Et tu pourras chanter


Refrain


De toute cette histoire
Voici la conclusion
L’électeur c’est notoire
N’a pas tout’ sa raison
J’n'aim’ pas le fataliste
Je n’ai ni foi ni loi
Je suis abstentionniste
Ami voici pourquoi :


Refrain

Faut plus de gouvernement

 

Chanson de 1889 de François Brunel

Faut plus de gouvernement fait partie des 32 chansons et monologues anarchistes écrits par le garçon de café François Brunel. Ils ont été publiés dans le journal Le Père Peinard fondé par Emile Pouget.

Elle est bien caractéristique de l’époque avec sa hargne anti-électoraliste et ses appels énergiques à l’action directe. Pour les anars d’aujourd’hui, elle n’a pas beaucoup vieilli : malgré tous les noms de  politiciens de l’époque, dont certains ne nous disent plus rien, elle reste actuelle, inusable, fraîche comme un œuf pourri et prête à être lancée.

Rappel historique de la Rojinegra :

Pour les anarchistes, des conquêtes ouvrières réduites à des augmentations de salaires ou des diminutions du temps de travail devraient être considérées comme insignifiantes, et c’est ce qui les avait fait s’intéresser aux grèves sauvages et mouvements de révoltes radicaux (comme l’émeute de Decazeville en 1886 et le meurtre du sous-directeur des mines Watrin).

Par ailleurs, rejetant toute mainmise des politiques sur le mouvement syndical (légalisé depuis le 21 mars 1884), les ouvriers à travers une succession de Congrès (entre 1876 et 1894) avaient finalement adopté la grève générale comme « seule solution » pour arriver à l’émancipation des travailleurs. Ainsi dès 1888 la propagande en faveur du terrorisme a disparu complètement dans les journaux anarchistes : une force nouvelle est en marche, le syndicalisme révolutionnaire....action directe, boycott, sabotage, rejet de la politique et de la représentation électorale : cette fois c’est la guerre organisée contre le capitalisme qui a commencé et le monde va changer de base.

Il faut néanmoins faire un retour rapide sur l’ »Ere des attentats » (1892-1894) à laquelle on veut souvent réduire le mouvement anarchiste et qui constitue sa légende noire.

L’assassinat en mars 1881 du tsar Alexandre III par des révolutionnaires russes avait impressionné le mouvement anarchiste en France. On rêvait d’ »actes éclatants capables de saper la société bourgeoise » comme le racontera J.Grave, 1854/1939, journaliste et théoricien anarchiste.

Et certains en vinrent à considérer que la dynamite était bien ce qu’il y avait de plus éclatant.

Il y eut d’abord des actes isolés, comme l’attentat contre la statue de Thiers à St Germain en 1881 – une initiative commanditée par le Préfet de police Andrieux – ou la bombe au théâtre Bellecour à Lyon, autre machination policière. (A notre d’ailleurs qu’en 1880-1881, Paris est la seule ville où paraît un journal anarchiste, La révolution sociale, et que ce dernier est né d’un généreux financement occulte de la Préfecture de police, car, comme le dira Andrieux «  donner un journal aux anarchistes, c’était placer un téléphone entre la salle de conspirations et le Cabinet du Préfet. »)

D’autres actes suivirent, manifestations de cette « propagande par le fait »qui n’avait pas la prétention de résoudre la question sociale mais voulait « désigner aux exploités leurs véritables ennemis ». Toutefois, malgré tous les manifestes, proclamations, affiches et déclarations incendiaires, ces actes furent peu nombreux.

Mais à partir de 1892, c’est une véritable épidémie terroriste qui se développe en France : Ravachol, Emile Henry, Auguste Vaillant, Sante Caserio.....une succession d’actes de vengeance. Et la police se montre parfois curieusement « incapable » de neutraliser tel suspect bien repéré prêt à passer à l’action. (A propos de l’attentat à la bombe de la Chambre des Députés le 9 décembre 1893, le Commissaire Raynaud notera dans ses Souvenirs : « Jamais bombe plus anodine n’était intervenue plus à propos »).

Toujours est-il que, à la suite de ces évènements, la Chambre des Députés pourra voter les textes législatifs connus comme les « lois scélérates » (décembre 1893) qui interdisent toute forme de propagande des idées anarchistes et révolutionnaires en général.

Surveillé par la police, François Brunel est arrêté à plusieurs reprises pendant la période des attentats anarchistes.

La Rojinegra, Gardons la mémoire !

Avec la Rojinegra : Faut plus de gouvernement

Rédigé par caroleone

Publié dans #Chanson non crétinisante, #Avec la Rojinegra

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