Avec la Chorale Rojinegra : Les IWW

Publié le 21 Mai 2022

LA ROJINEGRA

La chorale ROJINEGRA désire garder et développer la mémoire des mouvements populaires qui , depuis toujours , ont surgi contre les oppressions.

Avec les chansons du répertoire populaire traditionnel, nous entendons célébrer le mouvement social et la lutte perpétuelle des hommes pour la dignité et la liberté...

de l'Antiquité à aujourd'hui ...
de Kronstadt à Milan ...
de Chicago à Barcelone !

Et puisque notre époque, comme celles du passé, a beaucoup d'infamies à son palmarès et beaucoup de canailles dans ses tribunes officielles, -mais aussi des Résistants magnifiques- nous nous faisons un plaisir d'écrire des chansons d'actualité ...pour que chacun ait ce qu'il mérite.

Nous chantons dans la rue, sur les marchés, dans les manifestations,
quand on nous le demande et aussi quand on ne nous le demande pas...

Le nom de la chorale, ROJINEGRA, dit assez nos sympathies libertaires.
Si vous avez envie de chanter l'égalité sociale, REJOIGNEZ-NOUS !

CONTACT : Ici et Maintenant

Les IWW

(les I/double/double U)

image 

 

Chanson d'hommage au syndicalisme révolutionnaire des Etats-Unis,
sur l'air de « Sur la grand-route » ,de Gaston Couté, vers 1900.

 

1 1905 :à Chicago
On désire un monde nouveau.
Les travailleurs de l'Industrie
Construisent un vrai Syndicat...
On les appellera « Wobblies »,
Aujourd'hui résonnent leurs voix :
Nous chantons l'héroïsme fou
Des IWW.


2 C'était des vrais Américains
Et ils étaient des Italiens
Des Allemands ou des Français
Des Mexicains ou des Suédois,
Des Polonais, des Japonais
Ou des Anglais ou des Chinois-
Syndiqués pour transformer tout,
Les IWW.


3 Face à l'Etat, au patronat,
Ils ont créé leur syndicat
Pour se lever comme un seul homme
Quand l'ouvrier est exploité,
Mais oui ! pour mettre fin en somme
A l'esclavage salarié...
Ils voulaient aller jusqu'au bout
Les IWW.


4 C'est une seule grande Union
Avec toutes les professions
Qu'ils étaient résolus à faire,
Ceux de la mine et des scieries,
Du bâtiment, du chemin d' fer
Du pétrol(e) de l'hôtellerie...
Oui, vraiment ils étaient partout !
Les IWW


5 Dans les champs et dans les usines
Et dans le transport maritime,
Le textile et l'automobile
Et chez les femmes de ménage
La vie était trop difficile :
Il fallait faire du nettoyage :
Ils ne tendaient pas l'autre joue,
Les IWW !

6 Les premiers, ils ont refusé
Que les Noirs soient discriminés :
« Peu importe votre couleur,
Vous serez toujours bienvenus !
L'homme blanc n'est pas le meilleur
Et les Indiens l'ont souvent vu !
C'est la fraternité chez nous,
Les IWW ! »


7 Les femmes n'étaient pas derrière
Et l'on voyait les ouvrières
Qui défendaient leur dignité,
Prenant la parole en public :
Elles exigeaient l'égalité
Et savaient bousculer les flics...
Elles ne craignaient pas ces voyous,
Les IWW.


8 Les chômeurs, les non-qualifiés
Aussi les femmes au foyer
Avaient leur place au Syndicat,
Communauté égalitaire :
Le Grand Soir, on l'attendait pas
Pour vivre comm(e) des libertaires...
Ils partageaient pas que les coups,
Les IWW.


9 Et ces vampires de patrons,
Ils les dénonçaient en chansons,
Raillant la morale des maîtres
Et son hypocrisie sans bornes...
Ils chansonnaient aussi les prêtres :
Les prêcheurs, quels farceurs énormes !
Pas de ce paradis pour Nous,
Les IWW !


10 Joe Hill était un compagnon,
Et il composait des chansons...
Tous les Wobblies les connaissaient.
Et dans la rue, les campements,
Dans les cantines et les piquets
Les chantaient inlassablement
Mêm(e) quand on les foutait au trou,
Les IWW...

11 A la suite d'un coup monté
Joe Hill a été arrêté.
La polic(e) qui voulait sa peau
L'a chargé d'un crime de sang...
Il faisait chanter l'populo
Et donc n'était pas innocent !
Ils l'ont fusillé : Lui, pour Nous,
Les IWW...


12 « Pays le plus libre du monde » :
On répète ça à la ronde,
Mais c'est un slogan aussi creux
Que la Statue d' la Liberté...
Il y a la mitraille pour ceux
Que la prison n'a pas calmés...
La loi ne protèg(e) pas beaucoup
Les IWW !


13 On ne peut pas tous les nommer
Ceux qui furent assassinés.
Frank Little, militant indien,
Wesley Everest à Centralia...
Massacrés par des bons à rien
A la solde du patronat...
Lynchés la nuit, la corde au cou !
Les IWW...


14 Et pourtant, ils ont tenu bon,
Ils ont affronté les patrons,
Gagné la Journée de 8 heures,
Des augmentations de salaires,
Des conditions de vie meilleures :
Ils étaient révolutionnaires
Et amenaient l'espoir partout,
Les IWW.


15 Ils arrivaient de tous les coins
Quand les copains avaient besoin
De leur aide pour le combat
Et ils sautaient dans les wagons :
Par centaines ils partaient là-bas
Remplir, saturer les prisons
Et faire péter les verrous,
Les IWW !

16 Dès les débuts du Syndicat,
Eux qui défiaient ainsi l'Etat,
Ils ont été persécutés,
Menacés, matraqués, battus,
Jugés vit(e) fait, emprisonnés...
Certains même ont été pendus !
20 ans, ils ont tenu le coup !
Les IWW...


17 Le terrorisme de l'Etat,
Police, truands et gros bras,
Arrestations, exécutions,
Rafles, procès, assassinats,
827 ans de prison
Pour les leaders du Syndicat,
C'était beaucoup, même pour Vous
Les IWW !


18 Certains se demandent encore :
« Y a-t-il une vie après la mort ? »
Mais ce qui est plus important,
Comme le disaient ces compagnons,
C'est qu'il y en ait un(e) vraie avant,
Et vive la ONE BIG UNION !
Votre légende reste en nous,
Les IWW.......

..La Rojinegra

« SI C'EST CONTRE LA LOI
C'EST LE MOMENT DE BRISER CETTE LOI »
« Big Bill » Haywood, mineur,
un des fondateurs de l'IWW.

 

Merci aux comp@s de la Rojinegra 😉

pour avoir une idée de l'air de la chanson de Gaston Couté

Garder la mémoire

 

DEBUT DU XXè SIECLE AUX ETATS-UNIS : LES IWW
(Rappels historiques par La Rojinegra )

En 1905,après 40 ans de conflits sociaux sanglants, naît à Chicago une nouvelle organisation, IWW: Industrial Workers of the World (Travailleurs Industriels du Monde -ils se surnomment familièrement les Wobblies).
Ce syndicat veut rompre avec le corporatisme de l'AFL ,pour défendre les travailleurs dans leur ensemble :  les Blancs, les Noirs et les autres; les hommes et les femmes ; les qualifiés et les non-qualifiés ; les chômeurs, etc...
Il s'agit non seulement d'obtenir des salaires décents et des conditions de vie tolérables, mais aussi, à terme, d'arriver à un changement profond des rapports sociaux et de construire une société égalitaire, débarrassée du parasitisme capitaliste.

Les IWW savent que « Les amis des Nègres doivent subir le même sort qu'eux » et qu'en syndiquant les travailleurs Noirs ils risquent souvent torture, mutilations et lynchage de la part des hommes de main des notables Blancs : mais ils ne se laissent pas arrêter et défient en plus
l' Etat et les dispositions d'apartheid... Ainsi,« Big Bill » Haywood, un des fondateurs, un mineur à la célébrité légendaire, appelle à violer la Loi pour réaliser une assemblée mixte (Blancs et Noirs ) des travailleurs du Bois : « Si c'est contre la Loi, c'est le moment de briser cette Loi ».

En plus de leur rejet radical du racisme et de leur internationalisme (de multiples nationalités s'y rejoignent -et le syndicat prendra d'ailleurs pied solidement à l'extérieur des USA, en Amérique Latine, en Australie et en Nouvelle-Zélande) ,les IWW cultivent des valeurs nouvelles, qui constituent une véritable contre-culture populaire :
L'importance attachée à la connaissance, à la formation intellectuelle, à la
culture, les conduit à faire de leurs locaux IWW ,dans tout le pays, des lieux de rencontre, de lecture, de véritables centres culturels populaires avec
spectacles, musique, théâtre, débats, bals, etc...
L'intérêt pour la poésie en pousse beaucoup à composer, et particulièrement dans le domaine de la chanson : une chanson de combat, à partir d'airs connus détournés ( cantiques religieux et autres tubes ineptes ), qui raille la morale des maîtres, dévoile les impostures de la civilisation moderne, flétrit la respectabilité fallacieuse des nantis, -mais en même temps informe, attise les flammes de la colère, aide les gens à formuler
leurs problèmes, suggère des solutions.
Dans les luttes, des centaines, parfois des milliers de Wobblies reprennent ensemble ces chansons que tout le monde connaît, renforçant ainsi leur solidarité et leur unité au sein de leur organisation ouverte à tous.
Joe Hill est le plus célèbre de ces auteurs de chansons destinées à secouer le
Vieux Monde: immigré d'origine suédoise, il est universellement connu des
100 000 membres de l'IWW.
C'est un homme à abattre.
Il est arrêté par la police de l'Utah, sur une inculpation de meurtre construite de toutes pièces, selon la vieille technique du coup-monté, qui avait déjà servi contre les 8 de Chicago, en 1886, qui servira contre Sacco et Vanzetti , puis encore contre Leonard Peltier et Mumia Abu Jamal (pour se limiter aux cas les plus connus).
Joe Hill sera fusillé le 19 novembre 1915. 

Ses funérailles à Chicago sont une manifestation chantante immense,
rassemblant des dizaines de milliers de travailleurs, et des discours y sont
prononcés en 10 langues différentes.

La parole est également une des armes favorites dans cette « One Big Union » :
on se plaît à prendre la parole en public, interpeller, provoquer le débat, en montant dans la rue sur une caisse à cirage (« soapboxing »),à occuper le terrain.
De nombreux orateurs, hommes et femmes, sont irrésistibles et cassent la baraque par leur talent: fables, contes, anecdotes, blagues, calembours, parodies, invectives traduisent la créativité populaire, manifestent son humour, son anticonformisme, expriment ses rêves et ses exigences.
Les IWW ont compté de nombreuses personnalités féminines célèbres, comme Mary « Mother » Jones ou Lucy Parsons (la compagne d'Albert Parsons,un des « 8 » de Chicago).mais l'important est la place des femmes dans le syndicat : elles ont fait partie des fondateurs, des militants en vue, des leaders. Elles ont joué un rôle décisif dans de nombreuses grèves, et leur courage était célébré dans les chansons IWW.
Dès le début, les IWW ont exigé l'égalité des salaires entre hommes et femmes; les femmes au foyer ont eu leur place au syndicat ,avec voix délibérative.
De plus, des questions comme la contraception, le droit des femmes sur leur corps, le contrôle des naissances, la prostitution, étaient traitées et débattues à l'IWW, alors qu'elles étaient communément évitées, ignorées, sinon tabou.
Plusieurs Indiens ont fait partie des révolutionnaires « rouges à 100% » de l'IWW, et étaient des légendes vivantes...
Parmi eux, William Stanley, qui perdit la vie en 1911 en combattant au Mexique avec d'autres IWW comme volontaire de la Revolucion...Honneur au Général William Stanley !
Parmi eux, Frank Ellis, Cherokee ,qui disait connaître « toutes les prisons ,du Texas au Minnesota ».
Parmi eux, Frank Little, Cherokee lui aussi, organisateur de premier plan du syndicat pour les travailleurs agricoles, enlevé la nuit du 31 Juillet 1917 par les hommes de main d'une compagnie minière, attaché derrière une voiture, traîné sur la route et lynché...
Les IWW considéraient comme une monumentale infamie la Conquête de l'Ouest, encore toute récente, et se voulaient volontiers fils spirituels des Peaux-Rouges, eux qui, employés dans les scieries de l'Ouest, observaient avec consternation l'anéantissement des grandes forêts de séquoias et la rapacité insatiable de l'industrie du bois.
Certains Wobblies de tout premier plan, comme « Big Bill » Haywood, méprisaient tout simplement le mythe du « Progrès ».

Et , pour beaucoup ,la vraie vie était dans la communauté libertaire et itinérante des travailleurs migrants, avec son fonctionnement délibérément utopiste d'entraide et de solidarité ,qui préfigurait une nouvelle société.
Par centaines, ces vagabonds volontaires sautaient dans les wagons et brûlaient le dur pour rejoindre le point du pays où une grève avait le plus besoin de leur aide, où la répression était la plus dure...Ils y occupaient la rue et remplissaient les prisons... jusqu'à ce que les portes cèdent .
Une trentaine de campagnes pour la Liberté de parole furent gagnées de la
sorte à travers les USA ,renforçant la popularité des IWW et la solidarité ouvrière, au fil des succès durement remportés.

Instruits par les 40 années de répressions sanglantes qui avaient précédé la
création de l'IWW, les compagnons essayaient d'éviter l'usage de la violence,
sachant que les lois permettaient d'arrêter leurs leaders, de leur faire porter la responsabilité de tout débordement ,et d'aller jusqu'à la condamnation à mort, comme cela avait été le cas pour les « 8 de Chicago » ,assassinés légalement en 1887.
Mais cela n'a empêché ni d'incessantes campagnes de presse appelant au meurtre contre eux, ni le recours par les patrons à des « Contrats » confiés à la pègre, ni le Massacre d'Everett (5 novembre 1916),ni les agressions en forme de pogrom contre les locaux du syndicat et les lynchages...

A Centralia, près de Seattle (Etat de Washington),une horde d'anciens
combattants fêta le 1er anniversaire de l'Armistice, le 11 Novembre
1919,en torturant et massacrant plusieurs bûcherons qui avaient défendu leur local IWW l'arme au poing.
Le compagnon Wesley Everest fut capturé par ces brutes et jeté dans le
cachot de la prison locale.
Dans la nuit, les lumières de la ville s'éteignirent et une bande força les portes. Les tueurs étaient d'ailleurs encouragés par l'Etat: pendant la guerre (1917-1918), le syndicat avait été mis quasiment hors-la-loi, sous prétexte de collusion avec l'Allemagne et de sabotage intérieur. Des locaux avaient été investis par la police, avec saisie ou destruction totale des biens et archives de l'IWW.
Le 1er Avril 1918,s'était ouvert à Chicago un procès géant contre 166 des militants les plus en vue, qui avait abouti à 20 ans de prison pour 15 leaders, 10 à 15 ans pour 33 autres, 5 ans pour 35 autres, soit 827 années de détention...
Ce procès serait suivi d'autres dans le reste des Etats-Unis.
L'IWW résista activement jusqu'en1924,où une scission interne (fomentée par le Parti Communiste) l'affaiblit définitivement.

L'IWW n'a jamais voulu être une institution, et, au plus fort des luttes, elle n'a jamais mené qu'une existence précaire, fluctante: on peut dire que ce fut sa faiblesse...ou au contraire y voir la source de sa force révolutionnaire.
Quand on leur demandait : « Qui est votre leader ? »,
les grévistes IWW faisaient cette réponse caractéristique :
« Nous sommes tous des leaders ! »
Et à la question : « Quelles sont vos revendications ? » : « Nous voulons tout. »
Ils savaient que ,sans humour, le mouvement révolutionnaire le mieux intentionné devient très vite son propre pire ennemi.
Le 30 Septembre 1915,veille de son exécution (différée ensuite),Joe Hill écrit à un ami :

« Je m'apprête à voyager vers la Planète Mars demain,

et si c'est le cas je commencerai tout de suite

à organiser les ouvriers du Canal martien dans l'IWW

et nous chanterons nos bonnes vieilles chansons si fort

que tous nos savants fous sur terre seront convaincus

une fois pour toutes que Mars est habitée. »


Immédiatement, le secrétaire IWW de Sacramento (Californie) envoie une lettre officielle au Gouverneur de l'Utah (où est emprisonné Joe Hill ) pour lui notifier que l'IWW a mandaté Joe Hill pour s'occuper de la syndicalisation des ouvriers de Mars, au sein de la
« Martian Canal Worker's Industrial Union » (MCWIU )

Vive donc le MCWIU !
Vive l'IWW !

Gardons la Mémoire !
La Rojinegra

Sources : Joe Hill, de Frank Rosemont, Ed CNT
IWW,le syndicalisme révolutionnaire aux Etats-Unis, de Larry Portis, Ed.Spartacus
Une histoire populaire des Etats-Unis, de Howard Zinn, Ed Agone

Rédigé par caroleone

Publié dans #Chanson non crétinisante, #La Rojinegra, #Joe Hill, #IWW

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