Pérou : Le loup au nom familier, par José Luis Aliaga Pereira

Publié le 7 Mars 2022

 Source d'image : https://masfe.org/

Servindi, 6 mars 2022 - Les histoires de José Luis Aliaga Pereira - qu'il s'agisse de chroniques ou de nouvelles - ont d'énormes vertus, non seulement littéraires mais aussi éducatives et sociales.

Elles pourraient être utilisées très efficacement dans des journées de réflexion, dans des ateliers de formation ou pour promouvoir une dynamique participative sans la monotonie d'un exposé rigide et théorique.

C'est l'une des vertus de l'histoire suivante "Le loup au nom familier", qui éveille l'imagination et invite à la musicalisation. 

Nous sommes donc heureux que les récits de notre collaborateur Aliaga Pereira traversent non seulement les frontières régionales et nationales, mais aussi les frontières linguistiques.

Ces dernières grâce à Carole Radureau, qui sur son blog Coco Magnanville traduit et partage certains des récits d'Aliaga Pereira en français, et que nous remercions pour son aimable et désintéressée collaboration. 

Le site Coco Magnanville partage également des actualités et d'autres textes sur les événements mondiaux dans une perspective humaniste et de justice sociale pour le public francophone.

Accéder au texte en français en suivant ce lien : 

 

Grama Arisca le livre de José Luis Aliaga pereira

Le loup au nom familier

Par José Luis Aliaga Pereira*

 

(Dans un village lointain... comme c'est loin !... bien près... pas même proche ... Juste ici, messieurs, à Celendín, il y avait un loup qui se déguisait en agneau ; mais heureusement, les gens ont réussi à le découvrir : son nom de famille était MINA) ...

Nous ferions mieux de voir ce qui se passe :

(Sur la scène, vide et silencieuse, on entend soudain une voix chaleureuse et conseillère)

- ATTENTION ! ATTENTION ! Les élections approchent. Une fois de plus le loup achète des candidats rouges, blancs ou noirs ! Il les achète tous ! Il sait qu'ils changent de chemise quand ça les arrange.

(Ils entrent main dans la main et commencent à marcher en shilalo ou en rond, villageois celendinos  : villageois, paysans, garçons et filles).

"Dans notre belle forêt

le loup veut entrer

habillé en agneau

et dévorer tout le monde".

(Soudain, ils arrêtent leur jeu et quelqu'un du groupe demande d'une voix craintive)

- Loup, si tu n'es pas parti... .... où es-tu ?

(De derrière, d'une voix puissante, le loup répond)

- J'aiguise mes dents et mes ongles pour mieux te caresser !

"Dans notre chère forêt

le loup veut entrer,

déguisé en agneau

et en finir avec tout."

- Mais n'avez-vous pas dit que vous veniez prendre notre or et nous laisser du progrès pour le peuple ?

- Oui, oui... mais j'avais tort... Nous allons vous représenter... Nous voulons juste votre vote et le progrès viendra.

(Les gens arrêtent leur jeu de rondes et demandent pour la troisième fois)

- Se pourrait-il que vous prépariez des crocs et des griffes pour racler la terre, tuer l'eau, la forêt et la vie de tous ?

(Le loup, d'une voix douce et affectueuse, répond)

- Non ! Non ! Ce n'est pas ce que je voulais dire, je prépare juste mes candidats pour les élections afin de mieux vous gouverner !

"Dans ma chère forêt

le loup veut entrer

et avec ses candidats

pour gouverner tout le monde".

(À ce moment-là, trois personnes déguisées en agneaux entrent, mais leurs oreilles de loup ressortent et, très gentiment, elles parlent aux villageois).

- Nous vous donnerons du travail ! Il y aura du progrès ! Vous vivrez mieux ! Et tout le monde, tout le monde gagnera !

- Mais n'est-ce pas vous qui avez promis la même chose à Arequipa, à La Oroya, à Cerro de Pasco, à Espinar, à Hualgayoc, à Cajabamba et aussi à Celendín ?

- Oui, bien sûr... Je veux dire non, non. Quelles idées vous met-on dans la tête ? Ce sont sûrement ceux qui s'opposent à tout ? Écoutez-le bien ! La mine, c'est le bien-être, c'est le progrès ! - criaient les agneaux à oreilles de loup ; tandis qu'ils lançaient, en l'air, des piles de billets de banque.

(Certaines personnes, principalement celles qui ont de "grosses" entreprises, se sont penchées pour ramasser les billets).

- Nooooon ! Non ! Ne les ramassez pas ! Il vous arrivera la même chose qu'à nos frères de Choropampa ! L'or, hors de notre sol, est un poison pour la terre, pour la vie ! Il tue, abîme et contamine tout, même notre âme !

(Après avoir dit cela, un villageois se lève et leur explique)

- Ne les croyez pas, même s'ils viennent ici avec leurs médecins et leurs gens éduqués et corsetés ! Quand se sont-ils souvenus de nous ? Si ce n'était pas pour l'or, pourquoi se souviendraient-ils de nous ? Ce qu'ils veulent, c'est que nous partions, que nous quittions nos terres ou que nous travaillions pour eux, puis ils nous donnent un coup de pied au cul et nous jettent comme des déchets, tous contaminés. On dit qu'il y a de l'or sous nos pieds. Ils arrivent avec leurs Caterpillar et réduisent toutes les collines en poussière. Et nos lacs bien-aimés ? Où allons-nous trouver de l'eau, s'ils laissent tout sale, pollué ? Et nos animaux, et nos petites plantes ? Mamapacha, notre mamita, nous a donné la tête pour penser. Nous ne devons pas croire ces corneilles, ces hambriaus !

(Puis, en se parlant à l'oreille, en chuchotant pour que le loup ne les entende pas, ils ont pris des fouets et des vinzas).

"Dans ma chère forêt

le loup veut entrer

habillé en agneau

et dévorer tout le monde".

(Les gens arrêtent leur jeu de ronde et, se mettant en position d'attaque pour surprendre le loup, l'un d'eux, d'une voix feinte et tremblante, demande)

- Loup... Où es-tu ?

- J'organise les cadeaux pour vous tous, et vous verrez comment nous allons travailler ensemble pour progresser !

(Dès qu'il a fini de parler, le loup est entré, lançant des bonbons, des cadeaux et d'autres choses. Les paysans et les villageois qui les attendaient déjà se sont rués sur eux, leur lançant des bonbons et des cadeaux comme de véritables projectiles).

- Aïe ! Aïe ! -ils sont partis en criant, en se frottant les fesses et en serrant leurs sabots, laissant leurs costumes d'agneaux éparpillés sur la route, exposant leurs queues et leurs oreilles.

- Ne revenez jamais !

 

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* José Luis Aliaga Pereira (1959) est né à Sucre, province de Celendín, région de Cajamarca, et écrit sous le pseudonyme littéraire de Palujo. Il a publié un livre de nouvelles intitulé "Grama Arisca" et "El milagroso Taita Ishico" (longue histoire). Il a co-écrit avec Olindo Aliaga, un historien de Sucre originaire de Celendin, le livre "Karuacushma". Il est également l'un des rédacteurs des magazines Fuscán et Resistencia Celendina. Il prépare actuellement son deuxième livre intitulé : "Amagos de amor y de lucha".

traduction caro d'un texte paru sur Servindi.org le 06/03/2022

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Pérou, #Chroniques celendinas, #José Luis Aliaga Pereira

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