Brésil : Les défis de l'année électorale pour le domaine socio-environnemental

Publié le 10 Janvier 2022

mardi 04 janvier 2022

Par Marcio Santilli, partenaire fondateur d'ISA

L'année 2022 a commencé. La souffrance du peuple s'aggrave. En octobre, ce sera le moment pour eux de régler leurs comptes avec eux-mêmes. La campagne électorale avait déjà été lancée l'année dernière par le président Jair Bolsonaro, terrifié par la chute de sa popularité et les taux élevés de rejet, la majorité de la nation ne voyant pas le temps de tourner la page de cette histoire.

Malgré la faim qui opprime plus de 20 millions de Brésiliens, la crise économique et fiscale, ainsi que la précarité des services publics essentiels, seul Dieu connaîtra le coût total de la lutte pour le pouvoir.

Le budget fédéral de 2022 prévoit 5,7 milliards de réais pour le Fonds électoral, à répartir entre les partis au prorata de leur représentation, et 16 autres milliards de réais pour les modifications du budget parallèle, ce qui favorisera certainement les membres du gouvernement qui détiennent déjà des mandats fédéraux. En plus des activités illicites qui devraient se produire avec d'autres ressources publiques et privées.

Avec les crises économique, sanitaire et climatique, l'échec des politiques publiques et l'isolement international du pays, la priorité absolue sera de le débarrasser de Bolsonaro lui-même, condition indispensable pour rassembler la crédibilité et le soutien nécessaire pour le sortir du fond. La reconstruction du Brésil ne sera pas une tâche facile et dépendra d'un pacte qui n'est pas encore donné.

Pour les acteurs politiques et sociaux en général, ce qui est donné est un jeu en deux temps : celui de la dispute elle-même, qui sera inévitablement marquée par l'immédiateté électorale et, dans l'après-coup, celui de l'articulation de la sortie du puits. Les mouvements socio-environnementaux, qui ont atteint un grand protagonisme politique en affrontant le gouvernement actuel, doivent définir et adapter leurs stratégies au rythme réel du jeu.

La rhétorique conservatrice

La nature de cette campagne électorale est ingrate. C'est le démantèlement du bloc gouvernemental d'extrême droite qui donne le ton de la rhétorique prédominante. Les autres candidats se disputent, avant tout, les voix des déçus de Bolsonaro. La crise économique et sociale sera le thème principal, mais il y aura un tourbillon d'artifices de diversion pour essayer de confondre les gens et de délégitimer le processus électoral.

Outre la lutte contre la diversion, le mouvement socio-environnemental doit articuler les principales demandes concernant la confrontation à la crise climatique, la reconstruction des politiques publiques dans ce domaine, l'urgence de combattre la faim, le chômage et la stagnation économique du pays.

Parmi les exemples, citons les énergies propres, l'accès à la terre et à la production alimentaire pour les personnes dans le besoin, les technologies sociales, les efforts conjoints pour faire face aux besoins fondamentaux et aux situations d'urgence, la reforestation à grande échelle, la stimulation de l'économie communautaire et le paiement des services socio-environnementaux.

Les mouvements pourront orienter leurs propres agendas de mobilisation pour mettre en avant leurs priorités et ouvrir des espaces aux candidats qui les accueillent et sont prêts à les traduire en actions concrètes. Ils peuvent également établir des convergences avec d'autres acteurs et champs politiques qui proposent des agendas connexes.

Cependant, les leaders du mouvement socio-environnemental devront faire preuve de patience pour tolérer les discours conservateurs et de diversion qui seront intenses, surtout jusqu'au premier tour du scrutin. La patience pour montrer à qui le veut bien que cet agenda n'intéresse pas seulement les secteurs les plus actifs, mais toute la société, ainsi que l'humanité entière, car les conséquences de la crise climatique ne choisissent pas leurs victimes.

Moment de la reconstruction

Bolsonaro est arrivé de la plage, où il a passé Noël, en disant que "le Brésil est brisé et qu'il ne peut rien faire". Il devrait démissionner de ses fonctions, mais au lieu de cela, il a également déclaré que "vous devrez me supporter jusqu'à la fin de l'année 2022, vous pouvez en être sûrs". Il avoue qu'il laissera le pays sans direction pendant un an de plus, au milieu de cette crise multiple, et que ses espoirs de réélection sont faibles.

Après les élections, la conversation sera différente. Les élus devront descendre du podium, unir le pays et réunir les personnes et les institutions qui peuvent contribuer à le sortir du gouffre. Ce sera le moment où la pertinence des propositions pourra l'emporter sur la rhétorique belliqueuse qui nous gouverne et qui promet de s'éterniser jusqu'à la fin. Des propositions qu'il faut construire dès maintenant, malgré les conflits électoraux.

Le mouvement socio-environnemental s'est développé, a gagné en visibilité et a trouvé des alliés dans d'autres secteurs de la société. Il doit avoir la maturité nécessaire pour percevoir les mouvements des vagues et faire sa part, en considérant les meilleures options face à la nature de chaque moment et en ayant confiance dans l'essentialité de son programme pour faire face aux grands défis de notre temps.

traduction caro d'un article paru sur le site de l'ISA le 04/01/2022

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