Mexique : Tzam trece semillas : Être psychologue dans une communauté Ayuujk ?

Publié le 31 Décembre 2021

Image : Benjamín García González

Par Elena Jiménez Díaz

 

Ku ja kupäjk ja wënmää'ny ëy päät tyuny,

nayëtë'n ja ne'kx tyuny pyiky.

Kuts ja kupäjk ja wënmää'ny pyä'ämpattë

nayëtë'n ja ne'kx y'amääytyä'äktë.

Quand l'esprit fonctionne correctement,

le corps réagit de la même manière.

Mais quand l'esprit est malade, le corps pâlit.

 

Je m'appelle Elena, je suis une femme, une mère, une épouse. Je fais partie d'une communauté où chaque famille a une histoire et c'est à travers elle qu'elle construit sa vie, sa façon d'être et d'agir dans certaines circonstances. Je viens d'une famille aux faibles ressources économiques et matérielles, mon père était dépendant de l'alcool, une dépendance qui s'est renforcée lorsqu'il a reçu le don d'aider les gens, on l'appelait xëëmaapyë (guérisseur) et à chaque consultation, on lui donnait du mezcal, du tepache et d'autres aliments en guise d'offrande. C'était une personne aimable et il essayait toujours de soutenir les gens, mais à plusieurs reprises, il est tombé parce qu'il ne pouvait pas supporter les nombreux problèmes qui existaient dans sa famille et dans la communauté.

Comme lui, ma mère a eu, à un moment donné, des problèmes avec l'alcool, mais elle a eu la force d'y renoncer pour le bien de sa famille, elle a trouvé les moyens de générer des revenus et, même si mon père était contre, elle s'est battue pour que ses fils et ses filles aillent à l'école. Après la mort de mon père, à la cinquantaine, certains de mes frères et sœurs ont émigré pour travailler ailleurs et, dans mon cas, j'ai osé poursuivre mes études en psychologie. J'avais le besoin et le désir de comprendre ma réalité et celle des autres, et je pensais que c'était l'une des carrières les moins coûteuses.

Lorsque j'ai terminé ma formation, j'ai commencé à travailler dans diverses activités liées à celle-ci, pensant que mon travail consiste à générer de la santé mentale et à accompagner les personnes dans la résolution de diverses afflictions. Pendant la période où j'ai travaillé, j'ai vu que les décisions que nous prenons peuvent nous être bénéfiques ou nous affecter, comme dans le cas de mes parents, dont l'un est décédé et l'autre est toujours en vie et vit avec ses enfants. Certes, on ne contrôle pas l'extérieur, mais on peut apprendre à se gérer soi-même, en prenant des décisions et des actions plus conscientes, on peut cultiver ses pensées, ses émotions et donc son comportement. Tout cela ne représente qu'une partie minime de la psychologie, qui devient plus complexe lorsqu'elle est confrontée aux réalités des communautés indigènes, qui ont eu des histoires diverses liées non seulement aux humains mais aussi avec l'environnement naturel.

Parler de soins psychologiques dans les communautés ayuujk où j'ai travaillé a été compliqué, d'abord parce qu'il existe un stéréotype selon lequel ces soins sont surtout destinés aux personnes qui sont dans un état de folie ; ensuite, parce qu'il était difficile de fournir un accompagnement dans la langue ayuujk. Je dois admettre que toute ma formation universitaire s'est faite en espagnol et que rien ne m'a été enseigné dans ma langue maternelle. Dans certains cas, il a donc été relativement facile de trouver les bons mots et la bonne méthode, mais dans d'autres, cela a demandé plus d'efforts.

Il est très courant dans nos communautés de parler de peurs et de malheurs causés par des promesses ou des mandas non tenus par les grands-parents, de maladies comme produits de décompensation énergétique, entre autres, c'est alors que je me souviens des expériences de mon père lors de ses consultations, un sujet qui aujourd'hui est compliqué à comprendre pour moi.

Je me souviens très bien de la première personne que j'ai accompagnée, c'était une femme âgée, elle avait une phobie des orages, qui provoquait son instabilité émotionnelle et je voulais appliquer la technique de relaxation de Jacobson. Je ressentais une sensation étrange lorsque je prononçais les mots, d'autres fois je ne trouvais pas de mots, je me demandais si elle ressentait l'effet que je voulais générer. Ce défi a été relevé davantage avec les adultes, un peu avec les jeunes et pratiquement pas avec les enfants car la plupart d'entre eux comprennent et parlent bien l'espagnol, un sujet qui demande beaucoup de réflexion.

De mon point de vue, il a été important de considérer ceci, la façon dont l'éducation m'a favorisé à sa manière, c'est-à-dire que j'ai eu l'opportunité d'étudier la psychologie où j'ai appris sur l'esprit, le comportement humain, les émotions, le fonctionnement du cerveau, les maladies psychiques, les émotions, entre autres choses ; par la suite, j'ai eu l'opportunité d'appliquer ces connaissances avec mon peuple, mais à partir d'une approche positiviste ; cependant, je m'interroge de plus en plus sur les expériences et les sagesses que les communautés ont générées pour le bien collectif. Il est bien connu que, dans chaque culture, les mots désignent différemment les choses, les pensées et les émotions. Cela a été une tâche pour moi de chercher des mots en langue mixe quand cela était nécessaire et je considère que je devrais le faire plus fréquemment pour que ce ne soit pas une autre raison de perdre la langue, je devrais y découvrir les éléments et les moments de guérison, par exemple, les différentes manières de trouver le mëjk'äjtën (avoir de la force).

Je veux dire par là qu'il y a toujours eu un accompagnement dans les communautés, même si ce n'était pas à travers la psychologie, mais à travers un xëëmaapyë (guide spirituel), un muu'kpë (celui qui suce le mal), un wojpjë'kpë ( celui qui lève la peur) ou à travers les majää'y kutunk (conseillers moraux) ; ces moyens ont été culturellement pertinents parce que, en tenant compte de l'histoire du peuple et de sa propre vision du monde, il est possible d'établir un mécanisme de guérison différent. Il me semble important de reprendre l'expérience de ces personnes et d'avoir une prise en charge psychologique plus contextualisée et une intervention pertinente qui favorise le bien vivre des personnes que je vois, tâche qui est également en attente des universités.

PEUPLE MIXE 

Elena Jiménez Díaz

Originaire de Tlahuitoltepec, Mixe, Oaxaca. A étudié la psychologie à l'Universidad Iberoamericana. Elle a travaillé au secrétariat des affaires indigènes et au secrétariat des femmes d'Oaxaca sur des questions axées sur les soins psychologiques. Elle a suivi des cours sur la santé nutritionnelle, le travail de groupe et l'accompagnement psychosocial. Elle vit à Jaltepec de Candayoc où elle s'occupe de sa fille de deux ans, travaille de manière indépendante et collabore avec le tequio intellectuel de l'Institut Supérieur Interculturel Ayuuk.

traduction caro

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