12 octobre : Rien à célébrer : Mémoires de Saihueque

Publié le 12 Octobre 2021

12 octobre : Rien à célébrer : Mémoires de Saihueque

 

MEMOIRES DE SAIHUEQUE

 

Je regardais l'aube se lever entre arrayan*
et sommet.  Moi. Saihueque*,
Toqui* de la nation Mapuche, héritier 
de la lance de Calfucurá*, habitant du pays 
de las Manzanas* et adorateur du Guenechen 
et de la Terre Mère regardait l'eau claire descendre
depuis le sommet de la terre andine
et former pour moi ces eaux dormantes, ce miroir
dans lequel je me regarde. 
Sous la lumière du Guenechen*, je regardais tomber,
éternelle et solennelle, la chute incessante de l'eau sur 
le printemps ancestral et fécond, et dans le vol 
zénithal du temps sur la hauteur de la pierre
immémoriale, comme une prophétie largement
oubliée, j'ai vu une sombre goutte de sang
glissant sur l'écorce d'un araucaria
Mère cordillère, patrie du silence

Berceau originel du volcan et de l'araucaria, 
racine de mon amour andin, source de mon sang 
indomptable, mémoire de mon peuple 
air nu, fille de la pierre et de la source
qui rit, mariée territoriale des saisons
et la pluie... Pour te défendre je marche contre
le Huinca*.
Pour défendre la forêt andine et la pomme, 
la couronne du cerf et la racine de mon chant, 
la rose hivernale de l'Araucanie
le sol ancestral des anciens,
le rêve sans âge de mes ancêtres : 
Nation d'hommes et de femmes libres
pour te défendre, pour me défendre moi-même,
j'arrive au bord du Curru Leuvú*. 
Sur la rive du Curru Leuvú, l'ombre s'est installée, 
le rêve sombre de l'homme blanc, le sabre et le fusil du mal 
s'étend sur le grand fleuve, le plateau s'assombrit 
le ciel devient rouge et la bataille ne laisse que des lambeaux de l'homme libre que nous étions. 
Ils me déclarent prisonnier de guerre et se moquent 
de ma langue et de la couleur de ma peau, "Civilisation",
"État", "Société", "Constitution", 

"Culture" qu'ils claironnent et me traitent de sauvage,
ils baptisent les eaux de la rivière avec la couleur de leur âme, 
Río Negro qu'ils promulguent et entre généraux, propriétaires terriens
et l'église ils se divisent mes terres et mes enfants,
la neige sans propriétaire et la rivière sans frein, le soleil  
du Guenechen et l'arbre sacré de ma tribu,
le lac et le fourré, le printemps et la lune pleine. 
Nous sommes désormais les mendiants 
de notre propre richesse.

****

MEMORIAS DE SAIHUEQUE

 

Yo miraba nacer el alba entre arrayán

y ventisquero. Yo. Saihueque, 

Toqui de la nación mapuche, heredero 

de la lanza de Calfucurá, habitante del país 

de las Manzanas y adorador de Guenechen d

y la Madre Tierra miraba bajar el agua clara

desde la misma cumbre de la tierra andina

y formar para mí este remanso, éste espejo

en que me miro.

Bajo la luz de Guenechen yo miraba caer,

eterna y solemne, la cascada incesante sobre

la primavera ancestral y fecunda, y en el vuelo

cenital del tiempo sobre la altura de la piedra

inmemorial, como una profecía largamente

olvidada, vi una gota oscura de sangre

deslizarse por la corteza de una araucaria.

Madre cordillera, patria del silencio.

Cuna original del volcán y la araucaria,

raíz de mi amor andino, vertiente de mi sangre

indomable, memoria de mi pueblo,

aire desnudo, hija de la piedra y el manantial

que ríe, novia territorial de las estaciones

y la lluvia…A defenderte marcho contra

el Huinca.

A defender el bosque andino y la manzana,

la corona del ciervo y la raíz de mi canto,

la rosa invernal de la araucanía

el suelo ancestral de los antiguos,

el sueño sin edad de mis ancestros:

Nación de los hombres y mujeres libres

a defenderte,a defenderme,

vengo a la orilla del Curru Leuvú.*

En la ribera del Curru Leuvú se ha posado la sombra,

el sueño oscuro del blanco, el sable y el fusil del mal

se extiende sobre el gran río, se ensombrece

la meseta, se tiñe de rojo el cielo y la batalla deja solo

jirones del hombre libre que fuimos...

Me declaran prisionero de guerra y se mofan

de mi idioma y el color de mi piel, "Civilización",

"Estado", "Sociedad", "Constitución",

"Cultura" pregonan y me llaman salvaje,

bautizan las aguas del río con el color de su alma,

Río Negro promulgan y entre generales, hacendados

y la iglesia se reparten mi tierra y mis hijos,

la nieve sin dueño y el río sin freno, el sol

de Guenechen y el árbol sagrado de mi tribu,

el lago y la espesura, la vertiente y la luna llena.

Somos de ahora en más los mendigos

de nuestra propia riqueza.

*****

Cristhian Espinoza via sa page fb, traduction et annotations carolita

 

Les mots

* Arrayan : luma apiculata, une espèce de myrte que l'on trouve au Chili et en Argentine, très importante dans la cosmovision mapuche

* Huinca : nom donné aux  blancs ou non mapuche par les Mapuche

* Toqui : chef de guerre mapuche

* Saihueque et Las Manzanas

Valentín Saygüeque (Sayweke, Saihueque) était le puissant cacique du País de las Manzanas, un vaste territoire qui s'étendait sur presque toute la province actuelle de Neuquén. Métis de mère Tehuelche et de père Voroga (le cacique Chocorí), il avait sous son commandement une grande confédération de tribus où se distinguaient des lonkos légendaires comme Foyel, Inacayal, Reuque Curá et Purrán. Avec Namuncurá, ils ont tous été les derniers grands caciques à se rendre et aussi les derniers à tenter une coexistence qui n'a pas eu lieu.
Il entretenait de très bonnes relations avec tous les intermédiaires qui venaient dans ses tolderías, où il se vantait constamment d'être argentin et autonome par rapport aux tribus de la Pampa.

En savoir plus sur les caciques

* Calfucura

Calfucurá (Kallfükura, Kalfukurá, Callvucurá, de Kallfu : bleu ; Curá : pierre) était le cacique indigène le plus puissant de la pampa argentine, à la tête de milliers de guerriers qu'il a rassemblés sous la Confédération de Salinas Grandes entre 1832 et 1873. Il appartenait probablement à la lignée Huilliche qui, avec les Picunches, les Mapuche stricto sensu et les "Pehuenches araucanisés", formait la grande souche Mapuche qui constituait la base de la population indigène des "salineros" du centre de la pampa.

* Guenechen = Ngenechen

Il est le Dieu suprême, créateur de tout, qui a amené le peuple mapuche sur ses territoires et veille éternellement à son bien-être.

Il n'a pas de sexe unique. Ceci-lui est représenté par 4 éléments :

Huenufucha : élément masculin
Huenukuche : élément féminin
Huenuhueche : jeune élément masculin
Huenuulcha : jeune élément féminin .....suite

* Curru Leuvu : nom du Rio Negro (Argentine) en langue mapudungun, la langue des Mapuche

Rédigé par caroleone

Publié dans #12 Octobre, #La poésie que j'aime, #Peuples originaires, #Mapuche

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