Pérou : De graves violations de la liberté d'information sont mises au jour

Publié le 10 Juin 2021

Marche citoyenne le 1er juin. Photo : Ian Bravo / Servindi

Servindi, 9 juin 2021 - La campagne électorale du deuxième tour ou second tour a conduit les grands médias commerciaux à fausser la liberté d'information et à dénaturer à l'extrême l'activité journalistique et d'investigation.

Un cas récent qui a gagné en notoriété est le licenciement de journalistes d'América Televisión et de Canal N qui ont subi des pressions intolérables de la part du directeur Gilberto Hume pour favoriser la candidature de Keiko Fujimori.

L'Association nationale des journalistes du Pérou (ANP) alerte la communauté internationale sur le fait qu'il s'agit de "l'une des attaques les plus graves contre le droit à l'information dans l'histoire récente du pays".

L'ANP dénonce l'environnement hostile dans lequel les journalistes ont travaillé ces derniers mois dans "un contexte de partialité flagrante tout au long du second tour des élections dans l'ensemble de la presse concentrée".

La partialité de la campagne électorale - qui est encore plus grave à la radio et à la télévision, qui fondent leur service sur l'utilisation du spectre radioélectrique - n'a pas permis un véritable débat public, a déclaré l'ANP.

De même, le Tribunal d'éthique du Conseil de la presse péruvienne a rejeté le manque d'objectivité journalistique dans la couverture du second tour des élections générales de 2021 par certains médias.

L'organe chargé de résoudre les conflits éthiques exige de différencier les espaces qui correspondent à l'opinion de ceux qui correspondent à la couverture de l'actualité.

Il a souligné que l'activité journalistique devait prôner l'objectivité et l'équilibre dans le cadre de l'engagement éthique de la recherche de la vérité.

À cet égard, il s'est dit préoccupé par les unes et les titres de certains médias qui ne reflètent pas la réalité des événements.

Il a critiqué la couverture inégale, dans le temps et dans l'espace, des activités des candidats présidentiels Pedro Castillo et Fuerza Popular, alors que tous deux ont organisé des rassemblements et des événements d'importance similaire.

Une autre des préoccupations du Tribunal d'éthique est "le grave préjudice que ces événements pourraient causer à la confiance du public dans la presse nationale", et il a appelé les médias à respecter l'éthique journalistique.

À cet égard, une enquête réalisée par l'Institut d'études péruviennes en mai 2021 a montré que 59 % des Péruviens estiment que les principales chaînes de médias, les stations de radio et les journaux ont bénéficié à un candidat.

Dans ce groupe, 79 % des personnes interrogées pensent que les médias sont biaisés en faveur de Keiko Fujimori.

Un groupe d'observateurs internationaux d'Europe, des États-Unis et d'Amérique du Sud a mis en garde contre le "traitement inégal" des candidats à la présidence dans les médias et les espaces politiques et contre le fait qu'une candidate a joué avec un terrain de jeu incliné en sa faveur.

Concentration des médias

Le parti pris manifeste de la campagne électorale - qui est plus grave à la radio ou à la télévision, qui fondent leur service sur l'utilisation du spectre radioélectrique - n'a pas permis un véritable débat public.

Dans ce contexte, l'Association nationale des journalistes met en garde contre la nécessité urgente de placer la concentration des médias dans le pays au centre du débat.

Ce qui a été vécu montre la nécessité de réglementer les questions de propriété des médias afin de garantir la pluralité éditoriale et le plein exercice du droit à l'information des citoyens.

Un seul groupe de médias ne peut continuer à concentrer 80 % de la presse écrite du Pérou. En ce sens, il considère qu'un débat national visant à établir les critères permettant de légiférer en la matière ne peut être reporté.

Prise de position N° 003-2021-TDE

Le Tribunal d'éthique rejette le manque d'objectivité journalistique dans la couverture du second tour des élections.

1. La liberté de positionnement éditorial des médias est respectée et défendue par ce Tribunal. Ceci est toutefois lié au droit de la société à une information véridique et impartiale, notamment dans la couverture des campagnes électorales. Cela nécessite une différenciation adéquate entre les espaces d'opinion et la couverture de l'actualité, qui doit tendre vers l'objectivité et l'équilibre, dans le cadre de l'engagement éthique du journalisme envers la recherche de la vérité.

2. La Cour se déclare préoccupée par la violation de ces principes par divers médias au cours du processus électoral, comme en témoignent : des unes et des titres qui ne reflètent pas fidèlement les faits survenus ; la présentation d'opinions intéressées déguisées en analyses impartiales ; et une couverture inégale des activités des candidats à la présidence, dans le temps et dans l'espace, alors qu'il s'agissait de rassemblements et d'événements d'importance similaire.

3. Ce Tribunal est préoccupé par les graves dommages que ces événements peuvent générer. 

4. La Cour est préoccupée par le grave préjudice que ces événements pourraient causer à la confiance du public dans la presse nationale. Par conséquent, elle exhorte les médias - qu'ils soient ou non membres du Conseil de presse péruvien - à respecter l'éthique journalistique, et invite les citoyens à se prévaloir des recours de rectification et de plainte que leur confèrent les engagements d'autorégulation : http://tribunaldeetica.org/presente-su-caso/.

Lima, 7 juin 2021

Diego García-Sayán Larrabure, président

Celia Isabel Rubina Vargas, vice-présidente

Jenny Canales Peña, membre

Andrés Francisco Calderón López, membre

Franklin Ernesto Ibañez Blancas, membre

traduction carolita d'un article paru sur Servindi.org le 09/06/2021

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Pérou, #Médias, #Elections

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