L'exploitation minière illégale a de graves répercussions sociales et écologiques en Amazonie

Publié le 31 Mai 2021

Les mineurs illégaux utilisent du mercure pour extraire l'or alluvial, contaminant l'eau et endommageant les écosystèmes. Image source : SPDA

Servindi, 30 mai 2021 - L'exploitation illégale de l'or a eu de graves répercussions sociales et écologiques et, outre Madre de Dios, elle se développe dans d'autres régions amazoniennes comme Amazonas et Loreto.

Le nombre de dragues minières illégales en Amazonie a connu une augmentation sans précédent pendant l'urgence sanitaire, provoquant une véritable tragédie environnementale.

C'est ce qu'affirme le biologiste Juan Sánchez Babilonia, spécialiste du Centre de sauvetage de l'Amazonie (CREA), interrogé par Julia Minners, dans un rapport publié par l'association CooperAcción.

Les impacts environnementaux critiques s'expliquent par l'introduction de métaux lourds comme le mercure dans les eaux de surface des rivières et des lacs, ainsi que dans les eaux souterraines.

Les organismes des mammifères aquatiques sont affectés par des niveaux de toxicité élevés et une bioaccumulation persistante des métaux lourds, c'est-à-dire une concentration croissante des substances toxiques présentes à mesure que l'on remonte la chaîne alimentaire, par exemple des algues aux crustacés et aux poissons.

L'impact de l'exploitation minière illégale sur la conservation des espèces amazoniennes à Loreto

Par Julia Minners

CooperAcción, 30 mai 2021 - La ruée vers l'or en Amazonie a eu de graves répercussions, tant sur le plan social qu'écologique. L'exploitation minière illégale ne se concentre plus seulement à Madre de Dios, sans doute le cas le plus connu et une véritable tragédie environnementale, mais se développe également dans d'autres régions comme Loreto et Amazonas.

Pour en savoir plus sur les impacts de cette activité illégale, nous avons réalisé un entretien avec le biologiste Juan Sánchez Babilonia, spécialiste du Centre de sauvetage de l'Amazonie (CREA). Le CREA est situé à Iquitos et se consacre à la conservation des espèces. Ses principaux axes sont le sauvetage, la réhabilitation et la libération ultérieure des animaux d'Amazonie. L'espèce phare est le lamantin d'Amazonie, suivie d'autres mammifères aquatiques tels que les loutres et les dauphins d'eau douce.

En outre, le CREA s'occupe également d'autres espèces sauvages telles que les oiseaux et les singes. L'éducation environnementale communautaire, avant de relâcher les animaux près d'une communauté, et l'écotourisme avec des voyageurs nationaux et internationaux, font également partie des activités quotidiennes du centre. Ils sont considérés comme essentiels pour mettre un frein au trafic illégal d'espèces et visent à une interaction durable avec la richesse naturelle de l'Amazonie.

L'exploitation minière illégale dans la région, qui consiste principalement en l'extraction d'or, a un impact environnemental critique en raison de l'introduction de métaux lourds tels que le mercure dans les eaux de surface des rivières et des lacs, ainsi que dans les eaux souterraines. Par conséquent, les organismes des mammifères aquatiques sont affectés, d'une part, par des niveaux de toxicité élevés et, d'autre part, par une bioaccumulation persistante des métaux lourds, c'est-à-dire une concentration croissante des substances toxiques présentes à mesure que l'on remonte la chaîne alimentaire, par exemple des algues aux crustacés et aux poissons.

"La durée de vie va diminuer, affectant la dynamique même des populations de certaines espèces et donc la structure et la fonction de l'écosystème", explique Sánchez. De plus, le suivi du nombre de dauphins peut aider à déterminer l'état des écosystèmes locaux de l'Amazonie et leur dégradation respective (1). Au niveau anatomique, les métaux lourds affectent à la fois le système nerveux central et les reins de certaines espèces amazoniennes.

Il convient de noter que l'absorption de métaux lourds par les plantes aquatiques, qui constituent la principale source de nourriture du lamantin, a un impact direct sur son organisme et donc sur les habitants des communautés locales qui consomment de la viande de lamantin. "Une zone où il y a une exploitation minière illégale ne pourrait pas être considérée, par exemple, comme une zone de libération de la faune. Ce serait compromettre les animaux parce que cette activité existerait, et il ne serait pas possible de promouvoir le repeuplement de ces espèces dans ces zones", a expliqué Sánchez.

Au-delà de la contamination, l'altération du lit des rivières entraîne des changements dans la végétation aquatique et perturbe des étapes fondamentales du cycle de vie comme le frai, qui a lieu pendant les saisons de croissance et de décroissance de l'Amazone. Outre la confusion saisonnière, les modifications du cours des rivières dues à l'exploitation minière illégale ou à la construction de voies navigables ou de barrages hydroélectriques peuvent mettre en danger la faune : le danger vient de la réduction des habitats, notamment des espaces de reproduction, d'alimentation et de refuge (2). En outre, les eaux stagnantes générées par ces interventions humaines dans la nature apportent des maladies aux organismes. De même, les itinéraires habituels des espèces migratrices telles que les lamantins sont interrompus par la création de barrières artificielles, ce qui peut avoir des conséquences fatales pour l'ensemble de l'écosystème amazonien.

Le biologiste énumère d'autres impacts sociaux négatifs de l'exploitation minière illégale, notamment l'alcoolisme, la délinquance, l'importance accordée à l'argent, les actes de violence contre les défenseurs de l'environnement et les menaces contre les touristes.

Sánchez explique que la pandémie de Covid-19 a eu une influence ambiguë sur la conservation. D'une part, les écosystèmes ont pu se rétablir, par exemple, "les populations de certains oiseaux ont augmenté. D'autre part, le nombre de dragues minières illégales en Amazonie a connu une augmentation sans précédent pendant cet état d'urgence sanitaire.

Enfin, pour obtenir une vision de l'avenir, j'ai demandé à Sanchez quelles alternatives à l'extractivisme minier illégal avaient un potentiel dans la région. Dans sa réponse, le biologiste a fait valoir que le développement durable de l'Amazonie nécessiterait davantage de centres d'élevage ou de sauvetage pour prendre en charge tous les animaux. Il suggère que les centres pourraient être partiellement financés par des fonds internationaux. Le tourisme responsable impliquant les communautés offre également des emplois alternatifs et durables. Il est également considéré comme essentiel d'introduire des plans de gestion pour l'utilisation des ressources naturelles telles que la paiche et la tortue taricaya et de multiplier les efforts d'éducation environnementale.

De la part de CooperAcción, nous remercions l'Amazon Rescue Center, en particulier Juan Sánchez Babilonia pour nous avoir donné son point de vue sur la situation de l'exploitation minière illégale en Amazonie, et Jim Ruiz Pezo pour avoir rendu cette interview possible.

Notes :

(1) Trujillo-González, F.; Mosquera-Guerra, F.; Franco, N. (2019): River dolphins: Species that indicate the state of health of the aquatic ecosystems of the Amazon and Orinoco regions. Revista de la Academia Colombiana de Ciencias Exactas, Físicas y Naturales [online], 43:167, 199-211.

(2) Velásquez Zapata, G.Y. (2020): Problemas medioambientales de la minería aurífera ilegal en Madre de Dios (Perú). Observatorio Medioambiental, 23, 229-241.

 

source d'origine: Asociación CooperAcción: http://cooperaccion.org.pe/el-impacto-de-la-mineria-ilegal-para-la-conservacion-de-especies-amazonicas-en-loreto/

traduction carolita d'un article paru sur Servindi.org le 30/05/2021

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