Colombie : Valle et Cauca : le conflit se déplace des resguardos vers les villes

Publié le 12 Mai 2021

10 mai 2021 


Depuis le début des manifestations, le 28 avril dernier, le nombre de morts, de blessés, de disparus et de viols est alarmant. Sur les différents réseaux sociaux, un cri s'est répandu dans le monde entier : #SOSColombia. Un appel à l'aide face à la répression violente menée par le gouvernement national par le biais de la police et des groupes armés irréguliers dans les principales villes du pays.

Les événements malheureux qui se sont produits à Valle del Cauca hier, le 9 mai, démontrent clairement comment cette articulation fonctionne entre les secteurs radicalisés de la politique, dirigés par le Centre démocratique, les élites sociales et économiques historiquement au pouvoir dans les institutions colombiennes, le gouvernement national, la police et les groupes armés irréguliers pour contenir par la violence les mobilisations sociales dans tout le pays.

Selon le Programme de défense de la vie et des droits de l'homme du Conseil régional indigène du Cauca (CRIC), depuis le début de la grève nationale, aucun acte violent n'a été enregistré dans les territoires indigènes de notre département. Au contraire, la base de données dénombre 21 personnes blessées dans les seules villes. Les situations les plus graves sont celle d'un compagnon blessé par deux impacts de balles dans l'abdomen, celle d'un compagnon qui a totalement perdu son œil droit et celle du dernier, qui a été touché par un engin explosif dans une de ses mains, perdant partiellement ses doigts.

Jeudi 6 mai dernier, sous la pluie, avec des t-shirts blancs et des drapeaux, le peuple Kokonuko, la Zone Est affiliée au CRIC et d'autres secteurs sociaux ont défilé du Parc de la Santé jusqu'au commandement de la Police Nationale du Cauca, en rejetant les graves violations des droits de l'homme qui se produisent au cours des manifestations. Nous y avons rencontré la compañera Enith Bambagüé, du resguardo indigène Alto del Rey, municipalité d'El Tambo - Cauca. La majorité considère que, si les protestations s'intensifient dans les villes, les principales préoccupations dans les territoires indigènes continuent d'être la discorde qui résulte du trafic de drogue et de l'exploitation minière légale et illégale. Selon la compañera, ce sont ces deux situations qui attirent de nombreux acteurs armés :

"Nous avons trop de conflits dus à la question du trafic de drogue et de l'exploitation minière, à la question des groupes armés hors la loi et aux forces publiques qui génèrent ces disharmonies sur le territoire. A cette époque, nous l'analysions déjà, et le dernier événement fut celui de la  gouverneure de Caldono. Depuis lors, il semble que tous les morts et les blessés se soient concentrés dans la ville, car nous constatons qu'aucun dirigeant n'a été assassiné dans les territoires. C'est donc une grande question qui nous interpelle, n'est-ce pas l'Etat qui nous assassine ?

Poursuivant notre voyage, nous avons rencontré le compañero Leonardo Saavedra, gouverneur du resguardo Kokonuko, qui affirme que l'important est de dénoncer et de rendre visibles ces disharmonies :

"Le plan d'organisation que la zone centrale du peuple Kokonuko a proposé a pour but de générer une incidence et de rendre visibles les actions d'injustice, (...) comme celle qui est générée par les forces publiques et leur manière excessive d'agir et de répondre aux besoins et aux demandes du peuple colombien. En ce moment, le sit-in veut rendre visible que les communautés et les peuples indigènes sont des acteurs de la paix. Et avec ce fait, nous générons une dénonciation publique devant cet espace dans la police, pour exiger le respect et la garantie de la vie, les droits de l'homme, et les demandes du peuple colombien".

L'autorité du peuple Kokonuko est préoccupée par l'état d'agitation interne que le gouvernement national entend mettre en pratique pour faire taire la contestation. Une action irresponsable qui ne servirait qu'à légitimer les excès et les abus de l'autorité, ainsi qu'à violer le droit de protester, intensifiant les violations des droits de l'homme.

Malgré ces disharmonies qui génèrent mort et destruction, ils se trompent s'ils croient que cela va nous arrêter. Au contraire, c'est la motivation qui donne la force à l'union pour vaincre la peur, et qui nous permet de continuer à affronter avec des idées, avec la force spirituelle des bâtons et des moyens de fait l'imposition de réformes qui nuisent à la vie digne et détruisent la Terre Mère.

Par : Programme de communication du CRIC

traduction carolita d'un article paru sur le site du CRIC le 10 mai 2021

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