Leoncito, cacique Vilela

Publié le 19 Mars 2021

Leoncito, cacique Vilela

Vilela
? - 1876

Argentine

Statue du cacique, située à dix mètres de ce qui était la chapelle -reconstruite- de la réduction San Buenaventura del Monte Alto.

Leoncito est mentionné pour la première fois dans les chroniques historiques dans le journal de navigation du génois José Lavarello. Ce capitaine marchand voulait naviguer sur le rio Bermejo et, à cette fin, il a construit en 1854 le "Zenta", un bateau fait de bois de cèdre, de lapacho et de caroubier, bien calfeutré et huilé. Il avait une voile pour la propulsion et un moteur horizontal en bois avec des roues latérales ; deux sacs en cuir avec des copeaux de cuivre servaient d'ancre. Le 25 septembre 1855, avec 180 peaux de vache et onze membres d'équipage, il quitte Orán à destination de Corrientes.
Le 3 novembre, il arrive au port de La Cangayé, et en milieu d'après-midi, il prend contact avec un Indien qui pêchait : Leoncito, de la tribu du cacique Tío Lorenzo, qui était malade. Lavarello l'invite à voyager avec lui, il accepte volontiers mais il doit avoir le consentement de sa famille, il embarque et ils naviguent jusqu'à la "toldería" de Tío Lorenzo qui se trouve plus bas. Leoncito  va à terre et revient avec quatre Indiens et quatre Chinois, qui passent quelque temps à bord et reçoivent des cadeaux pour eux et pour Tio Lorenzo.

Le lendemain, à six heures du matin, Leoncito est déjà de retour, accompagné de deux Indiens et de sa femme qui présente son fils au capitaine pour qu'il soit baptisé : "... ce que j'ai fait en lui donnant le nom de José Lavarello, fils de León Lavarello et de María Luisa Lavarello, c'est le premier nom de famille chrétien donné aux sauvages du Chaco, né le 14 août 1850". Le parrain était Juan Rosacuta, maître d'équipage du Zenta.

Après la cérémonie, des groupes de Toba commandés par le cacique Tigrani ont attaqué le bateau, une pluie de flèches l'a recouvert, blessant le maître d'équipage Rosacuta, puis avec la réponse des fusils, l'attaque a cessé immédiatement.

Leoncito, avec ses connaissances de la médecine aborigène, soigne son compadre et s'indigne de l'attaque des Toba, ajoutant qu'ils font de même avec leurs pairs, les Vilelas. Le capitaine enregistre le dialogue suivant :

- Et qui sont ceux qui volent les captifs aux frontières de Santiago del Estero ?
- Nous, les Vilelas, n'avons pas l'habitude de faire ça. Seuls les Tobas font ça.
- Alors, comment se fait-il que les Vilelas aient quatorze captifs ?
- Nous les achetons aux Tobas. Le prix de chaque captif est de trois ou quatre chevaux.

Le 20 novembre, après avoir été retardé par les autorités paraguayennes, le navire est arrivé à Corrientes. Puis il a continué vers le Paraná, le capitaine a écrit : "Je suis arrivé le 6 du mois présent et me suis présenté au gouvernement national. Le ministre d'État au ministère de l'Intérieur m'a demandé une copie d'un journal intime ainsi que le plan de mon journal intime. J'ai mis la main à la pâte et, une fois le travail terminé, je l'ai remis au ministre, le Dr Santiago Derqui".

En 1863, José Lavarello réalise une nouvelle expédition, cette fois dans le "Gran Chaco", il part de Buenos Aires le 11 février. Il a fait en sorte que Leoncito - déjà cacique - atteigne Asunción, où le navire a jeté l'ancre le 1er mars.

Cette navigation sur le Bermejo a été difficile en raison des pluies torrentielles qui ne cessaient pas et des vents persistants qui rendaient difficile la tâche quotidienne de couper du bois pour alimenter la chaudière. Le 1er mai, Leoncito a été envoyé à Corrientes. Quelques jours plus tard, une épidémie se déclare à bord, l'équipage se trouvant dans des conditions déplorables. Le 2 juillet, il arrive à Colonia Rivadavia (Salta).

Le cacique Vilela avait pris contact avec les autorités de Corrientes et reconnu les territoires situés sur les rives du rio Paraná en face de Corrientes, où des années plus tard il s'installerait avec sa tribu.

Vers 1864, le gouvernement national projetait une route à travers le Chaco, qui relierait Corrientes à la ville de Santiago del Estero. Le brigadier Pedro Ferré est chargé de conclure un traité de coopération avec les caciques du Chaco, sur lesquels il exerce un grand ascendant depuis qu'il est gouverneur de la province de Corrientes. Il réunit plusieurs caciques Toba et Vilela, dont Leoncito, et un traité est signé par lequel le gouvernement national s'engage à fonder des colonies dans le Chaco, le long de la route projetée, où les tribus pourront s'installer librement, commercer et cultiver la terre avec des outils fournis par les autorités, qui s'engagent également à respecter leurs familles, en évitant qu'elles soient molestées.

Le gouvernement n'a pas rempli son rôle, entre autres parce que la guerre avec le Paraguay était déjà annoncée,  elle a éclaté l'année suivante, impliquant les territoires du Chaco. Néanmoins, le traité a servi à maintenir une paix fragile et momentanée, tandis que les caciques déplaçaient leurs familles vers les terres proches de Paraje San Fernando -aujourd'hui Resistencia, Chaco, sur le lieu qui était la réduction Abipona de San Fernando del Río Negro abandonnée en 1773- et attendaient que les promesses faites se réalisent.

La présence de Leoncito et de sa tribu a permis aux missionnaires franciscains du couvent de La Merced de Corrientes de fonder en mars 1865 la Réduction de San Buenaventura del Monte Alto. Le cacique Vilela a été le principal soutien de la réduction lorsqu'en avril de la même année, l'invasion de Corrientes par les forces paraguayennes a eu lieu et la guerre du Paraguay a commencé. La réduction a également eu une durée éphémère, en l'absence d'aide officielle du gouvernement de Corrientes, les Franciscains se sont retirés en 1872.

Leoncito continue à garder la chapelle et le petit village construit à San Buenaventura, et traverse à plusieurs reprises le rio Paraná jusqu'à la capitale de Corrientes pour gérer - sans succès - le retour des missionnaires.

En juin 1875, le cacique Vilela, qui était encore soumis aux autorités, a collaboré à la défense d'une dure attaque des tribus coalisées du Chaco. En octobre, la Commission d'exploration arrive à Paraje San Fernando pour délimiter et mesurer le site, qu'elle appelle "Colonia Resistencia" en vertu des événements qui se sont produits, et elle passe un accord avec Leoncito pour que sa tribu collabore aux travaux de démarcation et de tracé.

Soudain, l'attitude de Leoncito a changé, peut-être à cause de la rumeur que les ouvriers ont répandue parmi les indigènes selon laquelle ils seraient dépossédés de leurs terres, ou pour venger la mort d'un parent aux mains des autorités, le fait est qu'en décembre 1875, nous le trouvons associé au cacique Toba Cambá pour conspirer contre les forces nationales.

Leoncito a emmené son peuple à l'intérieur du Chaco et, avec Cambá, il a préparé une attaque contre la colonie Resistencia, où il y avait plusieurs plantations forestières.

D'autre part, les tribus rebelles continuent de dévaster le Chaco, son gouverneur, le colonel Napoleón Uriburu décide de sortir avec toutes ses troupes pour les combattre, laissant la colonie sans protection. Leoncito en profita pour lancer deux attaques en janvier et février 1876, qui furent rejetées, bien qu'elles lui aient servi à tester les défenses et à planifier avec Cambá l'attaque finale qu'ils tentèrent le 25 avril.

Les guerriers de Leoncito et Cambá attaquent divisés en cinq colonnes et menacent de raser trois des obrajes de la Colonie de la Résistance. La défense était en charge du colonel José María Ávalos, qui a retranché les gardes nationaux et la peonada armée derrière les palissades ; l'assaut a été rejeté, dans le champ de bataille sont tombés de nombreux morts et blessés.

Leoncito a décidé de se soumettre aux autorités afin de sauver les derniers survivants de sa tribu. Le 25 juillet 1876, il se présente avec une suite au colonel Uriburu pour demander la paix, qui accepte volontiers et lui attribue des terres à l'embouchure du ruisseau Iné, au nord-est de Resistencia.

Peu après la mort de Leoncito, il y aura beaucoup de légendes et de controverses sur la date et la manière de sa mort, selon le commandant Luis Fontana ce fut entre les mois d'octobre et novembre 1876, à l'occasion d'une querelle avec le cacique toba Cañá-Gachí, qui lui aurait donné un fort coup sur la tête avec un vieux fusil.

Chapelle de San Buenaventura del Monte Alto
Chapelle -reconstruite- qui servait de base à la réduction franciscaine de San Buenaventura del Monte Alto.

 Pedro Ferré
(Corrientes, 1788 - 1867)
Militaire et homme politique, quatre fois gouverneur de la province de Corrientes et conventionnel dans l'élaboration de la Constitution argentine de 1853. En 1855, il obtient le grade de général de la Confédération argentine, le grade de général de brigade qui lui correspondait auparavant dans la province de Corrientes.

Il a maintenu de bonnes relations avec les caciques du Chaco.

Brígido Napoleón Jerónimo Uriburu Arenales
(Salta, 1838 - 1895)
Frère du président José Evaristo Uriburu (1895 - 1898). En tant que militaire, il a participé à la guerre du Paraguay, à la conquête du désert et à la conquête du Chaco. Il a été gouverneur du Chaco entre 1875 et 1877 et de Formosa entre 1891 et 1893.

José María Ávalos
(Santa Fe, 1825 - 1896)
Il a commencé sa carrière militaire en 1845, en quittant son emploi dans un magasin pour rejoindre les troupes du général José María Paz. Lorsque ce dernier a été contraint de s'exiler en Uruguay, Ávalos a été l'un des rares à le suivre. Il retourne avec son chef à Corrientes, où se préparent les forces qui vont affronter Juan Manuel de Rosas. Il est fait prisonnier lors de la bataille de Vences, puis libéré par le général Justo José de Urquiza.

En 1872, il s'est installé à Paraje San Fernando.

Luis Jorge Fontana
(Buenos Aires, 1846 - 1920)
Militaire, homme politique, géographe et écrivain. Il a participé à la guerre du Paraguay, a fondé la ville de Formosa (08.04.1879). En 1884, il est nommé premier gouverneur du territoire national de Chubut.

traduction carolita du site Pueblos originarios.com

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Argentine, #Peuples originaires, #Vilela, #Leaders indigènes

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