Les mythes et l’identité profonde des Mixtèques

Publié le 5 Avril 2021

Les mythes et l’identité profonde des Mixtèques

María Angélica García Hernández

AVANT-PROPOS

Ayant grandi dans un petit village mixtèque situé dans les montagnes du sud-est de la région de Oaxaca au Mexique, j’appartiens à la culture mixtèque. Il s’agit d’une culture préhispanique millénaire. En espagnol le village a pour nom San Juan Mixtepec – District 08. Nous les Mixtèques l’appellons Ñoo et la région à laquelle il appartient est connue comme Xnuviko (Terre de nuages). À Ñòo la grande majorité des personnes âgées parlent uniquement le mixtèque et luttent pour la conservation de leur culture. Ma grand-mère a refusé de parler l’espagnol et mon grand-père le parlait uniquement à l’extérieur du village. Depuis que je suis petite, mes grands-parents m’ont transmis les traditions et les savoirs que nos ancêtres nous ont légués. Ils me racontaient un grand nombre d’histoires anciennes (les Tu’un yata) comme celles sur une ère ancienne quand le monde était habité par des géants. Les jours d’orage mon grand-père me parlait des hommes de la foudre qui aimaient voler des femmes. Le jour de la récolte, ils me parlaient des créatures qu’il fallait entretenir avec du maïs pour éviter leur colère. J’ai appris que les montagnes étaient habitées par des énormes serpents de feu qui sauvegardent des trésors et que dans les rivières vivent des petites créatures difformes qui aiment faire peur aux enfants. Tristement, à l’intérieur du village ces narrations Yata disparaissent car les jeunes générations ne leur donnent plus assez d’importance. De nombreux villages comme le mien sont entrés dans une étape de métissage et d’homogénéisation culturelle. La culture mixtèque qui survit depuis plus de 2000 ans, risque de s’éteindre. C’est pourquoi je me suis intéressée à la sauvegarde de ses productions narratives, qui me sont très chères et à l’étude de l’identité de mon peuple. En 2007, après une période très difficile provoquée par le terrorisme d’état1 de la part du gouvernement au pouvoir, ma famille et moi nous avons été obligés de quitter Oaxaca. Ayant été victime de la répression sociale envers 1 La notion de « terrorisme d’état » est emprunté du livre Insurgencia civil y terrorismo de estado, Ed. Era, 2008. De l’auteur José Sotelo Marban, qui l’emploi pour décrire la forte oppression exercée par le gouvernement envers les communautés indigènes de Oaxaca. 6 les indigènes, je me permets dans cet avant-propos de partager mon expérience et mes réflexions personnelles sur la condition de l’indigène au Mexique. Je commencerai par présenter deux de mes vécus qui témoignent de la forte répression et de la manipulation exercée par le gouvernement ainsi comme de l’état de guerre dans lequel vit une partie de l’Etat de Oaxaca. Je finirai avec une réflexion qui essaie d’apporter une définition à la notion d’indigène en y incluant les différents signifiés auxquels je me suis confrontée tout au long de ma vie.

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