Tragédie annoncée : des organisations mettent en garde contre l'explosion de la déforestation en Amazonie légale

Publié le 18 Juin 2020

Mercredi 17 juin 2020

Une étude révèle une augmentation de 94 % de la déforestation par rapport à l'année dernière et souligne l'intériorisation de l'"arc de déforestation". Les terres indigènes et les unités de conservation sont les zones les plus vulnérables


L'année dernière, le Brésil a enregistré le taux de déforestation le plus élevé des dix dernières années en Amazonie légale et ce scénario tend à s'aggraver. Rien qu'entre août 2019 et avril 2020, 566 000 hectares ont été déboisés, ce qui, selon l'Institut national de recherche spatiale (INPE), montre une augmentation de 94 % par rapport à la période précédente.

Six organisations de la société civile mettent en garde contre l'escalade de la déforestation dans un document envoyé aujourd'hui (17 juin) au ministère public fédéral. Le document a également été remis au ministère public de l'État et au gouvernement du Pará, l'épicentre de la destruction de la forêt : sur les dix municipalités les plus déboisées l'année dernière, six y sont. L'État est responsable d'une augmentation de 170 % du taux de déforestation entre août 2019 et avril 2020, avec 233 000 hectares déboisés. 

Le document, signé par le réseau Xingu +, Greenpeace Brésil, l'Institut international d'éducation du Brésil (IEB), l'Institut de l'homme et de l'environnement de l'Amazonie (Imazon), l'Institut de gestion et de certification des forêts et de l'agriculture (Imaflora) et l'Institut socio-environnemental (ISA), appelle à une action efficace et urgente au niveau fédéral et des États pour freiner la déforestation.

Le texte met en garde contre l'intériorisation de l'Arc de déforestation, qui apparaît le long d'autoroutes telles que la Transamazonienne, la BR-163 et la PA-279 et qui fait pression sur les terres indigènes et les unités de conservation. Les zones protégées du bassin du Xingu, entre les États du Pará et du Mato Grosso, sont parmi les régions les plus vulnérables, avec près de neuf mille hectares déboisés rien que cette année, soit 56 % de plus que pour la même période en 2019. Il convient de noter que la quasi-totalité de la déforestation dans les Terres Indigènes (T.I) et les UG, soit 99 %, s'est produite dans la partie du bassin du Pará.

La déforestation doit aggraver la crise de Covid-19

Les actions d'inspection et de contrôle sont impératives avec la fin de la saison des pluies en Amazonie, une période où la déforestation tend à s'accroître et, par conséquent, les incendies et les brûlages de forêts. L'enquête de l'Inpe révèle que 78 400 incendies ont été détectés entre août et avril, soit 20 % de plus que la période précédente.

Les incendies provoquent une augmentation des particules émises dans l'atmosphère, ce qui dégrade la qualité de l'air et, par conséquent, augmente l'incidence des maladies respiratoires dans la population amazonienne. La surcharge des systèmes de santé, qui fonctionnent déjà à pleine capacité en raison de la pandémie de Covid-19, est imminente.

"La pollution atmosphérique causée par les incendies pourrait aggraver encore la situation des populations locales, et même du sud-est, en provoquant des maladies respiratoires pour lesquelles nous n'aurons ni médecins ni hôpitaux en pleine pandémie et en aggravant le tableau de santé de ceux qui sont déjà touchés par le Covid-19", souligne l'étude.

En plus de détruire la forêt et de menacer l'intégrité des populations traditionnelles qui y vivent, la déforestation illégale représente une autre menace : la contamination des communautés riveraines, des peuples indigènes et des quilombolas.

"Les actions de lutte contre la déforestation sont encore plus urgentes et nécessaires en pleine pandémie de Covid-19, car les criminels environnementaux peuvent infecter des populations plus éloignées de tout soin médical, spécialisé ou non, et dont le système immunitaire est plus vulnérable, comme les peuples indigènes et, surtout, les peuples isolés", prévient le document.

Les organisations qui souscrivent à ce document demandent aux procureurs fédéraux et étatiques et au gouvernement de l'État du Pará de prendre des mesures contre les organisations criminelles qui encouragent la déforestation et l'appropriation de terres et de ressources telles que le bois et l'or.

Dans le texte, ils soulignent que le ministère public doit structurer les bureaux des procureurs qui opèrent dans le bassin du Xingu pour lutter contre le crime organisé, en se basant sur les enquêtes de renseignement et l'accumulation de connaissances et d'expériences, à l'instar de la Força Tarefa Amazônia (MPF) et des parquets agraires régionaux (MPE). Ils demandent également au gouvernement de l'État du Pará de promouvoir une action coordonnée entre ses agences pour lutter contre la déforestation, l'appropriation illégale de terres publiques et la commercialisation de produits provenant de zones illégalement déboisées.

Tendance à la destruction


La représentation présente les données de trois systèmes de surveillance de la déforestation : le système de détection de la déforestation en temps réel (DETER), de l'Inpe, un institut de compétence fédérale, le système d'alerte de la déforestation (SAD), d'Imazone, qui se concentre sur l'Amazonie légale et le Pará, et le système d'indication de la déforestation par radar dans le bassin du Xingu (Sirad X), du réseau Xingu +, qui se concentre sur le bassin du Xingu.

Bien qu'ils aient des méthodologies différentes, la tendance est la même : si rien n'est fait, la déforestation augmentera. Le DETER indique une augmentation de 94% des taux pour l'Amazonie légale et de 170% pour le Pará. Le SAD indique une augmentation de 81% en Amazonie et de 131% au Pará.

Xingu sous pression


L'accaparement des terres, le vol de bois et l'exploitation minière illégale avancent sur le Xingu. Selon Sirad X, au cours des quatre premiers mois de l'année, la déforestation dans le bassin du Xingu a augmenté de 20 %. L'analyse montre que 25% de la déforestation s'est produite dans les zones protégées, totalisant près de 9 000 hectares, soit 56% de plus qu'au cours de la même période en 2019.

Cinq terres indigènes et trois unités de conservation ont concentré 38 % de la déforestation détectée dans le bassin et 95 % du total déboisé dans toutes les zones protégées de la région. Ce sont :

APA Triunfo do Xingu,

TI Cachoeira Seca,

TI Ituna Itatá,

TI Apyterewa,

Flona de Altamira,

TI Trincheira Bacajá,

TI Kayapó et

Esec Terra do Meio.

Ensemble, elles ont atteint le total de 43 000 hectares déboisés.

traduction carolita d'un article paru sur le site socioambiental.org le 16/06/2020

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Commenter cet article
A
Très très grave.
Comme tout ce que la nature essaye de dire,
C'est énormément grave ce qui se passe.
Publié sur ma page FB.
C
Merci à toi.