Paraguay - Les indigènes Enlhet du nord dénoncent les persécutions pour avoir chassé les pigeons afin de nourrir leurs familles

Publié le 11 Mai 2020

FAPI


Osorio Losa, président de la Fédération Régionale Indigène du Chaco Central (FRICC), a dénoncé la situation que vivent les membres de sa communauté Yalve Sanga, du peuple Enlhet du Nord, située à Loma Plata, Boquerón, Chaco, lorsqu'ils doivent aller chasser le pigeon en raison de la situation critique de la faim que connaissent les membres de leur peuple.

Le mercredi 6 mai, Ricardo Mendoza, du village Tarzo Amyic, complexe Yalve Sanga, Loma Plata, Boquerón, Chaco, est allé chasser des colombes pour apporter de la nourriture à sa famille, puisque depuis le début de la quarantaine ils n'ont toujours pas reçu les kits de nourriture. Avant de quitter le site, propriété d'un Mennonite, la police est arrivée et a commencé lui tirer dessus. Ricardo a échappé aux balles mais pas à son arrestation et a été emmené au poste de police de Neuland pendant trois heures. Ils ont emporté son fusil de chasse et sa moto, des biens qui jusqu'à aujourd'hui, vendredi 8 mai, ne lui ont toujours pas été rendus, rapporte Losa. Ce même mercredi soir, la police l'a libéré et l'a laissé à l'entrée de sa communauté, seul, avec le sac contenant les pigeons qu'il avait chassés.

Par ailleurs, hier, jeudi 7 mai après-midi, Adolfo Brisen, du village de Nazareth, à Yalve Sanga, est allé chasser les pigeons dans la propriété d'un Mennonite de la région et lorsqu'il est parti, des policiers sont arrivés. Ils ne l'ont pas arrêté parce que les membres de la garde communautaire sont arrivés un peu plus tôt pour le défendre.

"Tous les mennonites ne sont pas comme ça. Mais nous sommes confrontés à de nombreuses discriminations. Nous n'avons jamais eu de problème, nous nous sommes toujours traités comme des frères et sœurs avec les mennonites. Ils ont d'abord apporté la Bible, nous n'étions pas chrétiens. Ils parlent toujours d'aimer l'ennemi et ce sont eux qui échouent, nous ne les décevons jamais, nous travaillons ensemble", a expliqué Osorio Losa, président du FRICC.

Il a dénoncé que depuis le jour de l'incident avec Ricardo Mendoza jusqu'à aujourd'hui, vendredi, il a demandé à plusieurs reprises une copie du rapport de police mais n'a pas reçu de réponse. "Jusqu'à présent, je n'ai pas la copie du rapport de police, ils m'ont dit qu'il y avait un autre bureau, j'ai appelé le directeur de la circulation et il m'a dit que ce ne serait pas là. On ne le trouve pas", a déclaré Losa.

Fidel Losa, directeur de Yalve Sanga Radio 95.5, a expliqué qu'en cette période, plus que jamais, ils ont besoin de nourriture, "c'est pourquoi nous allons parfois à la chasse pour apporter de la nourriture à notre famille, pour rien d'autre", a-t-il dit.

Pour sa part, Candido Vinz, président de l'Organisation du Peuple Enlhet Nord (OPEN), au vu de la situation vécue par les frères et sœurs de son peuple, a déclaré que ces deux situations démontrent l'abus d'autorité.

Positionnement

Les dirigeants des organisations indigènes qui composent la Fédération pour l'Autodétermination des Peuples Indigènes (FAPI) ont exprimé leur solidarité avec leurs frères et sœurs indigènes membres de la FRICC. Ils ont également rappelé aux autorités, aux juges, aux procureurs et à la police que les peuples autochtones ont le droit d'exercer leur économie traditionnelle dans les lieux qui font partie de leur territoire ancestral, et qu'ils ne mettent pas en danger la propriété privée. Ils ne cherchent que de la nourriture, d'autant plus que la situation des communautés indigènes est alarmante et que le gouvernement tarde à livrer les kits de nourriture. Ils ont insisté sur le fait qu'en pénétrant dans une propriété privée pour y chasser à des fins alimentaires, ils n'enfreignent aucune loi, ils ne font qu'utiliser ce qui est garanti par l'article 14 de la loi 234, qu'approuve la Convention 169 sur les peuples indigènes et tribaux dans les pays indépendants, qu'elle stipule :

"...Dans les cas appropriés, des mesures doivent être prises pour sauvegarder le droit des peuples intéressés d'utiliser les terres non pas exclusivement occupées par eux, mais auxquelles ils ont traditionnellement eu accès pour leurs activités traditionnelles et de subsistance..." (sic).

Les dirigeants de la FAPI ont demandé aux autorités compétentes d'appliquer cette garantie contenue dans la loi n° 234 et de consolider ainsi l'État de droit social au Paraguay.

traduction carolita d'un article paru sur le site de la FAPI 

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