Jaime Kurakeo : "J'ai découvert que je suis Mapuche grâce à la musique".

Publié le 5 Février 2020

"Je crois que la musique est un moyen capable de faire réfléchir, de sensibiliser et de susciter la discussion".


Entretien avec Jaime Kurakeo Chavèz, musicien d'origine mapuche
Par Helodie Fazzalari

- Pouvez-vous nous parler de vos origines mapuches et de la façon dont vous avez découvert que vous aviez des racines indigènes ?

Mon nom de famille vient du sud, d'une région proche de Temuco, dans la neuvième région. C'est de là que mon grand-père est venu à Santiago, alors qu'il n'avait que 18 ans.

Ici, mon grand-père a épousé ma grand-mère, qui venait d'un secteur de la septième région. Deux enfants sont nés et l'un d'eux est mon père.

J'ai trois frères et soeurs et je suis celui qui a été le plus intéressé par la récupération de notre identité en tant que Mapuche. Pour moi, l'une des questions les plus importantes est "qu'est-ce que cela signifie d'être Mapuche ?

Il est souvent très difficile de répondre à cette question et c'est pourquoi j'ai consacré beaucoup de temps à une ré-identification constante dans la culture indigène. Je suis né à Santiago et j'ai grandi avec les Chiliens car mon père a d'abord nié ses origines.

J'ai découvert que je suis Mapuche grâce à la musique. Je me suis intéressé à mes racines indigènes lorsque je me suis impliqué dans le folklore et la musique chiliens ; enfant, j'ai dansé toutes sortes de danses folkloriques chiliennes et j'ai rejoint le groupe de musique folklorique.

Au sein de ce groupe, il y avait toujours quelque chose qui avait des racines mapuche. À partir de ce moment et jusqu'à mes années d'université, j'ai commencé à créer des références musicales et j'ai immédiatement compris que la musique serait une partie importante de ma vie. Nous parlons de l'époque de la dictature où l'on avait tendance à cacher les noms d'origine Mapuche ou indigène.

C'est alors que j'ai commencé à me poser des questions sur mon nom de famille et à me demander qui j'étais. J'ai étudié différents types de musique, j'ai créé un répertoire de mes propres chansons liées au fait d'être Mapuche, pour me construire une identité propre.

La musique a une fonction pédagogique importante ; les groupes que j'ai entendus traitaient dans leurs chansons de thèmes qui faisaient réfléchir. J'ai donc commencé à réfléchir sur l'État, les questions politiques et le système éducatif.

- Nous savons que, pendant la période de dictature, l'État chilien a tenté d'assimiler les traditions indigènes à celles du Chili. Cela s'est-il produit également en ce qui concerne la musique ou cet art a-t-il réussi à conserver sa propre identité ?


Pinochet a fait des mouvenements très astucieux. L'un d'entre eux était la Puelche, qui est aujourd'hui la danse nationale chilienne, qui a en fait des racines indigènes car elle est née de la rencontre entre la culture espagnole et la culture indigène.

Cette danse nationale a été standardisée et nationalisée, et grâce à Pinochet, elle est passée d'un art urbain à une danse de salon.

Aujourd'hui, les médias au Chili sont aux mains de deux grands groupes économiques, c'est un duopole, et il est très difficile de transmettre une expression indigène, comme la musique.

La seule fois où les Mapuches sont mentionnés à la télévision, c'est pour faire référence aux personnes encapuchonnées, comme les terroristes.

À un moment donné de votre vie, vous essayez de trouver votre voie et de comprendre quels sont vos principes. Pour moi, être un Mapuche, c'est avant tout être un "peuple" qui a une conscience, une culture, qui sait être bon, qui a un cœur pur, une force spirituelle, une force physique, parce que le corps est très important pour le travail.

Ce sont tous des éléments que les Mapuches doivent faire leur au cours de leur voyage, pour être considérés comme des "personnes". Tous ces principes sont liés à la question politique et sociale.

Parce qu'être en possession de ces éléments signifie que vous pouvez vous battre pour défendre votre terre, votre identité, cela signifie que vous pouvez avoir du respect pour les anciens de la communauté.

- En tant que musicien et homme mapuche, vous sentez-vous reconnu ?

Je ne sais pas et je ne pense pas que ce soit très important. Le plus important est d'être honnête avec soi-même et de prendre en compte ce que nous sommes. J'essaie de faire une musique qui a un lien avec tout ce dont nous avons parlé et au début, il était difficile de mettre des sons mapuches dans mes chansons.

Ce que j'ai fait, c'est commencer à étudier la culture musicale mapuche pour essayer d'insérer des éléments dans ma musique d'une manière ou d'une autre. Dans le concept de la musique mapuche, la dualité est fondamentale.

Quand vous parlez de Lonko comme étant le seul guide de la communauté, c'est une erreur, car il a sa femme à ses côtés. C'est pourquoi moi et Monica, ma compagne, nous nous sentons très complémentaires et nous chantons ensemble en Mapudungun.

Nous faisons souvent des versions de chansons populaires en mapudungun et je pense que c'est très important non seulement pour faire connaître la langue, mais aussi notre culture en général.

source d'origine  Pressenza: https://www.pressenza.com/es/2020/02/descubri-que-soy-mapuche-gracias-a-la-musica/

traduction carolita d'un article paru sur Servindi.org le 02/02/2020

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