Une transition énergétique " verte " à forte intensité minérale : déforestation et injustice dans le Sud global

Publié le 25 Novembre 2019

Notre opinion :


Une transition verte ou une expansion de l'extractivisme ?

On a beaucoup parlé de ce que l'on appelle la " transition énergétique " vers le zéro émission de carbone. La pression croissante pour faire face aux graves impacts climatiques causés par la combustion du pétrole, du charbon et du gaz naturel a conduit plus de 70 villes et d'innombrables entreprises et réseaux d'entreprises à s'engager dans la "neutralité carbone". Mais qu'est-ce que cela signifie ?
 
En résumé, cela signifie que, d'une part, les émissions de dioxyde de carbone comptabilisées par ces villes ou entreprises seront supposément compensées par des projets "compensatoires" ailleurs (par exemple, par des projets de plantation d'arbres à grande échelle). Le WRM a beaucoup écrit sur cette fausse solution et sur les nombreuses menaces qu'elle fait peser sur le climat, l'environnement local et les populations et peuples tributaires des forêts. D'autre part, les promesses de zéro émission de carbone signifient aussi que de nombreux secteurs de l'économie, comme le transport de passagers ou l'énergie domestique, auront de plus en plus recours aux énergies dites renouvelables, parfois aussi appelées énergies "vertes" ou "propres".
 
Ce bulletin vise à réfléchir sur les menaces liées à cette transition. Premièrement, cette transition ne repose pas sur une réduction significative de la production et de la consommation massive d'énergie d'une minorité d'acteurs concentrés dans les centres urbains et industrialisés. Bien au contraire. Pour rendre la promesse d'une "énergie propre" attrayante aux yeux des consommateurs et des entreprises financières, sa raison d'être est simplement de remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables. Mais le sale secret de cette transition est l'expansion exponentielle de l'exploitation minière dans le Sud global, qui serait nécessaire pour répondre à la demande massive d'énergie "verte".
 
Par exemple, les véhicules électriques, le stockage de l'énergie et le câblage nécessitent du cuivre, du cobalt, du nickel et du lithium. Entre 2017 et 2050, la Banque mondiale prévoit une croissance de plus de 900 % de la demande mondiale de lithium, tandis que la demande de cobalt serait presque six fois plus élevée au cours de la même période. (1) Selon l'équipe européenne de recherche sur les mines et les métaux de Bernstein, pour respecter les engagements pris par les gouvernements dans le cadre de l'accord de Paris, il faudrait entre 11 et 72 millions de tonnes de production de cuivre, soit plus que la demande industrielle actuelle. L'augmentation de la demande signifie que la production de cuivre devrait augmenter de 3,1 % à 5,8 % par an. (2) Les prix de ces minéraux devraient monter en flèche. La hausse des prix se traduit également par une hausse importante du cours des actions de sociétés minières comme Ivanhoé, First Quantum, Glencore, Antofagasta et Anglo American. Un article de ce bulletin souligne le rôle de l'Union européenne dans la croissance de la demande de minéraux grâce à l'énergie "verte".

Même la Banque mondiale reconnaît que " la transition vers une énergie propre sera beaucoup plus intensive en minéraux. (3) Comme prévu, la Banque étant l'un des principaux bailleurs de fonds de l'exploitation minière à grande échelle, sa stratégie consiste à créer un "Fonds pour la mine climatiquement intelligente axé sur la transformation des activités minières "forestières intelligentes". Un article dans ce bulletin explique cette stratégie et met en garde contre la manière dont la Banque mondiale prévoit de compenser toute pollution, déforestation ou perte de biodiversité qui se produit pendant cette transition minière intensive.
 
La multinationale suisse Glencore, par exemple, qui se classe parmi les trois premiers producteurs de cuivre, de cobalt, de zinc et de charbon thermique transporté par mer, et parmi les cinq premiers producteurs de nickel, prévoit de réduire les émissions provenant de ses activités minières en utilisant des véhicules électriques, des énergies renouvelables et la technologie numérique. Cette situation crée à son tour une demande accrue pour les minéraux que l'entreprise exploite déjà. (4) Plus de 25 % des activités minières de Glencore se déroulent dans des zones forestières. (5) Cette "transition" n'est-elle pas le contraire de ce que promet une économie "propre" ?
 
En outre, plusieurs des plus grandes entreprises mondiales qui extraient des minéraux clés utilisés dans la fabrication de batteries ont été liées à une longue chaîne de violations des droits humains. Glencore fait face à 11 allégations de violations des droits de l'homme liées à ses activités d'extraction de cobalt, dont la plupart en République démocratique du Congo (RDC). Trente-deux plaintes ont trait à leurs activités minières dans des pays comme le Chili, le Pérou et la Zambie. (6) Le cuivre est la clé de la construction des éoliennes.
 
Les impacts de l'exploitation minière sont dévastateurs, surtout pour les femmes. La dévastation ne se limite pas au site minier. Les répercussions de cette industrie s'étendent bien au-delà de cela. Quatre articles de ce bulletin traitent de questions liées à l'industrie minière qui reçoivent souvent moins d'attention, mais qui ont des effets tout aussi violents et destructeurs :

- Compenser la biodiversité. Un article sur Madagascar explique comment la société minière australienne Base Resources utilise un projet de compensation de biodiversité pour maintenir ses pratiques habituelles tout en assainissant son image. En réalité, le projet de compensation a aussi de graves conséquences, en particulier pour les femmes.
 
- Barrages de résidus miniers. Un article sur le Brésil rappelle les catastrophes qui se produisent (et sont susceptibles d'augmenter) en raison de la rupture des digues de soutènement en Amazonie. Plus il y a d'exploitation minière, plus il y a de digues de résidus qui peuvent être brisées.
 
- L'argent de la compensation. Un article sur l'Inde souligne comment l'argent que le gouvernement indien perçoit des compagnies minières comme "compensation" est utilisé pour harceler, persécuter et expulser les gens de leurs maisons qui ont été transformées en zones protégées.
 
- Exploitation minière en haute mer. Un article sur les îles du Pacifique nous alerte sur la façon dont les discours sur une "économie bleue" cachent une course pour obtenir les minéraux nécessaires aux énergies dites "vertes" ou renouvelables que l'on trouve au fond des océans. Les territoires et les communautés côtières situées à moins de 30 km des sites d'extraction en ressentent déjà les effets.
 
Pendant ce temps, les combustibles fossiles (pétrole, gaz et charbon), de l'Indonésie et du Nigeria à l'Equateur, pour ne citer que quelques pays, sont encore largement recherchés et extraits. De nombreuses industries de la chaîne de production de masse ont besoin et continueront d'avoir besoin de grandes quantités d'énergie à base de combustibles fossiles. Il s'agit notamment de l'aviation, du transport maritime, des engrais et de l'agro-industrie. Un autre article du bulletin sur l'Équateur nous rappelle les entreprises d'énergie fossile et la façon dont elles continuent d'étendre leurs activités destructrices.
 
Nous espérons que ce bulletin vous aidera à mettre en évidence les impacts cachés qui sont présents sur les sites d'extraction de chaque entreprise. Les histoires de résistance et d'espoir contrastent avec cette dévastation. Ne nous laissons pas tromper par les vagues "vertes" d'oppression et soyons solidaires de ceux qui défendent leurs territoires, qui défendent la vie.

traduction carolita du bulletin n° 246(oct/nov 2019) du WRM

Nuestra Opinión:
¿Una transición verde o una expansión del extractivismo?

Foto: Mina Mutanda de Glencore en la RDC. REF: Reuters


Mucho se ha dicho sobre la llamada “transición energética” hacia cero emisiones de carbono. La creciente presión para abordar los graves impactos sobre el clima provocados por la combustión de petróleo, carbón y gas natural ha llevado a más de 70 ciudades e innumerables empresas y redes empresariales a comprometerse con la “neutralidad del carbono”. ¿Pero qué significa esto?
 
En pocas palabras, esto significa que, por un lado, las emisiones de dióxido de carbono contabilizadas por estas ciudades o compañías serán supuestamente compensadas con proyectos de “compensación” en otros lugares (por ejemplo, a través de proyectos de plantación de árboles a gran escala). El WRM ha escrito extensamente sobre esta falsa solución y las numerosas amenazas que representa para el clima, los ambientes locales y los pueblos y poblaciones que dependen de los bosques. Por otro lado, las promesas de cero emisiones de carbono también suponen que numerosos sectores de la economía, como el transporte de personas o la energía de los hogares, recurrirán cada vez más a las llamadas energías renovables, a veces también llamadas energías “verdes” o “limpias”.
 
Este boletín tiene como objetivo reflexionar sobre las amenazas involucradas en esta transición. En primer lugar, esta transición no se basa en reducir significativamente la producción y el consumo masivo de energía por una minoría de actores concentrados en centros urbanos e industrializados. Todo lo contrario. Para que la promesa de “energía limpia” resulte atractiva a los consumidores y los financiadores empresariales, su fundamento consiste simplemente en reemplazar la energía basada en combustibles fósiles por energía renovable. Sin embargo, el secreto sucio de esta transición es la expansión exponencial de la minería en el Sur global, la cual sería necesaria para satisfacer la demanda masiva de energía “verde”.
 
Por ejemplo, para los vehículos eléctricos, el almacenamiento de energía y el cableado se necesitan cobre, cobalto, níquel y litio. Entre 2017 y 2050, el Banco Mundial prevé un crecimiento de más del 900% en la demanda mundial de litio, mientras que la demanda de cobalto aumentaría casi seis veces durante el mismo período. (1) Según el equipo de investigación europeo de minería y metales de Bernstein, para cumplir con los compromisos de los gobiernos en virtud del Acuerdo de París, se necesitarían entre 11 y 72 millones de toneladas de producción de cobre, por encima de la demanda industrial actual. Una mayor demanda implica que la producción de cobre tendría que crecer entre 3,1% y 5,8% por año. (2) Se espera que los precios de estos minerales se disparen. El aumento de precios significa también un aumento importante de los precios de las acciones de compañías mineras como Ivanhoe, First Quantum, Glencore, Antofagasta y Anglo American. Un artículo en este boletín señala el papel de la Unión Europea en impulsar el crecimiento de la demanda de minerales como resultado de la energía “verde".
 
Incluso el Banco Mundial reconoce que “La transición a una energía limpia será con un uso considerablemente más intensivo de minerales”. (3) Como era de esperarse, dado que el Banco es un importante financiador de la minería a gran escala, su estrategia es crear un “Fondo para la minería climáticamente inteligente” con un enfoque en transformar las actividades mineras “inteligentes con relación a los bosques”. Un artículo en este boletín explica esta estrategia y alerta sobre cómo el Banco Mundial planea compensar cualquier contaminación, deforestación o pérdida de biodiversidad que se produzca durante esta transición intensiva en minería.
 
La multinacional suiza Glencore, por ejemplo, que figura entre los tres principales productores de cobre, cobalto, zinc y carbón térmico transportado por vía marítima, y entre los cinco principales productores de níquel, planea reducir las emisiones de sus actividades mineras mediante el uso de vehículos eléctricos, energía renovable y tecnología digital. Esto a su vez crea más demanda de los minerales que la compañía ya está extrayendo. (4) Más del 25 por ciento de las actividades mineras de Glencore se encuentran en zonas boscosas. (5) ¿No es entonces esta “transición” lo opuesto a lo que promete lograr una economía “limpia”?
 
Además, varias de las compañías más grandes del mundo que extraen los minerales clave utilizados en la fabricación de baterías han estado vinculadas a una larga cadena de violaciones de los derechos humanos. Glencore enfrenta 11 denuncias de violaciones de leyes de derechos humanos con relación a sus actividades de extracción de cobalto, la mayoría de las cuales se encuentra en la República Democrática del Congo (RDC). Treinta y dos denuncias se refieren a sus actividades de extracción de cobre en países como Chile, Perú y Zambia. (6) El cobre es clave para la construcción de turbinas eólicas.
 
Los impactos mineros son devastadores, especialmente en las mujeres. La devastación no se limita al sitio minero. Los impactos de esta industria se expanden mucho más allá de eso. Cuatro artículos de este boletín abordan aspectos relacionados con la industria minera que a menudo reciben menos atención pero tienen impactos igualmente violentos y destructivos:
 
- Compensación de la biodiversidad. Un artículo de Madagascar explica cómo la empresa minera australiana Base Resources está utilizando un proyecto de compensación de la biodiversidad para mantener sus prácticas habituales mientras limpia su imagen. En la realidad, el proyecto de compensación también tiene graves consecuencias, especialmente para las mujeres.
 
- Represas de relaves mineros. Un artículo de Brasil recuerda los desastres que están ocurriendo (y es probable que aumenten) debido a la ruptura de represas de relaves en la Amazonía. Cuanta mayor extracción minera, más represas de relaves que puedan quebrarse.
 
- Dinero de compensación. Un artículo de India destaca cómo el dinero que el Gobierno indio recauda de las compañías mineras para "compensación" se está utilizando para hostigar, perseguir y desalojar a las personas de sus hogares que han sido convertidos en áreas protegidas.
 
- Minería en mares profundos. Un artículo desde las islas del Pacífico nos alerta sobre cómo los discursos sobre una “economía azul” esconden una carrera para obtener minerales necesarios para las llamadas energías “verdes” o renovables que se encuentran a gran profundidad de los océanos. Territorios y comunidades costeras ubicadas a menos de 30 km de los sitios de extracción ya están sintiendo los impactos.
 
Mientras tanto, se sigue buscando y extrayendo extensamente combustibles fósiles (petróleo, gas y carbón), desde Indonesia y Nigeria hasta Ecuador, por nombrar solo algunos países. Numerosas industrias de la cadena de producción masiva requieren y seguirán demandando grandes cantidades de energía basada en combustibles fósiles. Entre ellos: la aviación, el transporte marítimo, los fertilizantes o las agroindustrias. Otro artículo del boletín desde Ecuador nos recuerda el poder que tienen las compañías de combustibles fósiles y cómo siguen expandiendo sus operaciones destructivas.
 
Esperamos que este boletín ayude a exponer los impactos ocultos que están presentes en cada sitio de extracción de las empresas. Contrastando esta devastación no obstante están las historias de resistencia y esperanza. No nos dejemos engañar por las olas “verdes” de opresión y seamos solidarios y solidarias con quienes defienden sus territorios, quienes defienden la vida.
 

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