Colombie/Minga nationale - Le peuple Arhuaco de la Sierra de Santa Marta fait un appel au Gouvernement National

Publié le 7 Avril 2019

COMMUNIQUÉ AU GOUVERNEMENT NATIONAL ET À L'OPINION PUBLIQUE EN GÉNÉRAL

Le peuple Arhuaco, depuis la Sierra Nevada de Santa Marta, son territoire ancestral, et à travers son organisation, la Confédération Indigène Tayrona CIT, exprime sa préoccupation pour la situation grave que nous, peuples indigènes, vivons actuellement en Colombie et pour la persécution systématique des leaders sociaux qui représente plus de 400 leaders assassinés  depuis 2018, dont 27% correspondent aux leaders indigènes selon les Nations Unies1, et ce, en grande partie, bien que nous avons toujours été prêts au dialogue comme voie civilisée pour résoudre ce problème sans violence.

En 2009, la Cour constitutionnelle a déclaré " inconstitutionnelle " la situation dans laquelle se trouvent les peuples autochtones, démontrant que les droits fondamentaux au territoire, à une vie digne et à d'autres droits sociaux, économiques et culturels ne sont pas garantis ; c'est pourquoi elle a ordonné que la situation soit traitée comme une situation d'urgence ; mais elle ne l'a pas vraiment été, car aujourd'hui, après 1 ou 2 ans, les mesures de protection des plans ethniques ne sont pas encore appliquées.  Aujourd'hui, la situation est pire, et le gouvernement continue d'insister pour rendre invisible le problème en informant la société que nos droits de peuples autochtones sont garantis, et il décrit les mobilisations comme injustifiées, favorisant en passant la stigmatisation et la discrimination historique dont nous avons été victimes.

La mobilisation vers des espaces publics d'intérêt a été le seul moyen de contrecarrer cette politique d'invisibilité et de négation de nos problèmes, et au moins d'inclure dans les agendas gouvernementaux les questions que nous sommes appelés à résoudre ; c'est pourquoi nous ne pouvons aujourd'hui qu'exprimer notre solidarité absolue et notre accompagnement à la  Minga indigène du sud-ouest de la Colombie ; car s'ils continuent à rendre invisibles nos problèmes nous ne pourrons espérer une solution et nous serons condamnés à la mort.

Le gouvernement, loin de s'occuper de nos besoins de terres en matière de sécurité alimentaire et d'autres droits, favorise un développement économique qui privilégie l'extractivisme, ce qui se traduit par une agression contre la biodiversité et la Mère Terre, aggravant nos conditions de vie actuelles, mais surtout celles des générations futures. Face à cela, nos principes de vie nous imposent le devoir moral de rejeter l'exploitation minière, la fragmentation, la surexploitation de nos ressources et la détérioration de la planète, puisque notre mission est la conservation de l'eau, de l'air, des forêts, du climat et de la vie de tous les êtres qui vivent sur la terre.

Nous sommes profondément préoccupés par la manière irresponsable dont nos territoires autochtones sont concédés à des fins extractives en violation du droit fondamental au territoire de nos peuples. Rien de bon augure que le traitement violent de la Mère Terre, car il réveille non seulement des réactions négatives telles que le réchauffement, les tremblements de terre, les sécheresses et les changements brusques, mais aussi l'agressivité parmi les humains, ce qui éloigne les possibilités d'atteindre la paix et le développement humain.

Pour toutes ces raisons, nous considérons qu'il est temps de réorienter la politique économique du pays afin de rechercher des alternatives compatibles avec la protection de la vie et des zones d'importance environnementale, faute de quoi nous nous condamnerons à affronter les difficultés d'un environnement dégradé par le modèle de développement promu par le gouvernement.

Depuis plus de 500 ans, nous luttons pour le respect de notre dignité et pour la liberté de prendre nos propres décisions, c'est pourquoi la lutte indigène ne peut être considérée comme un allié du terrorisme ou être stigmatisée afin de raviver dans l'opinion publique le mépris historique et la discrimination.

Le président devrait aller écouter la clameur de la Minga, parce qu'il n'est pas valable de dire qu'il se rendra dans le Cauca lorsque le blocus de la route sera levé, parce que cette situation a été atteinte précisément parce qu'en temps normal, il n'y a aucune attention. Le président symbolise l'unité de la Nation ; son devoir n'est pas de soutenir les intérêts du secteur privilégié de la société et de réprimer les intérêts des secteurs populaires, mais de garantir les droits et libertés de tous les Colombiens.

Il est aberrant et antidémocratique que la protestation sociale soit qualifiée d'illégale ou de criminelle. Les médias ne diffusent pas les justes réclamations que nous les indigènes faisons mais si elles sont diffusées alors les traumatismes engendrés par une mobilisation sont mis en évidence. La mauvaise foi et l'iniquité sont notables à cet égard.  Ils ne veulent pas reconnaître que le PLURALISME DES BESOINS, LA PRÉVALENCE DE LA DISCRIMINATION ET LA POLLUTION GÉNÉRALE est accentué dans l'environnement de nos peuples.

Pour tout ce qui précède :

1. Nous rejetons la criminalisation, la persécution et le signalement de la protestation sociale, du moins tant que les droits fondamentaux des peuples autochtones et d'autres secteurs défavorisés ne sont pas garantis et que le gouvernement persiste à ne pas respecter les ordonnances judiciaires explicites de la Cour constitutionnelle et les accords conclus avec les peuples autochtones eux-mêmes. 
2. Nous soutenons le dialogue en tant que premier et seul moyen de réconcilier les positions et de convenir de voies de solution.
3. Nous exigeons que le gouvernement national mette fin à la stigmatisation et à la haine à l'égard des peuples autochtones et adopte des mesures de prévention et de protection efficaces pour garantir la vie de tous les dirigeants sociaux.
4. Nous invitons tous les secteurs sociaux à soutenir la Minga sociale pour la défense de la vie, du territoire, de la démocratie, de la justice et de la paix.


Nous alertons la société, les États et les organisations de défense des droits de l'homme du  grave mépris de la dignité humaine et de la Terre Mère que génère la politique minière qui offre et accorde nos territoires à des particuliers pour l'exploitation minière.

Enfin disons tous : LE DIALOGUE OUI, LA RÉPRESSION NON ! LE RESPECT OUI, LA STIGMATISATION NON ! LA VIE OUI, LA MINE NON ! 

TERRITOIRE ARHUACO, AVRIL 2019.

 

1 Rapport annuel de la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme et rapports du Haut-Commissariat et du Secrétaire général ; 4 février 2019.

traduction carolita d'un communiqué paru sur le site de l'ONIC le 5 avril 2019

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