Udorona le principe vital des Wapishana

Publié le 8 Février 2019

Udorona le principe vital


"Udorona" est le principe vital de la parole, du sang et de la respiration. Les Wapishana disent que l'une des preuves en est que quand on meurt, on devient blanc et froid.

Les Wapishana considèrent que, contrairement à la respiration et à la parole, le sang est une composante de l'être humain qui se transmet et se partage : d'une part, nous le recevons du père et de la mère dans des parties également réparties ; d'autre part, les frères, sœurs, parents et enfants d'un individu ont le même sang. Ainsi, dans ce groupe ethnique, les limites de la consanguinité sont données, et on les appelle sõtokon (mes pointes) : "La pointe est comme une plante, ce qui naît du même pied", disent les Wapishana.

D'autre part, la respiration est la composante personnelle de l'âme : dans l'utérus nous ne la possédons pas, nous ne l'obtenons que lorsque nous inhalons pour la première fois. Dans une certaine mesure, la respiration accompagne la valeur de la parole, puisque cette " qualité " s'apprend plus clairement dans le contexte de la magie : inspirer ou souffler et parler sont des actes homologues qui ont le même effet enchanteur car ils sont tous deux des âmes.

L'attribut fondamental de l'âme, le souffle et la parole, est la légèreté. La seule chose qui peut encore restaurer la créativité de la parole originale, son pouvoir de transformer le monde, c'est l'âme de l'homme - souffler et parler conjugué dans la magie.

La parole, du point de vue Wapishana, est un indice exponentiel de l'âme. Son existence en l'homme est ce qui le distingue, ce qui ne lui permet pas de se diluer parmi les autres choses du monde. La parole est aussi un indice de la vie humaine, comme en témoigne le murmure rauque et inaudible des morts, dont l'intelligibilité est synonyme de mort.

Éminemment la parole est un principe de raison. Les jeunes enfants, par exemple, sont appelés " madoronan ", un terme dont la traduction littérale est " sans âme ". Et on les appelle comme ça parce qu'ils ne parlent pas encore vraiment. De même, les Wapishana signifient aussi par cette dénomination que les enfants n'ont aucun discernement, aucun raisonnement : "les enfants n'ont aucun jugement", disent les Wapishana. C'est pourquoi ils devraient être pardonnés pour les absurdités qu'ils commettent.

De même, ceux qui ne sont pas en eux-mêmes sont appelés " madoronan ", soit parce qu'ils sont ivres, soit parce qu'ils ont des sentiments ou des réactions violentes liés à la colère, au ressentiment et à la passion : ils agissent étrangement et ne parlent pas, ils résistent au dialogue.

La parole et le discernement se développent simultanément et en relation pendant le processus de socialisation de l'individu, qui se termine par la pleine sociabilité de l'individu. Ainsi, à l'apogée du processus, la faculté de parler finit par sculpter l'homme, celui qui est capable de dialoguer avec ses semblables.

La parole est un principe strictement personnel : "pour former un enfant, les parents aident avec le sang ; le souffle et la parole sont de lui. Bien que les adultes enseignent à parler, les "udorona" des gens ne peuvent pas faire parler les autres.

Le potentiel de la parole doit être développé socialement : les enfants apprennent évidemment à parler. Ce fait, qui à nos yeux pourrait passer inaperçu, car le Wapishana a une grande valeur symbolique, étant donné l'équivalence entre la parole et l'âme : apprendre à parler est un processus d'humanisation qui ne se produit qu'au point le plus élevé du processus de sociabilité.

La parole est un principe personnel et cumulatif qui n'atteint sa plénitude qu'avec l'âge parce que, selon les Wapishana, nous sommes plus âme que corps. A cette conception se superpose la connaissance qui est nécessairement implicite dans la compétence de l'oratoire : bien parler est le corollaire de la sagesse, qui à son tour n'existe que par rapport à l'âme. En fin de compte, du point de vue Wapishana, la parole, le corrélat de l'âme, est la valeur centrale dans la définition de l'humain.

Des penseurs raffinés comme les Wapishana ne considèrent pas que l'âme habite, supporte ou est contenue dans le corps ; encore moins qu'elle est située - l'image à laquelle nous sommes habitués - dans une partie spécifique de celui-ci, que ce soit le cœur ou la tête. Udorona est le principe vital lui-même, une force qui, par elle-même, nous émeut et nous anime. Udorona, étant inséparable du corps, est le principe dynamique qui confère mouvement, autonomie et volonté. Sa réalité s'apprend dans l'ombre forte qui nous protège du soleil.

Traduction carolita d'un extrait pris sur le site pib.socioambiental.org

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