Rencontre des femmes en lutte

Publié le 4 Janvier 2019

Rencontre des femmes en lutte


J'ai eu le privilège d'assister les 7, 8, 9 et 10 mars 2018, à la « Rencontre des femmes en lutte » qui se tenait au Caracol zapatiste de Morelia, au Chiapas.
Pour moi, tout fut impressionnant, et même stupéfiant, chaleureux, joyeux, et bien au-delà ! Je remercie la vie, nos ancêtres et les compas zapatistes pour la chance que j’ai eue de vivre cette rencontre. Que les femmes sachent qu’elles nous ont comblées, que nous avons connu et ressenti leur souffrance due à la violence, mais aussi leur dignité, et que nous allons continuer de lutter de façon aussi créative. 
La toute première chose qui m’a impressionnée : les femmes zapatistes m'ont conduite personnellement de l’accueil jusqu’au lieu prévu pour camper, m'indiquant où se trouvaient les quelque deux cents toilettes, les deux cents douches, les cantines, ainsi que la zone où toutes les activités allaient se dérouler : auditoriums, kiosques, radio communautaire, terrains de foot, de volley et de basket. J’ai tout de suite été rassurée : oui, elles s'étaient bel et bien dotées de l’infrastructure permettant d’accueillir autant de femmes, car cet immense espace, équipé comme il l’était, convenait tout à fait pour un grand rassemblement. 
Deuxième surprise : les hommes n’étaient pas admis. J'avais déjà vécu cela auparavant, et je trouve que c’est important. Ça m’a rappelé les moments de lutte en terre binnizá (Tehuantepec) : là-bas, les femmes se réunissent pour partager et développer ensemble des activités, et les hommes font de même de leur côté. Bien sûr, il y a des moments où ils sont ensemble, comme lors des fêtes du village de Saa Guidxhi, femmes et hommes respectant néanmoins l’espace de l’autre. Pas étonnant que les femmes binnizá soient "si puissantes". C'est aussi ce que j'ai ressenti lors de cette rencontre en terre zapatiste : nous, les femmes, nous disposions de notre espace pour développer les activités de notre choix, et je suis plus qu'heureuse de voir la lutte s’enrichir de cette manière.
Le premier jour, j’ai bravé le soleil et la chaleur pour écouter les femmes de tous les caracoles exposer comment elles ont commencé leur lutte, comment elles sont parvenues à s’organiser jusqu’à obtenir la Loi qui impose de respecter les droits des femmes zapatistes, j'ai écouté la douleur du mépris, la douleur de la guerre, la lutte pour se former militairement et politiquement. Des réalités très éloignées de la mienne. Et porteuses d'espoir. 
Ce que j’ai le plus apprécié : le théâtre joué par les femmes zapatistes. Les voir jouer me libérait de l'oppression car rien qu’en les voyant, je savais qu'elles se libéraient, je comprenais qu'elles disaient par leur corps ce qui ne peut être mis en mots. Voir représentée leur lutte à partir de leur réalité de femmes indigènes pauvres, emmenées dans des zones de misère comme travailleuses sous-payées, maltraitées, prostituées, violées, assassinées et d'où, au moyen de l'organisation zapatiste, elles se sont mises à lutter pour se libérer, c’est tellement autre chose que de l’apprendre à travers des mots ! 
Des femmes très courageuses, prêtes à mourir pour la liberté.
En deux jours, près de deux cents activités - discussions, ateliers, activités sportives, théâtre, musique, danses, expositions, dessin, sans oublier la vie en commun -, se sont déroulées simultanément pour les presque huit mille femmes venues rencontrer les deux mille femmes zapatistes.
J'ai été ravie d’écouter, de participer et d’éprouver de la joie avec les autres. Dans les discussions sur la "virilité dans l'éducation", j'ai partagé avec des femmes et des mères le souci de recréer une interaction respectueuse basée sur une bonne communication, sans passer par des appareils (téléphone, ordinateur), une communication personnelle, de contact humain.

La discussion "Démanteler la désignation des choses au masculin", proposée par une jeune venue du pays des gringos, m'a fait prendre conscience que tout, dans cette culture et dans cette langue, est basé sur une conception de l'« homme » dont les caractéristiques sont telles que ceux qui ne les possèdent pas, les femmes par exemple, ne peuvent prétendre qu’à un rang inférieur, marginal, ou à pas de rang du tout, comme les esclaves à l’époque. D'où le souci de démanteler cette désignation masculine des choses : si nous cessions de désigner ainsi, même celles qui ont été nommées selon cette conception, ou si nous les renommions, ça nous permettrait de connaître ce qu’elles sont vraiment, nous permettrait de prendre conscience d’où ça vient, ainsi que des conséquences que ça entraîne. 
Une autre discussion, dont le thème était "Redéfinir l'amour", a été selon moi la meilleure : elle nous a fait prendre conscience du fait que le repli sur notre couple et sur notre famille nous a éloignés du "commun", alors que l'amour se répand de tous côtés bien évidemment, ce qui fait que la communauté est la structure sociale qui peut le mieux nourrir l’amour. Avec "Les monologues du vagin" par deux filles d'Aguascalientes, nous étions loin de la comédie : douleur de la violence, abus sexuels et même meurtre.
 

L'atelier « Des femmes dessinent des femmes" était génial : de jeunes femmes de Mexico nous guidaient avec amour pour observer et dessiner nos corps de femme, avec beaucoup de respect et sans jugement ; des femmes posaient pendant 2 minutes puis 4 puis 8 et puis 15 minutes, nous nous défaisions de nos vêtements et dessinions nos nichons, nos "poitrines belles et rondes", d’autant plus belles qu’elles étaient si diverses.  C’est embellie que j’en suis sortie. Et amoureuse.
J'étais à cette rencontre en compagnie de mes deux enfants, le plus jeune de 9 ans et l'aînée de 12 ans, ainsi que de mon amie et de sa fille de 12 ans. Les enfants ont appris librement à se connaître, se sont amusés, ont rencontré d'autres enfants, ont formé les équipes de basket les "Dauphins" et les "Minettes", et ont joué avec enthousiasme leurs tournois sous l’œil d'une arbitre zapatiste et d'une commentatrice, elle aussi zapatiste. 
Un vrai plaisir ! Mes enfants se sont sentis épanouis et libres, et j'étais heureuse de les voir si heureux !
Et que dire des batucadas argentines, des cérémonies guatémaltèques, de la montagne et des petits matins, de la nourriture, du grand branle-bas et de l’organisation des compas pour s’occuper des cantines, du service et du nettoyage des toilettes, de la surveillance ! Impressionnante, leur capacité à organiser et à gérer : elles sont ingénieures du son, cheffes d’orchestre, commentatrices, musiciennes, techniciennes de communication et de réalisations audiovisuelles. "Compa et caméra font la paire". 
J'ai expérimenté la biodanza, qui permet aux émotions de s’exprimer à travers le corps qui danse librement et se connecte à la musique pour renouer avec la vitalité, l'affectivité, la sexualité, la créativité et la transcendance. A près de deux cents femmes, nous avons vécu la biodanza pendant une heure et demie, avec nos compañeras zapatistes ; nous nous sommes regardées dans les yeux, nous avons dansé en cercle et, en de courtes rencontres, nous nous sommes embrassées, nous nous sommes bercées, nous avons pleuré ensemble, non pas de tristesse, mais de bonheur.


Sur quoi nous sommes-nous mises d'accord ?


Sur ceci : en tant que femmes, nous devons changer, assumer notre responsabilité historique, ne pas avoir peur, nous décider et participer, nous organiser, nous bouger, développer nos capacités, apprendre ; si nous changeons, nous les femmes, la relation avec tous les autres changera elle aussi, et c’est de cette manière que nous combattrons le machisme, ainsi que le capitalisme. 
Nous étions OK pour continuer la lutte. Et pour tenir, l’an prochain, une nouvelle rencontre des femmes en lutte. Et aussi pour porter l'espoir, tant en nous que hors de nous.
Lisez les déclarations, elles sont fantastiques. Celle de la cérémonie de clôture est émouvante.   
Nous, les femmes si diverses, venues des quatre coins du monde, qui nous sommes embrassées et épanchées pour de vrai, avec ferveur et de tout cœur, eh bien, nous avons décidé de nous solidariser et de nous aimer.

Traduction par Carole (blog Cocomagnanville) et Henri (le Goût des Langues)
du témoignage de Sofia Olhovich Filonova

Ethnologue de formation, promotrice culturelle de fait, promotrice du commerce équitable et de la consommation responsable au Mexique, désormais engagée dans la création de communautés intentionnelles avec des projets durables. 
Elle vit actuellement avec ses enfants dans la communauté d'Inla Kesh.  https://www.inlakesh.info/
 

La lettre de Sofia :


Tuve el privilegio de asistir al encuentro de mujeres que luchan, 
7, 8, 9 y 10 de marzo del 2018, Caracol Morelia, Chiapas 
Todo me fue impactante, impresionante, admirable, amable, desbordante, alegre. Agradezco a la vida, a nuestras ancestras y a las compas zapatistas, por la oportunidad de vivir este encuentro. Sepan las mujeres que las disfrutamos, aprendimos y sentimos el dolor de la violencia pero también sentimos la dignidad, y que vamos a seguir luchando de manera creativa.   
Me admire primero que nada de las mujeres zapatistas, de su recibimiento, me llevaron personalmente desde la puerta hasta el lugar donde acamparía, me mostraron el área de los aproximadamente 200 baños, de las 200 duchas, los comedores, y el área donde se desarrollarían todas las actividades, auditorios, templetes, radio comunitaria, cancha de futbol, de bolibol y basketbol. Se me quito la duda de inmediato de si  estarían preparadas para recibir a tanta mujer.  Un espacio grande, amplio, provisto de todo lo necesario, una infraestructura lista para un gran encuentro. 
Mi segunda sorpresa fue aquello de no permitir la entrada a los hombres. Ya lo había vivido antes, ahora lo valore, me recordó los tiempos de lucha en tierra binnizá donde las mujeres se juntan para encontrarse y desarrollar actividades juntas, y los hombres lo mismo en sus propios espacios, y por supuesto, hay momentos en los que coinciden como en las fiestas del pueblo Saa Guidxhi, donde mujeres y hombres respetan el espacio del otro. No por nada las mujeres binnizá son “tan fuertes”. Así me sentí en este encuentro, las mujeres teníamos nuestro espacio para desarrollar las actividades que quisiéramos, y más me alegro que fueran para enriquecer la lucha.
El primer día, a pesar del sol y el calor, permanecí, escuche los comunicados de las mujeres de todos los caracoles, de cómo inició su lucha, de cómo fue que lograron organizar y lograr la Ley para hacer respetar el derecho de las mujeres zapatistas, escuche el dolor del desprecio, el dolor de la guerra, la lucha para formarse militar y políticamente. 
Realidades muy lejanas a la mía, esperanzadoras. 
Lo que más me gusto fueron las representaciones teatrales de las zapatistas, verlas me liberaba de la opresión, al verlas actuar sabía yo que se liberaban ellas, que expresaban lo que no se puede con palabras, no es igual representarlo con el cuerpo que con palabras.  Ver representada su lucha de acuerdo a su realidad como mujeres indígenas pobres llevadas a espacios marginales como trabajadoras mal pagadas, maltratadas, prostituidas, violadas, asesinadas y desde este lugar emprendiendo su lucha de libración a través de la organización zapatista. 
Mujeres muy valientes, dispuestas a morir por la libertad.
En dos días cerca de 200 actividades, pláticas, talleres, espacios deportivos, teatro, música, danzas, exposiciones, dibujo, convivencias, ocurrían simultáneamente para abrazar la entrega de cerca de 8,000 mujeres visitantes sumadas a las 2000 mujeres zapatistas. 
Me encantó escuchar y participar, compartir la alegría con otras, en las pláticas sobre “masculinidades en la crianza”, compartí la preocupación de mujeres y madres de recrear la interacción respetuosa a partir de una comunicación adecuada, sin interferencias de maquinas, como los telefonos o las computadoras, y que sea personal, de contacto humano; 
de la plática “Desmantelar el concepto referecial de ‘hombre’ de las cosas”, propuesta por una mujer chicana que vive en el país del gringo, me hizo conocer la problemática de que todo en esa cultura y lengua parten de un concepto de “hombre” con tales características que cualquier otro diferente o mujer adquiere un lugar inferior, marginal, incluso de inexistente, como lo fueron en su momento los esclavos, de ahí su preocupación por desmantelar este concepto de las cosas, mismas que han sido nombradas bajo este pensamiento, dejar de nombrarlas o renombrarlas nos permitiría conocer su esencia, nos permitiría tomar conciencia de su origen y consecuencia. 
Otra platica en la se hablo de la “redefinición de amor” me fue la mejor, darnos cuenta que la privatización de nuestra pareja y de la familia nos ha alejado de lo “común” y de que el amor fluya hacia todos los lados y claro que una estructura social que puede albergar el amor es la comunidad. 
Los “Monólogos de la vagina” actuada por dos chicas de Aguascalientes, dejaron la comedia y expresaron el dolor de la violencia, el abuso sexual  hasta el asesinato. 
El taller de “Mujeres dibujando mujeres” fue genial, jóvenas de la ciudad de México nos guiaron amorosamente para observar y dibujar nuestros cuerpos de mujer, con mucho respeto y sin juicio, mujeres posamos 2 minutos luego 4 luego 8 y después 15 minutos, nos desprendimos de nuestras prendas y dibujamos nuestras chichis “los pechos hermosos y redondos” diversos  de mucha belleza.  Embelezada salí, enamorada estaba.
Asistí a este encuentro con mis dos hijos, el menor de 9 años y la mayor de 12 años, junto con mi amiga y su hija de 12 años, todos ellos libremente anduvieron conociendo, disfrutando, encontrándose con otroas niñoas, contentos formaron sus equipos de basketbol “los delfines” y “las gatitas” y con entusiasmo jugaron sus torneos con el apoyo de una arbitro y una comentarista zapatista. ¡Simplemente divertido! ¡Mis hijos se sienten realizados y libres y yo feliz de verles felices!
Ni que decir de las batucadas argentinas, de las ceremonias de guatemaltecas, del monte y  los amaneceres, de la comida, del gran despliegue organizativo de las compas para atender los comedores, el servicio y limpieza de los baños, la vigilancia; y su impresionante capacidad organizativa y logística, son sonidistas, directoras, comentaristas, músicas, técnicas de la comunicación y el registro audiovisual , “compa y cámara son ya mancuerna”.  
Experimente la Biodanza, esta forma de expresión de las emociones a través del cuerpo que danza libremente conectándose con la música para reconectarse con la vitalidad, la afectividad, la sexualidad, la creatividad y la trascendencia, cerca de 200 mujeres vivenciamos durante una hora y media, junto con compañeras zapatistas, la biodanza. Nos vimos a los ojos, danzamos rondas en círculo, nos abrazamos, nos acunamos, nos encontramos fugazmente y lloramos juntas, no de tristeza, sino de felicidad. 
¿Qué  acordamos? 
Acordamos que como mujeres debemos cambiar, asumir nuestra responsabilidad histórica, no tener miedo, decidirnos y participar, organizándonos, moviéndonos, capacitándonos, aprendiendo, en tanto cambiemos nosotras cambiará la relación con todas las demás personas y así combatiremos al machismo incluso al capitalismo.
Estuvimos de acuerdo en seguir luchando. En realizar un encuentro de mujeres que luchan el próximo año. En llevar la esperanza dentro y fuera de nosotras.
Podrán leer los comunicados, son maravillosos, el de la clausura fue conmovedor, la gran diversidad de mujeres nos abrazamos, de todo el mundo, de verdad, de corazón, entregadas, fluyendo. Acordamos solidarizarnos y amarnos. 
 

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