Mexique - Une autre offense aux parents des 43 à l'occasion de la Journée Internationale des Victimes de Disparitions Forcées

Publié le 1 Septembre 2018

Il y a plus de 8 ans, l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution A/RES/65/29 dans laquelle elle a exprimé sa préoccupation face à ce problème, qui touche plusieurs régions du monde, et pour lequel elle a décidé de signifier le 30 août journée en faveur des victimes de disparitions forcées. Cette résolution reprend le droit à la vérité et souligne son importance, en particulier dans les cas de disparition forcée, en soulignant les éléments essentiels qui encadrent ce droit, qui vont de la connaissance de la vérité sur les circonstances de la disparition forcée, ainsi que le déroulement de l'enquête, les responsables des faits et le sort de la personne disparue.

C'est ce même droit que les mères et les pères des 43 étudiants de la Normale "Raúl Isidro Burgos" à Ayotzinapa, Guerrero réclament et exigent depuis près de quatre ans, et auxquels les autorités mexicaines non seulement n'ont pas répondu, mais continuent à violer. Mercredi dernier, sur Twitter, le président Enrique Peña Nieto a téléchargé un post relatif à son sixième rapport gouvernemental dans lequel il a une fois de plus insisté sur la soi-disant "vérité historique" du bureau du procureur général et a appelé les mères et les pères à "accepter" que leurs enfants aient été incinérés par le crime organisé.

Enrique Peña Nieto discrédite par cette déclaration les déclarations faites par la Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme, le Groupe Interdisciplinaire d'Experts Indépendants, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l'Homme au Mexique, l'Equipe Argentine d'Anthropologie Médico-Légale et le Premier Tribunal Collégial de Circuit de Tamaulipas.

Comme le GIEI et l'EAAF s'en souviennent après que les études scientifiques menées sur les preuves trouvées dans la décharge de Cocula, celles-ci ont conclu qu'il n'y avait pas d'incendie capable de brûler 43 corps, les 26 et 27 septembre, le Haut Commissariat des Nations Unies et le Tribunal Collégial de Circuit de Tamaulipas ont établi que les personnes qui ont avoué avoir incinéré les étudiants ont été torturés, ce pour quoi ils ont dit ce que le PGR voulait. La conclusion de tout le monde est qu'il est nécessaire de poursuivre l'enquête jusqu'à ce que toutes les lignes soient épuisées, afin de trouver où se trouvent les élèves disparus.

Par cette déclaration, le Président de la République exprime publiquement le refus de l'État mexicain de se conformer aux recommandations du Groupe Interdisciplinaire d'Experts Indépendants. De plus, il cherche à minimiser une fois de plus la disparition forcée des 43 étudiants et à éliminer la responsabilité des autorités mexicaines, des différents ordres de gouvernement, ce qui a été souligné par de multiples instances. L'objectif est de nettoyer la tache de sang qui a marqué son mandat de six ans et de présenter l'affaire uniquement comme un problème de sécurité et non comme une pratique systématique qui a eu lieu dans tout le pays et qui est en usage dans l'État de Guerrero depuis les années 1970.

Cette déclaration est d'autant plus inquiétante qu'elle est faite la veille de la Journée Internationale des Victimes de Disparitions Forcées, car elle vise de façon indolente et agressive la population générale et les parents à leur reprocher de ne pas accepter une théorie sans soutien scientifique et une enquête truffée de violations des droits de l'homme et d'irrégularités. Cela montre que les autorités de haut niveau qui auraient pu être impliquées dans les événements du 26 septembre sont couvertes et refusent donc de faire l'objet d'une enquête sur ordre du Colegiado de Reynosa Tamaulipas.

Il est regrettable qu'un chef d'Etat renverse la responsabilité envers les proches des disparus et les oblige à accepter une théorie sans soutien scientifique ou factice. C'est pourquoi, dans le cadre de la commémoration de la Journée Internationale des Victimes de Disparitions Forcées :

Nous condamnons cette pratique abominable perpétrée par les autorités et les particuliers avec l'accord de ces autorités et exigeons que le lieu où se trouvent les disparus fasse l'objet d'une enquête et que les responsables soient punis.


Nous exigeons que les autorités changent le récit de l'affaire Ayotzinapa, en tenant compte des recommandations du GIEI et approfondissent et accélèrent toutes les lignes d'enquête.


Nous condamnons les déclarations du Président de la République concernant l'affaire Ayotzinapa, car elles vont à l'encontre de ce qui a été souligné par divers organismes internationaux et nationaux.

traduction carolita d'un article paru sur le site Tlachinollan.org le 31 août 2018

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Mexique, #Ayotzinapa, #Los desaparecidos

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