Argentine/Bolivie : Le peuple Chané

Publié le 7 Août 2018

 

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Peuple autochtone d'Argentine et de Bolivie, qui est un peuple héritier de 2 cultures, la culture arawak et la culture tupi-guarani. En Bolivie ils portent le nom de Chiriguano mais on les trouve plus certainement sous le nom  d'Avá Guaranís dont il existe sur ce blog un article détaillé.

En Argentine ils s'appellent Chané, et vivent dans le nord-est de la province de Salta, dans les communautés de Tuyunti, Campo Durán et Pichanal ainsi que dans la province de Jujuy où ils vivent près de Ledesma et de San Pedro.

Chiriguano de Bolivie 1908/1909 De Nils Erland Herbert v. Nordenskiöld - http://www.smb-digital.de/eMuseumPlus?service=ExternalInterface&module=collection&objectId=1591070&viewType=detailView., CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=32491056

Population en Argentine

Province de Salta : 3034 personnes

Province d'Entre Rios : 486 personnes

La culture Chané appartient à la famille linguistique Arawak, qui a voyagé à travers l'Amérique du Sud et dans les îles de la mer des Caraïbes.  

Les peuples arawak, une famille linguistique qui s'étend sur toute l'Amazonie, l'Orénoque, les Antilles, le nord de la Colombie, etc., se sont installés il y a environ 2 500 ans dans les territoires de l'actuelle Bolivie et de l'Argentine, où ils occupaient le secteur ouest du Grand Chaco et une partie des provinces de Salta et de Jujuy. 

Entre le XIIIe et le XVIe siècle, les vagues de GUARANÍES (appelées CHIRIGUANOS en langue quechua) ont atteint leur région, et après les avoir vaincus, ils sont devenus leurs "partenaires mineurs" et les ont été appelés CHANE. Les familles des deux peuples ont ainsi développé un type particulier de vie associative (bien que la dénomination quechua CHIRIGUANO-CHANE soit prédominante dans la littérature).

Ils se sont installés dans l'est du Pérou (les Campa) ; dans l'Alto Xingú ; dans l'est de la Bolivie (les Mojo et les Baure) ; dans la partie est du fleuve Guaporé et dans le centre du Mato Grosso (les Paressi).

Là où les sierras subandines orientales de la province de Salta et de Jujuy se terminent et où les sommets deviennent des chaînes de montagnes plus basses et quelques collines, la grande extension du Chaco commence presque abruptement.

Au sud, les Arawak se sont étendus jusqu'à l'Alto Paraguay (les Guaná), atteignant le centre-ouest du Chaco, aujourd'hui en territoire argentin, point final de leur expansion.

source de cette traduction

Intérieur d'une maison chané   E. Palavecino, 1958.

D'autres traductions

Chané. En guarani ,Tapii, le nom sous lequel ils sont également connus, en particulier dans le sud de la Bolivie. Le gentilé" signifierait "serviteur" ou "esclave", et pour certains "mon parent".

Ceux qui se sont installés dans les Bañados de Izozog, ont reçu le nom d'Izoceños.

Habitat : Les contingents de la famille linguistique arawak ont commencé - au début de l'ère chrétienne, ou même plus tôt - une migration vers le sud depuis l'Amérique centrale, les Antilles et l'Orénoque, dans un voyage très lent de centaines d'années, ils ont atteint Izozog, Tarija et Salta, la fin de leur expansion. De nombreux groupes se sont constitués en cours de route.

Aire culturelle : Gran Chaco (Amérique du Sud).

Langue : Arawak

Mythe d'origine du peuple Chané

Mythe d'origine raconté par Mme Laura Centeno de Tuyunti,, Chané Aguaray, Salta en 1985 ; reproduit par Rocca et Rossi dans le livre "Los Chané-Chiriguano" :
"A cette époque, il pleuvait des mois et des mois, et les anciens chané pensaient que cela allait inonder la terre et ils ont ensuite préparés deux  touts petits enfants, des bébés fille et garçon, et un très grand pichet fait par les anciennes, grand comme une personne et très large,  pour les mettre dans ce pichet pour sauver des vies, avec de la nourriture, de la farine de maïs et du gâteau de maïs grillé, un récipient avec de l'eau, un arc et des flèches et un cuir pour couvrir le pichet d'eau. Ils ont mis des graines de haricot, de pastèque, de melon et de maïs. Puis les anciens ont recouvert la bouche du grand pichet de trois peaux d'anta pour que n'y entre ni le froid ni l'eau et ils ont avancé sur l'eau qui montait de plus en plus.

Les autres familles se noyaient toutes dans la croissance de la terre au ciel et ces petits enfants sont restés longtemps au-dessus des eaux. Puis ils ont senti que l'eau séchait et avec une flèche, ils ont ouvert la bouche du pot pour obtenir de l'air et du soleil. Ils ont commencé à chercher des endroits secs pour descendre.

Ils avaient deux cailloux et une champita pour allumer un feu. Ils ont vu de la terre ferme près d'un étang à côté d'eux. Ils sont descendus et leur vieille grand-mère leur est apparue, mais son corps avait la forme d'un crapaud. Le crapaud s'est approché d'eux, leur disant ce que leur grand-mère avait été, leur expliquant comment manger, comment cultiver le maïs, comment le manger rôti dans une feuille ou sans feuille, comment cultiver la pastèque, le melon, la citrouille, comment allumer un feu. Puis il s'est mis à pleurer et leur a dit : "Je suis fatigué tous les soirs, mais qu'allez-vous faire enfants ? Et ils dirent au revoir à l'ancienne qui est partie,  entra dans la lagune jusqu'au lendemain.

Beaucoup plus tard, il leur est apparu en leur disant qu'ils pouvaient être un couple pour qu'ils puissent fonder une famille ; puis la fille est devenue une femme pendant des mois, ils ont eu des jumeaux, des triplés de ces familles qui formaient déjà beaucoup de personnes Les années passèrent, il y avait beaucoup de maisons et de champs, des anciens et des anciennes, des adultes et des enfants. Ils vivaient tous dans la joie du peuple Chané."

Traduction carolita du site Pueblos originarios

Pour compléter voici une série d'articles que j'ai traduit à propos de la cosmovision Chané :

La cérémonie de l'arete

Les masques

Le déluge

Les personnages mythiques

Artisanat

 

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Les vases globulaires ont parfois deux poignées latérales, le fond est toujours plat. La teinture de base est jaune ou brun foncé et la résine Palo Santo est utilisée comme lustre. Les motifs décoratifs les plus courants sont les triangles, les spirales, les lignes en zigzag, les angles liés, les anneaux concentriques et les motifs réticulés.

Les platss ont habituellement un bord intérieur orné. La céramique est une tâche exclusivement féminine. Dans son élaboration les techniques les plus utilisées sont celles des rouleaux de pâtes superposées pour la confection de récipients et l'ajout de petits morceaux de pâtes aplaties ou de petits rouleaux dans la confection de figurines.

Les pièces sèches sont polies par frottement avec un galet, la cuisson se fait dans un poêle rectangulaire à ciel ouvert.

Ils avaient des modèles culturels similaires aux cultures de la selva.


Les agriculteurs naissant ont produit le manioc, le maïs, la patate douce, les arachides, le coton et les haricots ; ils élevaient des lamas, utilisaient des arcs et des flèches, des pièges et des clotures pour chasser, pour la pêche :  des filets et des flèches.

 

femme peignant un vase  Río Itiyuro.

En raison de la proximité de leurs villages avec les groupes andins, ils ont appris le pâturage, l'utilisation d'engrais, les techniques de poterie, le travail des métaux et le tissage.

Ils sculptaient des idoles et des masques en bois. Ils vivaient dans des villages avec des maisons de bois et de paille ; la famille était monogame, ils avaient une division du travail et faisaient du travail communautaire.

Les chefs ont maintenu le pouvoir politique et ont été appuyés par un conseil des anciens.

Entre le 15ème et le 16ème siècle, les vagues de Chiriguanos ont atteint leur région, et leur défaite rapide suggère une organisation faible.

Ils ont été réduits en esclaves et forcés de cultiver les cultures de Chiriguano, et le guarani est devenu la langue commune. La communauté de Tuyunti dans la province de Salta (Argentine) est l'actuelle descendante du fier peuple Chané originaire de la selva amazonienne.

Le Fort de Samaipata était leur centre cérémoniel le plus important.

traduction carolita du site pueblos originarios

Les Izoceños

 

Aussi appelés Tapii ou Timanka.

Habitat : Contingents de la famille linguistique arawak qui ont migré vers le sud à partir de l'Amérique centrale, des Antilles et de l'Orénoque et se sont installés le long du rio Parapetí qui se jette dans les marais d'Izozog.

Aire culturelle : Gran Chaco (Amérique du Sud).

Langue : Arawak

 

ls appartenaient au groupe Chané, c'est-à-dire ceux qui avaient moins de contacts avec les Chiriguanos. Les Izoceños maintiennent un gouvernement ethnique consolidé sur un territoire dont le système écologique est pratiquement intact, à l'abri des activités commerciales.
La région est dominée par le rio Parapetí, qui s'assèche complètement à la hauteur des premières communautés isoceñas pendant les mois d'hiver. I oso oso signifie, en guarani, "l'eau qui est coupée". Au moins 80 % de ceux qui vivent à proximité du cours d'eau sont des natifs, pleinement intégrés dans les cycles de base de l'écosystème. Ils vivent de la pêche - quand la rivière a de l'eau, bien qu'ils conservent une partie de ce qu'ils obtiennent bien avant la saison sèche -, de la chasse de subsistance, de la cueillette et des ressources forestières. Ils développent également l'agriculture et l'élevage de façon familiale et collective.

L'organisation politique est basée sur les capitanias. La plus haute autorité est le "Tenta Ruvisa Guasu" (celui qui s'occupe ou guide la communauté), dont la position est généralement héréditaire, sa fonction est celle de conciliateur ou médiateur entre les Izoceños et les autorités publiques et privées ; il ne décide pas, il exécute la volonté du peuple qui, à travers les assemblées, délibère et prend des décisions.

Il y a un capitaine Grande qui représente toutes les communautés d'Izozog - actuellement 17 le long de la rivière Parapetí - il est assisté par les capitaines du Haut et du Bas Izozog. Ils gèrent une sous-mairie et le parc Kaa Iya dans le Chaco bolivien.

Bien que l'Église catholique soit active dans la région depuis 1960, il n'a pas été possible d'éradiquer la cosmovision et la pensée indigène qui est aujourd'hui plus proche des Guaraní que des Chané. Le carnaval est leur fête principale, les communautés d'Izozog se visitent, commémorant les ancêtres avec des masques qui caractérisent la personnalité du défunt. Elle est célébrée après la récolte du premier maïs, renforçant la cohésion du groupe pour surmonter les difficultés et maintenir les traditions.

Au début du XXe siècle, l'ethnographe suédois Erland Nordenskiöld leur a rendu visite ; il a trouvé un village paisible, fermier et potier. Ils se baignaient trois fois par jour et balayaient tout le village tous les jours. Ils étaient dirigés par des capitaines. De son livre INDIANLIF. El Gran Chaco (Syd-Amerika), publié à Stockholm en 1910, nous avons extrait les illustrations et photographies suivantes :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A : Métier à tisser. B : Rubans. C : Visage représenté en céramique. D : Verre pour boire la chicha. E : Fléchettet. F : Poupées.

 

Femme avec "tipoy" (large sac de coton qui atteint les pieds).

 

Enfant avec chiripa

Des femmes broyant du maïs dans un mortier

Femme avec tipoy, qui peut être utilisé pour porter le bébé.

Homme

Capitaine

 

traduction carolita du site pueblos originarios

Cosmovision Chané : Le déluge (mythe de création du peuple Chané ou Chiriguano)

Publié le 7 Août 2018

Aguará-Tunpa, être surnaturel puissant et maléfique, a déclaré la guerre à Tunpa, créateur des Chiriguanos.

La raison de la déclaration de guerre n’est pas connue avec certitude, mais elle est attribuée à la pure rancune ou à un simple esprit de contradiction.

Pour irriter le créateur, Aguará-Tunpa a mis le feu aux prairies au début de l’automne, de sorte que non seulement les plantes et les arbres ont brûlé, mais aussi les animaux, dont les chiriguanos dépendaient pour leur subsistance, ils ont péri dans les flammes, car ils n’avaient pas encore commencé à cultiver du maïs.

Sans nourriture, ils ont failli mourir de faim. Ils se sont échappés dans le feu jusqu’aux bords de la rivière, et là, pendant que la terre environnante fumait, ils ont réussi à vivre des poissons qu’ils pouvaient attraper.

Suivant les instructions du dieu créateur Tunpa, les Chiriguanos ont cherché une grande feuille de maté, ils y ont placé deux très jeunes enfants (Cuimbaé et Cuñá), un garçon et une fille, enfants de la même femme, et ont laissé cette petite arche flotter au-dessus des eaux avec sa précieuse cargaison.

Enfin, la pluie a cessé de tomber et les eaux de crue sont retombées, laissant tout couvert de boue fétide.

Puis les enfants sont sortis de l’arche, car s’ils y étaient restés, ils seraient morts de froid et de faim.

Les poissons et autres créatures vivant dans l’eau avaient acquis une nouvelle énergie et servaient de nourriture pour les deux nourrissons.

Mais comment allaient-ils réussir à cuire le poisson ? C’était la partie difficile, l’inondation avait éteint tous les feux du monde. Puis Cururu le grand crapaud vint en aide aux petits.

Avant que le déluge n’ait recouvert toute la terre, cette sage créature avait pris soin de se cacher dans un trou et de porter dans sa bouche des braises qu’il réussit à maintenir allumées pendant le déluge en les soufflant continuellement. Quand il vit que la surface de la terre était à nouveau sèche, il sortit de son trou avec les braises brûlantes dans sa bouche et alla directement là où se trouvaient Cuimbaé et Cuñá, et leur donna gracieusement le feu.

De cette façon, ils ont pu rôtir le poisson qu’ils ont attrapé et réchauffer leurs petits corps terrifiés. Avec le temps, ils ont grandi, et de leur union descendent les membres de la tribu Chiriguana.

sources

El folklore en el antiguo testamento. James George Frazer.

http://www.educared.org.ar/imaginaria/05/9/scafati.htm

Personnages mythiques

Publié le 7 Août 2018

Ilustración de Gabriela Varela

 

Aguar-Tunpa

Sa traduction littérale est Dieu-Renard. Déité du mal qui aime jouer avec le destin des hommes. Sa demeure est la constellation du Scorpion (« La clôture d’Aguará-Tunpa »).
Il se bat toujours avec Tunpa, le dieu créateur des Chiriguano, essayant de défaire son travail.

Il a été chargé d’introduire la guerre, la discorde et la mort parmi les hommes. Une fois, il a mis le feu aux champs et aux pâturages pour tuer les animaux dont les gens se nourrissaient, ce qui a déclenché une grande famine qui a presque fait disparaître l’humanité de la surface de la Terre. Dans une autre tentative de détruire la race humaine, il a envoyé un déluge dont seuls deux enfants ont été sauvés en naviguant sur une feuille, dont les membres de la tribu Chiriguana sont issus.

Añá-Tunpa

Ou Añá-Tubicha. Il est le seigneur de toutes les années, qui règne à Añarentá, une sorte d’enfer situé dans le monde souterrain.
Pour les chiriguanos, les añás sont les âmes de ceux qui ont eu une mauvaise mort, soit parce qu’ils se sont suicidés, soit parce que leur agonie a duré trop longtemps. C’est un groupe d’êtres ténébreux de nature démoniaque, qui s’opposent au concept d‘avá, l’humain. Quand Añá-Tunpa les envoie pour causer des dommages aux gens, la meilleure façon de se protéger d’eux est de porter une brûlure.

Cururú

C’est le crapaud mythologique des chiriguanos. Il a aidé Cuimbaé et Cuñá, le couple d’enfants qui a survécu à la deuxième destruction du monde, causée à cette occasion par une inondation qui a déchaîné Aguará-Tunpa.

 

Cururúlustration de Luis Scafati, dans le livre d’Adolfo Colombres « Seres Mitológicos Argentinos ».

 

Lorsqu’il s’est rendu compte que l’humanité était en danger de disparition, Cururú a gardé ce qu’il considérait comme le plus important pour assurer sa survie : le feu. Une fois que les eaux se sont retirées, il a trouvé les enfants et leur a donné les braises qu’il avait réussi à garder dans sa propre bouche. Grâce à ce don, les enfants ont pu se réchauffer et rôtir le poisson qu’ils ont réussi à extraire de l’eau douce.

Tunpa

Aussi Tunpaete, Tunpaete Vaé et Yanderú Tunpa.
Il est le dieu créateur des chiriguanos. Etre bienfaiteur qui habite au ciel. Il est le faiseur de toutes choses, visibles et invisibles.

Il a donné aux hommes des semences et des ustensiles, des pluies et aide à mûrir les fèves de caroube, le maïs, les citrouilles et autres plantes alimentaires. Il est abstrait, il n’est pas représenté.

 

 

Les masques

Publié le 6 Août 2018

 

Les masques sont des représentations du pouvoir et de l’équilibre entre l’homme et la nature, intermédiaire entre le monde des dieux et celui des hommes.
Ils sont le lien avec les ancêtres et les mythes du groupe ; dans le contexte rituel, ils sont un créateur d’ordre par opposition au chaos.

Dans la culture Chané, ils ne sont utilisés que pour la cérémonie de l’arete. Ils considèrent qu’étant une fête à laquelle participent les vivants et les morts, ils empêchent les personnes d’être blessées par un parent décédé qui, à cause du mal du pays, tente de kidnapper l’âme d’un de ses proches. A cette intention de précaution s’ajoute la nature ludique d’empêcher les participants d’être découverts dans leur vraie personnalité.

La raison d’être d’un masque est qu’il sera habité par des esprits. Si l’esprit à représenter ne peut pas être capturé dans l’image du masque, il manquera de force. Le rituel que vous utilisez sera inefficace, et les prières et les offrandes n’atteindront pas leur pleine signification.

Ils sont utilisés exclusivement par les hommes et ont trois options :

Aña-ndechi : représente les aña ou les esprits des anciens et se compose d’un visage humain, généralement sans ajouts.


Aña-hanti ou Aña-tairusu : symbolise les aña des jeunes. Il ont un visage humain avec une haute crête sur le sommet, appelée hanti, décorée de motifs géométriques, de représentations d’étoiles ou de la figure du jaguar.


 Aña des animaux : représente l’esprit ou le propriétaire des animaux. La fonction est de protéger les espèces.


L’historien de Santa Fe, Hipólito Guillermo Bolcatto, nous dit : « Les chané sont des créateurs de masques originaux qu’ils utilisent dans la célébration annuelle de la récolte du maïs, dont la date coïncide partiellement avec notre carnaval, parce qu’elle commence deux semaines avant et se termine deux ou trois semaines après. Les caractéristiques les plus saillantes de ce carnaval consistent non seulement dans la simple utilisation du masque, mais aussi dans le sens magique-religieux qu’il a. Le masque chané porte le nom générique de aña-aña (aña : esprit, mort, démon).

Pour construire son masque, le jeune chané doit aller dans la montagne, seul, avec une hache, une machette et un couteau, à la recherche d’un samóu (palo borracho/ceiba speciosa). Il faut parfois parcourir plusieurs kilomètres pour le trouver. Une fois l’arbre coupé, il fabrique plusieurs masques avec son tronc, à l’aide d’une machette et d’un couteau. Le bois du samóu fraîchement coupé est moelleux et très facile à sculpter. Ce travail doit se faire dans la solitude, secrètement, de sorte que lorsque vient le temps de porter les masques, personne ne puisse reconnaître le porteur.

Le travail suivant est effectué uniquement à l’aide d’un couteau, en commençant par creuser le trou qui sera alors la partie dans laquelle le visage de l’utilisateur est inséré (seulement en partie). Un type de masque est configuré comme une tête d’animal ou un visage humain ; d’autres sont composés de deux corps ou parties différents bien qu’ils soient sculptés dans le même bloc de bois. Ceux qui sont utilisés tout au long du carnaval représentent les jeunes et ont été appelés aña tairusu (jeunes). Ils se caractérisent par une extension en forme d’écran au-dessus du visage, appelée hanti (Hanti : corne), de sorte que ces masques sont également connus sous le nom d’aña hanti.

Chaque individu construit trois de ces masques, avec des dessins différents sur le hanti, à porter tout au long de la journée. Le masque porté le matin a un soleil dessiné ou couché dessus. A midi, un autre modèle est utilisé, portant généralement une petite visière sculptée dans le même bois, pour protéger la vue. Les motifs décoratifs des hanti de ces masques sont très variés et se composent de fleurs, d’animaux, de figures humaines ou de dessins géométriques simples, ajourés ou peints.

Quand le soleil commence à se coucher, le jeune chané porte un autre masque, sans visière et dont le hanti est dessiné ou percé de figures associées à la nuit, comme des chauves-souris, des étoiles, etc.

traduction carolita du site pueblos originarios.com

Cosmovision Chané : La cérémonie de l’Arete
 

Publié le 6 Août 2018

fleur de taperigua

 

 

Quand le taperigua (cassia carnavalis) fleurit sur la montagne, la famille Chiriguano Chané commence la célébration de l’arete comme la vraie fête ou le temps réel ; elle continuera jusqu’à ce que ses fleurs commencent à se faner.

Arete, temps de la récolte et de la production, est un rituel sacré équivalent au culte de la Pachamama des cultures andines, a à voir strictement avec la gratitude à « Mère Nature ».

C’est l’hommage à la terre et le fruit du travail : le maïs qui représente la vie, le sang lui-même. C’est pour cette raison que les aborigènes la définissent comme le renouvellement du sang.

Cette cérémonie agraire est une cérémonie d’action de grâces au maïs et de joie d’obtenir la nourriture pour le reste de l’année ; elle commence avec la première récolte, la préparation, puis avec le grain de maïs, de grandes quantités de cangüi ou chicha, une boisson avec une certaine teneur en alcool qui sera servie pendant les joyeuses journées festives de l’Arete.

La durée de la célébration varie selon la taille de la communauté et la quantité de grain obtenu dans la récolte, elle peut durer une semaine ou un mois, même plus longtemps si les bénédictions ont été nombreuses.

Les célébrants adultes du Carnaval utilisent un masque en bois blanc sculpté (Yuchan – « Palo Borracho ») dans leurs danses pour protéger le visage du danseur lors de la rencontre avec l’âme du défunt qui a lieu dans des passages spéciaux de cette célébration. La forme ou le motif d’un masque est directement lié à l’intention ou à l’identification de son porteur.

Les créoles ont dénommé indistinctement l’ethnie de ses fêtes avec le nom de de Pin Pin , associant un instrument (un tambour moyen avec une corde qui vibre sur la pièce et donne un son particulier) à une danse mixte d’une grande beauté. Dans cette danse, les hommes et les femmes forment de grandes roues et tournent dans la même direction, les musiciens se tiennent au milieu de la roue sans déguisement, puis les danseurs forment un couple se faisant face l’un à l’autre, avançant et reculant en touchant leurs paumes à plusieurs reprises au rythme de la musique.

Danse rituelle

 

Danse rituelle du jaguar avec le taureau, les hommes portent des masques pour représenter leurs personnages.

 

Le jaguar représente l’aborigène et le taureau représente l’européen. Ce dernier a été incorporé à l’arrivée de l’homme blanc, autrefois représenté par le renard ou le tapir, ce combat se termine presque toujours par la victoire du jaguar et rarement par un match nul.


Une bonne ligne de tambours est essentielle pour la célébration.

Angua guasu est le plus grand tambour ou tambour principal, suivi de plusieurs  angua ray ou fils du tambour, le Pin Pin populaire et exceptionnellement un petit tambour appelé michiray.

La tenue vestimentaire de cette danse doit être constituée de nouveaux vêtements dans les étapes de la célébration, les femmes portent les cheveux rassemblés sur la nuque, ornés de rubans et de fleurs, des cerceaux colorés, des colliers de chaguar (graines) et la robe est le tipoy, une sorte de tunique avec une seule couture d’un côté.

La présence des chrétiens blancs dans la région semble avoir été le facteur déterminant dans le changement de date, d’ août à février, afin de la faire coïncider avec l’opportunité du « carnaval », d’origine européenne.

Vers la fin de l’arete est l’incorporation de deux éléments importants ; ce sont le taureau et le tigre. C’est la cristallisation du moment sacré de la lutte du taureau contre le jaguar. Le tigre, yagua, représente l’Amérique et le taureau représente les envahisseurs. C’est le taureau qui représente l’homme blanc. Les éleveurs de bétail envahissent toute la Chiriguanía, la remplissant de bétail. La lutte est la revendication historique, la revendication ethnique. Le tigre tue le taureau. Et puis ils se débarrassent de tous les masques. Ils avaient l’habitude de les brûler. Ils les jettent dans l’eau depuis un moment. L’eau en tant qu’élément purificateur, afin que le mal et tout ce qui pourrait perturber, comme la contraction de maladies, puissent être emportés.

traduction carolita du site pueblos originarios.com

 
 
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