Suma Qamaña, l'alternative qui sauve les principes indigènes

Publié le 28 Juin 2018

traduction d'un article d'avril 2017

Que nous y allions tous ensemble, que tout soit suffisant pour tout le monde et que personne ne manque de rien. C'est la pensée du peuple Aymara, originaire d'Amérique.

Selon d'éminents penseurs boliviens, le monde est confronté à une "crise de la vie" dérivée du modèle de développement promu par le capitalisme. Elle va au-delà des dimensions économique et politique. C'est une hécatombe qui a provoqué une rupture de l'équilibre avec la Terre et a affecté les relations de la vie ; une crise dans laquelle les gens se concentrent sur le fait d'avoir toujours plus et tout est devenu un marché.

Se trouvant dans une situation où ils ne peuvent pas voir un avenir favorable, les peuples indigènes ont voulu contribuer et se sont engagés à lutter pour restaurer l'harmonie perdue. C'est ce qu'a dit David Choquehuanca, un érudit aymara connu pour avoir été ministre des Affaires étrangères de l'État plurinational de Bolivie. Ainsi, dans ce pays, la nécessité a été identifiée de proposer un nouveau modèle de vie basé sur les principes ancestraux des cultures de la région.

Mais qu'est-ce que les ancêtres faisaient différemment ? Pour eux, la vie dans des relations d'harmonie et d'équilibre était primordiale, de sorte que, dans cette approche, l'être humain était  relégué au second plan, tandis que l'environnement était primordial dans le nouveau modèle.

De plus, la communauté où tout était lié et interrelié était de la plus haute importance ; il n'y avait pas de petites ou de grandes choses et tout méritait le respect. L'harmonie et l'équilibre d'un et de tous étaient fondamentaux. Il était préconisé que les décisions affectant tout le monde soient prises par consensus. Dans ce contexte, le modèle proposé par la Bolivie est basé sur le " Suma Qamaña ", un terme aymara qui, traduit en espagnol, signifie " Vivre bien ", " Vivre en plénitude " ou " Bien vivre ". Il ne peut pas être confondu avec " mieux vivre ", puisque la connotation de ce dernier est d'obtenir de plus grands bénéfices économiques. La différence entre " bien vivre " et " mieux vivre " est semblable à celle entre la vie et la mort. Bien que le concept de " Suma Qamaña " ne soit composé que de deux mots, il a un sens très large. C'est peut-être la raison pour laquelle les peuples indigènes n'ont pas tort de dire que la traduction espagnole n'égale pas la richesse de sa signification dans la langue originale.

"Suma Qamaña", c'est vivre dans l'harmonie et l'équilibre. Selon Fernando Huanacuni, l'actuel ministre des Affaires étrangères de Bolivie, dans son livre Buen vivir / Vivir bien, celle-ci est une harmonie "avec les cycles de la Terre Mère, du cosmos, de la vie et de l'histoire". Et, en équilibre avec toutes les formes d'existence. Mais, en outre, cela implique de vivre en communauté, en fraternité et, surtout, en complémentarité. Le terme en soi suggère une vie communautaire, harmonieuse et autosuffisante.

Bien vivre implique deux dimensions. La première se réfère à l'harmonie avec les autres, favorisant un équilibre entre l'individualité et la communauté. La deuxième et la plus importante dans cette approche est l'harmonie avec la Pachamama, basée sur l'hypothèse que tout et chacun est uni et intégré et qu'ils sont interdépendants. Bien vivre, c'est aussi avoir une vision de l'identité culturelle, de la communauté, de l'harmonie entre les peuples et avec la Terre mère. Il se préoccupe également de l'aspect économique, mais sans que ce dernier soit le principal, comme cela a été le cas récemment.

Mandat constitutionnel


Les principes du Suma Qamaña ont été inscrits dans la Constitution bolivienne et ont été reflétés dans sa forme de gouvernement. La Constitution politique exige de l'État qu'il assume des principes éthiques moraux qui répondent à l'idéologie du Vivre bien ; de même, les nouvelles conceptions institutionnelles cherchent à projeter des pratiques de vie basées sur le savoir-vivre et la coexistence, et les principes de cette approche sont recherchés pour être reflétés dans les politiques publiques. Le besoin s'est fait sentir d'appliquer la dynamique communautaire dans l'État. Dans ce processus, il s'agit d essayer de sauver le consensus, la complémentarité, l'identité et l'harmonie qui ont conduit à un équilibre, et de cette manière de récupérer l'être humain intégral dont les actions sont orientées vers la culture de la vie. Le consensus est de la plus haute importance pour bien vivre.

Les communautés indigènes laissent la prise de décision à la majorité parce qu'elles la considèrent comme l'assujettissement de la minorité et favorisent plutôt le dialogue pour parvenir à des accords, évitant ainsi les conflits. La complémentarité de leur part est étroitement liée à l'idée que les communautés se complètent les unes les autres et aux différentes formes d'existence.

Un autre aspect fondamental est la défense de l'identité. Cela implique de récupérer la mémoire et l'histoire dans le temps présent afin de se projeter dans le futur. L'identité se nourrit des valeurs et des principes que les grands-parents nous ont légués. Si elle n'est pas protégée, l'identité ancestrale peut disparaître. Selon le Qamaña Summa, il est nécessaire de donner la priorité et de respecter la vie sous toutes ses formes. L'alternative proposée par la Bolivie pour faire face aux problèmes actuels et protéger la vie de la nature et des êtres humains peut être considérée comme folle par certains et applaudie par d'autres.

Cependant, il est indéniable qu'il s'agit d'une prise de conscience de la nécessité d'agir et qu'il n'y a pas de meilleure façon de le faire qu'en protégeant la vie de la communauté. Nous devons nous souvenir de la phrase sage qui dit : "Allons tous ensemble, que personne ne soit laissé pour compte, que tout soit suffisant pour tout le monde et que personne ne manque de rien". C'est une pensée du peuple Aymara, originaire de notre Amérique et d'où est né l'actuel président bolivien, Evo Morales.

traduction carolita d'un article paru sur le site Elorejiverde le 28/04/2017

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