Les petits paradis comme le nôtre donnent équilibre et dignité à cette planète.

Publié le 16 Juillet 2018

Traduction d'un article de décembre 2016

Patricia Gualinga, une Kichwa de Sarayaku, porte son message dans le monde entier, en essayant de faire en sorte que les forêts qui n'ont pas encore été dégradées par l'homme soient reconnues comme "intouchables à perpétuité".

Lorsque Patricia Gualinga a quitté son village en Amazonie équatorienne à l'âge de 13 ans pour aller à Quito pour terminer ses études, elle n'a pas pu s'arrêter de vomir. Elle assure que ce n'est que trois ans plus tard qu'elle s'est habituée à vivre loin de chez elle, la communauté Kichwa de Sarayaku et surtout sa famille, mais qu'elle comprend maintenant qu'elle a dû terminer sa formation.

Aujourd'hui, elle est le visage et la voix de son peuple à l'étranger en tant que chef des Relations Extérieures du Peuple Originaire Kichwa de Sarayaku. Auparavant, elle était responsable des questions relatives aux femmes. "J'ai décidé que si ma communauté avait besoin de moi, je serais là à son côté", dit-elle lors d'une visite éclair à Madrid, où elle participe à une conférence à l'Université de Comillas.

Le gouvernement autonome de son village de 1 400 habitants résiste depuis 30 ans aux tentatives d'exploitation pétrolière et a même gagné un procès contre l'État équatorien il y a dix ans après qu'il ait permis le transfert de ses terres à une société argentine sans son approbation : " La richesse fournie par l'exploitation pétrolière est momentanée, matérielle et fictive. C'est un modèle obsolète qui ne fonctionne pas pour défendre la Terre Mère ", dit-elle avec conviction.

Son objectif principal est de faire en sorte que les forêts primaires, celles qui n'ont pas été exploitées par l'homme et qui sont encore habitées par des centaines d'espèces à l'état sauvage, soient reconnues comme "intouchables à perpétuité" dans le monde entier. Gualinga porte son message autour de la planète à travers des conférences, des discussions et toutes sortes d'actions. Son séjour à Madrid est d'à peine 24 heures parce que le lendemain, elle a un avion tôt le matin pour l'Allemagne.

L'année dernière, après un voyage de 10 000 kilomètres à l'occasion de la Conférence sur le changement climatique à Paris, elle a pris un canoë-kayak amazonien jusqu'à la Seine. "Ceux qui doivent commencer à comprendre qu'ils doivent changer sont la société occidentale et les gouvernements. Nous ne disons pas qu'ils vivent comme nous, mais ils doivent être rééduqués dans leur relation avec la nature ", dit-elle. Sa revendication va plus loin : "Nous voulons montrer que les petits paradis dans le monde comme le nôtre peuvent montrer une autre façon de vivre et essayer de générer un équilibre et de donner de la dignité à cette planète".

Gualinga croit que la façon dont le monde voit les peuples indigènes commence à changer : "Non pas ce peuple qui doit être évangélisé, à qui l'on doit donner des vêtements et de l'éducation. Nous voulons connaître d'autres cultures parce que nous sommes curieux, mais pas pour être absorbés et perdre toute notre richesse culturelle". Leur cosmovision inclut un maximum de respect pour la nature et un mode de vie durable, dans lequel l'être humain n'est qu'une partie de plus du lien.

La décision de devenir militante n'a pas été facile à prendre. Quand les membres de son village ont frappé à sa porte, elle était dans un bureau public en tant que directrice régionale du tourisme, " un poste très proche du ministre et de la présidence ", dit-elle. "J'aurais pu rester dans un emploi public et avoir des maisons et des voitures, mais je ne pouvais pas voir la douleur de mon peuple. La route a été longue, mais j'ai la conscience tranquille."

Par Patricia Peiro

traduction carolita d'un article paru sur Elorejiverde le 17/12/2016

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