Cosmovision Tupi Guaraní - Masques, chicha et danses au Grand Festival communautaire

Publié le 16 Juin 2018

traduction d'un article d'octobre 2017

Une référence historique du mouvement indigène écrit la deuxième partie des cérémonies et festivités de la cosmovision Tupi-Guarani dans sa communauté de Yacuy, dans la région du Chaco de Salta.

Un monde de masques


Au début de l'été, les autorités convoquent leur peuple pour célébrer l'arrivée de la Nouvelle Saison et une cérémonie communautaire est organisée en hommage aux quatre points cardinaux. Dans les premiers jours de janvier, les masques sont préparés (agüero) ; les costumes (temimonde), la flûte verticale avec anche creuse (mimby ou pinguyu),  le grand tambour (tamboa luiasu), le long cornet (coroneta),  e petit tambour (angúo), l'arc de yuchán (tymajha), l'arc (guyrapa) et la flèche (uby), les colliers (mboy), la recherche de serpents à sonnettes (mbói mboraca).

Une variété de masques sont préparés. Par exemple : un masque avec des ailes de carancho, de corbeau, de busard, de perroquet, de pigeon ramier, d' oiseau sancucho bumbuna, de foulques, de perdrix. Une tête de capybara, de corzuela (cerf), de chat sauvage, d'once, de tigre, delièvre, d'agouti, de tatou, de yacaré(crocodile).

Des masques sont également faits de peaux d'animaux indigènes du lieu, comestibles ou toxiques. Parce qu'on dit que nous vivons toujours avec eux dans les forêts et la Terre Mère. Que lorsque l'ouverture d'Arete Guasu est faite (Grande fête communautaire), ils doivent aussi être présents dans les danses.

La chicha, concoction communautaire


On estime qu'entre le 10 et le 20 janvier, les grains de maïs les plus mûrs sont disponibles, ce qui est idéal pour la préparation de la chicha spéciale alcoolisée. Les familles sont nombreuses et doivent préparer de la chicha communautaire pour entre 400 et 600 litres. 

Le processus de préparation de la chicha est très important, pour se conformer à la règle de cuisson qui doit prendre 18 à 24 heures. L'emballage de la chicha dans un grand contenant de 200 litres qui doit être enterré à mi-chemin à l'intérieur de la Terre-Mère, recouvert de cendres chaudes. 
Le feu doit être allumé en permanence, de sorte que les cendres puissent être retirées et placées autour du récipient, afin qu'il ne perde pas la bonne température pour que la chicha mûrisse. En général, cette macération dure entre 9 et 12 jours.

À la fin janvier environ, le breuvage communautaire sera prêt. Le responsable d'Arete Guasu, avec ses collaborateurs, visite maison par maison pour déguster la chicha communautaire de chicha alcoolisée (Abati Kangui). Pour le quartier général, une chicha alcoolisée spéciale est préparée avec le même grain de maïs, qui s'appelle : Kangui Jhejhapiraba ou Kangui Jhesapiraba.

L'Arete Guasu et les eaux qui emportent tout.


Quand tout le monde est prêt, le Mburubicha guasu et le responsable de l'Arete Guasu convoque le peuple au Yenboatirenda (lieu de rencontre) et les informe que tout est prêt pour commencer la fête et indique le lieu de concentration, où il y a beaucoup d'arbres feuillus avec leur ombre parfaite pour la danse communautaire.

Les chefs ordonnent également aux chefs masqués d'aller dans la forêt pour déterrer l'Arete Guasu de l'an dernier et l'apporter au rassemblement.

Toute la préparation commence là où tous les compadres et comadres préparent les repas pour se rencontrer mais l'invitation commence à 3 heures du matin jusqu'à 6 heures du matin et à 7 heures du matin toutes les familles commencent à prendre la chicha communautaire sur la place de la concentration, et les chefs d'Arete Guasu,prennent en charge les masques.

Vers 10 heures du matin, un groupe de mascaritas apporte de la forêt l'Arete Guasu de l'année dernière et le rend présent.

A midi le Mburubicha guasu arrive, et quand toute le peuple est dans la concentration, où il donne des conseils à ses habitants et à tous ses collaborateurs pour que la célébration communautaire se fasse avec beaucoup de joie, de respect, de dignité, d'humilité, de réciprocité, sans mesquinerie, sans discrimination et avec beaucoup de loyauté et de gratitude envers Yanderu Tupa (Dieu), Yanderu Cuarai (Dieu Soleil), Yandesi Yasi Tupa (Déesse Mère Lune), Yandeyayayuy (notre propriétaire la terre Mère), le Dieu de la pluie, le Dieu du Vent et les étoiles (Yasitatareta).

Et le Mburibicha Guasu dit que tous ceux qui sont nommés, avec les arbres fruitiers et les arbres vitaminiques, sont ceux qui nous donnent la vie, afin que nous puissions continuer à vivre librement et joyeusement dans notre communauté.

Toutes les personnes présentes sont prêtes à faire le toast. Un toast à nos ancêtres qui ne sont plus avec nous, mais spirituellement oui. Deuxième toast pour ceux d'entre nous qui sont présents et puis un grand Sapucai et le début de l'Arete Guasu, une grande fête communautaire, qui serait la nouvelle année, avec une bonne production de maïs et une nourriture abondante.

La grande danse communautaire commence, à laquelle les communautés les plus proches sont également invitées. Cette danse peut durer 2 mois, selon la quantité de boissons et de nourriture qui ont été recueillis.

Les responsables de la danse corroborent constamment le jeu développé par les masques dansants, qui attendent la sortie du Taureau et du Tigre. D'habitude, le premier à sortir est le Taureau, pour combattre les masques. Puis le Tigre sort aussi pour se battre avec les masques, ces combats sont pour mesurer les pouvoirs spirituels et énergétiques. Dans ce cas, le Taureau représente l'homme blanc, le Tigre l'homme indigène et les masques les morts et les êtres vivants, c'est pourquoi on dit que dans ces danses les Diables dansent aussi parmi les gens qui célèbrent l'Arete Guasu. Et quand l'atmosphère devient dense, les Chanchos-hombres sortent bien boueux avec de la boue pourrie dans un grand sac, pour l'étaler et la disperser sur tous les danseurs, pour apaiser et équilibrer. Le chancho/porc représente aussi l'homme blanc et indigène.

Cette cérémonie est le moment de tomber amoureux, de se réconcilier, de se séparer, de trouver une partenaire ou un partenaire permanent dans la vie.

Quand la fête est terminée, ils jouent et dansent avec tristesse et la communauté est visitée et l'Arete Guasu - qui n'est pas le Carnaval - est enterré dans la rivière ou le ravin où les eaux, de sorte que tout, en particulier les masques, peuvent être emportés, et les instruments de musique peuvent être mouillés. Pour que l'eau emporte toutes sortes de maladies épidémiologiques, endémiques et pandémiques.

C'est notre cosmovision Tupi Guarani qui se répète chaque année, comme un cycle de joie, de nourriture de base abondante et la veille du Nouvel An.

Par Aguarapire Seacandiru 

traduction carolita d'un article paru sur Elorejiverde le 01/10/2017

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