Etats-Unis : Jemez Pueblo

Publié le 18 Septembre 2017

By Curtis, Edward S., 1868-1952. - 1 photogravure : brown ink ; 45 x 33 cm.Original photogravure produced in Norwood, Mass. by Plimpton Press, c1925.Original source: The Tiwa. The Keres. [portfolio] ; plate no. 553Seattle : E.S. Curtis, 1926http://memory.loc.gov/award/iencurt/cp16/cp16010v.jpg, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=53859165

Peuple autochtone des EU vivant dans l'état du Nouveau-Mexique, dans le comté de Sandoval, au sud-ouest de Santa Fe.

Pueblo est un mot espagnol pour désigner un village, une petite ville, il est appliqué ici aussi bien pour désigner le village que pour désigner le peuple (les peuples) qui y vivent.

Autodésignation  : walatowa

Nom du village : Walatowa = c'est l'endroit.

Jemez Pueblo est une entité tribale reconnue par le gouvernement fédéral.

Ils vivent le long de la rive est de la rivière Jemez au nord de Bernalilo au Nouveau-Mexique.

Population : en 1990 1750 personnes (en 1530 : 30.000, en 1774 : 100)

Langue : dialecte towa,  famille des langues kiowa-tanoanes

Les Jemez vivaient près de Stone Canyon au sud de Dulce depuis au moins 2000 ans.

Ils se sont installés près de l'emplacement actuel après l'arrivée des athapaskans vers le XIVe siècle.

Certains se sont installés dans la région du canyon de San Diego Guadalupe au sud de Santa Fe et y ont établi de grandes forteresses et des centaines de petites maisons.

La tribu Jemez a 2 divisons ou groupes de kiva, la courge et la turquoise. Les personnes sont ensuite organisées en clans matrilinéaires avec des fonctions cérémonielles spécifiques.

De nos jours, Walatowa est le village principal avec un gouvernement traditionnel intact, le cacique est le chef du peueblo, il y a un chef de guerre et des assistants. Ce sont des postes à vie. Un gouvernement civil de style espagnol est en place (un gouverneur, 2 lieutenants, un shérif, un fiscale) Chaque année il est choisi par le cacique et par le personnes influentes. Ces personnes servent sans rémunération.

L'économie de nos jours est produite par le travail salarié à Los Alamos, Santa Fe et Albuquerque, l'artisanat, les céramiques, les paniers de yucca, le tissage et les broderies, la peinture.

Une petite horticulture permet d'obtenir des produits frais ainsi que l'élevage d'animaux.

Le pueblo a des ressources hydroélectriques, du gaz naturel, du pétrole et de l'uranium.

Dans les années 1980 la tribu a combattu avec succès le développement géothermique dans les montagnes de Jemez menaçant leurs pratiques religieuses.

Les enfants fréquentent les écoles du BIA (bureau des affaires indiennes), l'école de la mission, les écoles publiques. Ils ont réussi à faire élire des membres tribaux dans le conseil scolaire local.

De fortes racines préservent une grande partie de leur culture, ils ont adapté une forme de syncrétisme religieux et depuis les années 1970 ils contrôlent les écoles ce qui permet de maintenir leur culture.

 

red rock- By Mike Pedroncelli - originally posted to Flickr as Jemez Pueblo (Walatowa) New Mexico, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=10733239

red rock- By Mike Pedroncelli - originally posted to Flickr as Jemez Pueblo (Walatowa) New Mexico, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=10733239

Histoire et origine

On pense que les Pueblos descendent des cultures Anasazi et peut-être Mogollon ainsi que d'autres peuples historiques.

Ils ont appris d'eux l'architecture, l'agriculture, la poterie et la vannerie.

Dans un contexte de stabilité ils ont eu du temps à consacrer à la religion , aux arts et à l'artisanat.

En 1539 Estevan explore la région avec l'expédition de Coronado et visite les Acomas. L'année suivant ils accueillent Hernando de Alvarado membre de la même expédition.

expéditions coronado et hernando de alarcon 1540/1542- Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=146759

En 1598 Juan de Oñate est chargé de conquérir et installer une colonie au nord du Rio Grande. La découverte de mines d'argent attire l'attention de México qui a des projets de colonisation également. L'Espagne et le Mexique ne sont pas attirés par cette région aride et d'apparente pauvreté et ils s'en prennent aux Pueblos en 1599.

Les guerriers Pueblos et 800 Acomas sont massacrés par Oñate, les prisonniers de sexe masculin de plus de 25 ans sont réduits en esclavage. Ils détruisent le village des Acoma, les survivants reconstruisent et consolident plusieurs sites agricoles.

En 1601 le Nouveau-Mexique est en proie à une sanglante répression sous le joug de l'Espagne.

Santa Fe est construite en 1610 pour devenir la capitale de la colonie naissante.

 

santa fe en 1846 - Par http://arcweb.archives.gov ARC Identifier: 530944, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=865501

La colonisation se fait sur l'exploitation des peuples indigènes et devient légale au Nouveau-Mexique.

Le système de l'encomienda arrive dans les colonies dès le début, permettant aux colons espagnols d'avoir de l'autorité sur un groupe d'indigènes devant travailler pour eux sous une forme d'esclavage. Les colons bénéficient ainsi qu'une main d'œuvre gratuite. Ils devaient en contrepartie éduquer et christianiser les indigènes.

encomienda

Au XVIe siècle les espagnols explorent le Nouveau-Mexique actuel avec de le coloniser au XVIIe siècle.

La région sera faiblement colonisée, l'immigration reste inférieure à celle du Mexique. Une économie d'élevage se met en place sous les incursions et les pillages des Comanches et des Apaches.

Les espagnols amènent avec eux des maladies inconnues par les autochtones qui sont vite décimés par la variole et la population du Nouveau-Mexique chute.

En 1629 les colonies passent dans les mains des franciscains qui instaurent la théocratie pour évangéliser les amérindiens. Les espagnols renomment les villages du nom de leurs saints, commencent à construire des églises, introduisent de nouvelles cultures comme les pêchers, les poivrons dans la région. Le franciscain Juan Ramirez fonde une mission à Acoma et une église.

Une série de catastrophes naturelles, d'épidémies s'abat sur la région en 1636/1640 et les franciscains qui se sont fait passer pour les chamanes puissants auprès des amérindiens semblent impuissants face à cela. De plus ils sont impuissants pour repousser les raids des Apaches. Des abus sexuels semblent fréquents de leur part y compris l'exploitation des travailleurs (forme d'esclavage). D'autant plus que le pâturage du bétail a semé la désolation sur les terres agricoles provoquant sécheresse, érosion et famine.

Les Pueblos reprennent alors foi en leurs rituels mais en cachette car on leur interdit et ils sont soumis à des mesures de répression quand les franciscains s'en aperçoivent.

Premiers contacts

Les espagnols découvrent les Jemez en 1540, construisent une mission à Giusewa Pueblo à la fin du XVIe siècle.

En 1621 une autre mission est construite connue comme le pueblo de la congrégation en 1628, ou Jemez pueblo actuel. Fray Martin de Arvide arrive à la mission de San Diego de la Congrégation avec l'ordre de punir les communautés dispersées de Jemez. Ensuite le pueblo Jemez deviendra un centre important pour l'activité missionnaire.

Le peuple résiste activement aux tentatives des espagnols de saper leur religion.

Ils se joignent à la révolte des Navajos en 1645, 29 dirigeants Jemez seront pendus pour cela.

Ils prennent part au premier plan de révolte des Pueblos en 1680.

Les espagnols torturent pendant des années les amérindiens qui pratiquent leur religion traditionnelle, ils les réduisent en esclavage.

La guerre

Bien que peuples pacifiques et dociles la plupart des Pueblos se livraient régulièrement à la guerre.

Chaque homme Jemez appartenait à 2 sociétés, aigle et flèche liées à la défense du territoire et à la guerre.

Ils se sont battus contre les espagnols mais également par moment contre les Apaches , les Comanches et les Utes. Ils ont apporté également des soldats amérindiens aux forces provinciales sous l'Espagne et le Mexique utilisés contre d'autres amérindiens en révolte ou pour protéger les caravanes de marchands sur la piste de Santa Fe.

Après les conflits les postes de guerre des Jemez se sont calmés peu à peu et se sont transformés en fonctions civiles et religieuses.

 

Les révoltes des Pueblos

Une première récolte éclate en 1639 à Taos et à Jemez, franciscains et soldats sont tués.

En 1680 a lieu une seconde révolte des Pueblos qui va être très violente. Le 10 août ils massacrent des franciscains en pleine messe, volent des chevaux et du bétail dans le nord de la colonie.

Le chef Cochiti Antonio Malacate sera un important chef Pueblo.

L'insurrection gagne vite tout le Nouveau-Mexique.

Le 13 août Santa Fe est prise d'assaut par les Pueblos qui reçoivent l'aide des Apaches. Les espagnols battent en retraite le 20 août, les colons se réfugient à Ciudad Juarez actuel.

La domination des Pueblos est de courte durée, émiettement de la fédération Pueblo permet la reconquête du Nouveau-Mexique par les espagnols. Les Pueblos seront attaqués en 1692, leur résistance sera anéantie. Plus de 400 d'entre eux seront faits prisonniers et vendus comme esclaves aux Antilles.

En 1696 le Nouveau-Mexique est sous contrôle colonial, les Pueblos ne se révolteront plus.

Après la 2e révolte des Pueblos ils se retirent sur des sites au-dessus de la mesa de San Diego en 1681. Même si certains d'entre eux trouvent des accords avec les espagnols en général les Jemez résistent et d'autres Pueblos seront mêlés à leurs différents. (Pueblo Zia et Pueblo Santa Ana).

Une expédition punitive espagnole est mise en place en 1694 et se termine par la mort et la capture de plus de 400 Jemez. Les prisonniers sont pardonnés après avoir aidé les espagnols à vaincre les Tewa à Black Mesa.

En 1696 les Jemez ont reconstruit et réoccupé leurs sites d'origine.

En 1697 après avoir rejoint les Navajos dans une révolte, ils retournent à leur patrie ancestrale Stone Canyon, d'autres vont vivre en pays Navajo, certains fuient chez les Hopis. L'exil des Jemez ne prend fin qu'au début du XVIIIe siècle lorsqu'ils reviennent à Walatowa, construisent l'église San Diego de los Jemez.

Début 1700 seuls les villages de Taos, Picuris, Acoma et Isletta n'ont pas changé de place depuis l'arrivée des espagnols.

Au cours du 18e siècle s'abattent des épidémies de varioles, des raids des Apaches et des Comanches, des Utes, ils se battent encore parfois avec les espagnols contre les tribus nomades.

La religion est exercée en secret, les mariages ont lieu ainsi que des échanges réguliers entre villages hispaniques et Pueblos, une nouvelle culture mexicaine ni espagnole ni amérindienne en découle.

Les mexicains continuent d'exploiter la région et les terres, ainsi que l'eau des Pueblos, donnent plus de place aux tribus nomades qui continuent leurs raids.

Au cours du 19e siècle le processus d'acculturation s'accélère, les Pueblos s'accrochent de plus en plus à leur identité propre.

En 1880 l'arrivée du chemin de fer met fin à l'isolement géographique traditionnel des Pueblos.

Dans les années 1920 le conseil All Indian Pueblo recommence en réponse à la menace du congrès sur leurs terres, celles-ci seront confirmées en 1924.

Le BIA (bureau des affaires indiennes) amplifie le phénomène d'acculturation en forçant les enfants des Pueblos à se rendre dans des pensionnats ce qui détruit peu à peu les cultures traditionnelles.

Après la seconde guerre mondiale la gestion de l'eau devient le problème le plus important des Pueblos.

L'artisanat et le commerce deviennent des activités économiques primordiales à cette période.

Depuis la fin du 19e siècle ils font face aux attaques et aux sollicitations des anthropologues et des chercheurs sur la spiritualité amérindienne.

Religion

Dans la cosmovision des Pueblos, religion et vie sont inséparables. Etre en harmonie avec la nature est un idéal et un mode de vie. Le soleil est le représentant du créateur, les montagnes sacrées présentes dans chaque direction cardinale, le soleil est au-dessus et en-dessous la terre ce qui domine l'équilibre du monde.

Il y a des cérémonies religieuses autour du temps ou pour favoriser les pluies.

Les kivas

Ce sont des pièces qui sont en général de plan circulaire et semi-enterrées utilisées par les pueblos pour les rituels religieux.

Sur le sol se trouve au centre un petit trou bouché ( sipaapu) par une pièce de bois ouverte durant les rituels.

Ouvrir le sipaapu, c’est communiquer avec ceux du dessous, ceux qui sont morts ou pas nés. La kiva a un trou dans le plafond qui débouche sur le sol du village. La descente se fait par une échelle. Les murs à l’intérieur sont assimilés aux parois du monde.

Les kivas servaient aux pueblos hopi, zuñi, zia et taos. Ils servent encore à certains d’entre eux entre autre de chambre de cérémonie, de retraite, de lieu de réunion etc…..

 

i

mage

Organisation sociale

Le chef du village est le chef religieux ou cacique. Sa responsabilité c'est regarder le soleil et déterminer les dates des cérémonies. le capitaine de guerre est choisi à vie tout comme le chef du village. Un groupe de fonctionnaires moins puissant agit également.

Un mécanisme qui maintient la cohérence des sociétés pueblos est l'aversion pour le comportement individualiste.

Les enfants sont élevés avec douceur, et un minimum de discipline.

Les pueblos sont généralement monogames, le divorce est rare.

Il existait 20 clans matrilinéaires chez les Pueblos.

L'économie du village était basée sur le travail partagé, les produits étant partagés en parts égales.

Le village (pueblo)

 

By Unknown - http://digitalnm.unm.edu/cdm4/item_viewer.php?CISOROOT=/acpa&CISOPTR=4704&CISOBOX=1&REC=20, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=15570392

Les villages Jemez étaients construits sur les hauteurs de la mesa, elles comportaient 4 étages et contenaient jusqu'à 2000 chambres et des maisons de 2 pièces également  Le niveau inférieur sert au stockage. Les bâtiments sont construits en adobe (terre et paille) avec des poutres sur le toit couvert de poteaux, d'herbes et de plâtre. Le toit d'un niveau est le plancher d'un autre.

Les niveaux sont interconnectés par des échelles.

Il n'y a pas de porte ni de fenêtre, l'entrée se fait à travers le toit par une échelle.

Des fours de cuisson se trouvent à l'extérieur des bâtiments. L'eau est obtenue par 2 citernes naturelles.

La place du village est le centre spirituel du villahe (c'est ici que toutes les forces équilibrées du monde se rejoignent.)

jemez pueblo 1850 - By Kern, Richard H., 1821-1853, artist; Duval, Peter S., 1804 or 5-1886, lithographer. - Printed on border: "Senate Ex. Doc. 1st Sess. 31st Cong. No. 64." "Pl. 3." "R.H. Kern delt. P.S. Duval's Steam Lith. Press, Philada." Kern, Richard H., 1821-1853, artist; Duval, Peter S., 1804 or 5-1886, lithographer. Source: Senate reports, July 24, 1850., Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8634060

Les ressources

Avant la colonisation les Jemez étaient agriculteurs, leurs cultures étaient le maïs, les haricots, les courges, les citrouilles, et aussi le tournesol et le tabac. Ils chassaient le chevreuil, le lion de montagne, l'antilope, l'ours, les lapins. Les hommes Cochiti allaient parfois chasser le bison dans les plaines, les femmes  récoltaient des graines sauvages, des noix, des baies.

Les espagnols apportent avec d'eux d'autres ressources alimentaires qui seront rapidement intégrées par les pueblos : luzerne, blé, moutons, bétail.

Ils pratiquent l'irrigation avec des barrages et des terrasses.

Ils faisaient partie d'un vaste réseau de communication allant dans toutes les directions, échangeaient avec les hispanophones et les commerçants américains. Ils échangeaient des objets en coquillage et du cuivre, de la turquoise.

L'artisanat

L'artisanat dans le monde Pueblo est inséparable de la vie.

La poterie traditionnelle exprimait des croyances profondes , elle sera très appréciée dès le 20e siècle par un large public extérieur aux Pueblos. Ils élargissent leur design au 20e siècle et s'adaptent au marché international.

Leur artisanat comprenait également les paniers, les tambours, les ornements en coquillages et turquoises, les chansons, les danses, les drames qui faisaient aussi partie de l'art traditionnel.

By The Children's Museum of Indianapolis, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=15094570

By Brian0918 at English Wikipedia - Transferred from en.wikipedia to Commons by Dmitri Lytov using CommonsHelper., CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=7229732

source , wikipedia

By Carptrash at the English language Wikipedia, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5121199

En 2005 la statue de Po'pay (Popé le chef de la révolte des Pueblos) est dévoilée à la rotonde du capitole de Washington DC. La statue a été commandé par l'état du Nouveau-mexique pour le National Statuary hall, elle est créée par Cliff Fragua, un puebloan de Jemez Pueblo. C'est la seule statue de la série créée par un amérindien.

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Peuples originaires, #Nouveau Mexique, #Pueblo Jemez

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article