Légende amérindienne : La petite brodeuse et ses sept frères-étoiles

Publié le 4 Août 2017

Il y a des centaines d’années de cela, vivait une jeune fille qui brodait à merveille. Aucune femme, dans aucune autre tribu, n’avait son talent. Elle savait arranger les piquants de porc-épic en motifs colorés et décorait aussi bien un vêtement ou un sac, qu’un carquois ou même un tipi. Un jour, elle commença un ensemble de daim blanc pour homme : tunique de guerre, guêtres, mocassins, gantelets, un costume complet. Elle mit des semaines à broder de piquants chacune des pièces et à border le tout de franges en poils de bison d’un effet superbe. Or elle habitait chez ses parents et sa mère s’étonna fort. La jeune fille n‘avait pas de frères, ni de soupirant : pourquoi alors confectionner un costume d’homme ? Comme si la chose n’était pas déjà assez étrange, voilà qu’elle se mit, à peine achevé le premier costume, à en attaquer un second, puis un troisième. Elle travailla une année entière à tailler et broder sept tenues d’hommes, dont une, en dernier, toute petite. La mère l’observait toujours, perplexe. Enfin, quand la jeune fille eut fini son septième costume, elle dit à sa mère : « Quelque part, à de longs jours de marche d’ici, habitent sept frères. Un jour le monde entier les admirera. Puisque je suis fille unique, je veux les prendre pour frères et c’est pour eux que j’ai fait ces habits. » »’
Sa mère l’approuve, et elles décident de faire une partie de la route ensemble. Sans les connaître, la jeune fille sait pourtant quelle route emprunter pour rejoindre ses futurs frères. Elle finit par arriver à un tipi, très grand et isolé, au bord d’une rivière. En sort un jeune garçon d’une dizaine d’années, qui se présente comme le plus jeune des frères, resté seul pendant que les autres sont partis chasser le bison.

Il explique à la jeune fille qu’il l’attendait, mais que ses frères vont être surpris car ils ne possèdent pas comme lui des dons de divination et de « pas-touche ». La jeune fille l’interroge sur ce don de « pas-touche ». Il répond qu’elle le découvrira en temps voulu, et elle entre dans le tipi, où il enfile son petit costume brodé. Il est dit que « les splendides broderies de piquants l’enchantèrent ». Elle dispose ensuite sur chacun des six lits des six autres frères, les costumes préparés pour eux.

Les six frères finissent par rentrer de la chasse, les bras chargés de viande de bison, et découvrent ravis leurs nouveaux habits, et leur nouvelle sœur, « aussi contents d’avoir une sœur pour s’en occuper qu’elle d’avoir des frères pour qui coudre et faire de la cuisine ».

Mais un jour, un envoyé du peuple bison vient troubler leur bonheur parfait : il revendique la sœur pour son peuple. Econduit par le jeune frère, le jeune bison s’en va, promettant qu’un plus gros que lui va revenir. Le lendemain, c’est une génisse qui vient frapper à la porte, le troisième jour, une grande femelle, le quatrième, tous les frères décident de rester pour protéger leur sœur. La terre se met à trembler et apparaît alors un gigantesque bison, suivi de toute sa nation. Les six frères aînés se terrent dans le tipi, morts de peur, tandis que le jeune frère sort parler au bison. Ce dernier veut sa sœur, l’enfant refuse, le bison menace de les tuer dans l’instant. Le jeune garçon rappelle alors qu’il a des pouvoirs magiques et enjoint ses frères et sœur de grimper à un arbre proche. L’enfant tire une flèche dans le tronc et s’accroche à l’arbre, tandis que celui-ci se met à grandir en un clin d’œil. Il recommence l’opération jusqu’à ce que la fratrie soit éloignée du sol (et des bisons) de plus de mille pieds. Il tire quatre flèches jusqu’à ce que leurs têtes touchent les nuages. Pendant ce temps, le gigantesque bison a sérieusement entamé le pied du tronc, et l’arbre menace de céder. Ils se jettent alors tous sur les nuages, tandis que l’arbre s’abat dans un immense fracas. Les frères commencent alors à se lamenter sur leur devenir, mais le petit les rassure : il va les transformer en étoiles. Ils forment aujourd’hui le Grand Chariot, et « la plus brillante des huit étoiles est la sœur si belle, qui remplit le ciel de sa broderie étincelante. »

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