Le visage de la paix

Publié le 10 Juin 2017

10 juin 1944 : MASSACRE d'Oradour sur Glane.

Le Visage De La Paix

I

Je connais tous les lieux où la colombe loge
Et le plus naturel est la tête de l’homme.

II

L’amour de la justice et de la liberté
A produit un fruit merveilleux
Un fruit qui ne se gâte point
Car il a le goût du bonheur.

III

Que la terre produise que la terre fleurisse
Que la chair et le sang vivants
Ne soient jamais sacrifiés.

IV

Que le visage humain connaisse
L’utilité de la beauté
Sous l’aile de la réflexion.

V

Pour tous du pain pour tous des roses
Nous avons tous prêté serment
Nous marchons à pas de géant
Et la route n’est pas si longue.

VI

Nous fuirons le repos nous fuirons le sommeil
Nous prendrons de vitesse l’aube et le printemps
Et nous préparerons des jours et des saisons
À la mesure de nos rêves.

VII

La blanche illumination
De croire tout le bien possible.

VIII

L’homme en proie à la paix se couronne d’espoir.

IX

L’homme en proie à la paix a toujours un sourire
Après tous les combats pour qui le lui demande.

X

Feu fertile des grains des mains et des paroles
Un feu de joie s’allume et chaque cœur a chaud.

XI

Vaincre s’appuie sur la fraternité.

XII

Grandir est sans limites.

XIII

Chacun sera vainqueur.

XIV

La sagesse pend au plafond
Et son regard tombe du front comme une lampe de cristal.

XV

La lumière descend lentement sur la terre
Du front le plus ancien elle passe au sourire
Des enfants délivrés de la crainte des chaînes.

XVI

Dire que si longtemps l’homme a fait peur à l’homme
Et fait peur aux oiseaux qu’il portait dans sa tête.

XVII

Après avoir lavé son visage au soleil
L’homme a besoin de vivre
Besoin de faire vivre et il s’unit d’amour
S’unit à l’avenir.

XVIII

Mon bonheur c’est notre bonheur
Mon soleil c’est notre soleil
Nous nous partageons la vie
L’espace et le temps sont à tous.

XIX

L’amour est au travail il est infatigable.

XX

C’est en mil neuf cent dix sept
Et nous gardons l’intelligence
De notre délivrance.

XXI

Nous avons inventé autrui
Comme autrui nous a inventé
Nous avions besoin l’un de l’autre.

XXII

Comme un oiseau volant a confiance en ses ailes
Nous savons où nous mène notre main tendue
Vers notre frère.

XXIII

Nous allons combler l’innocence
De la force qui si longtemps
Nous a manqué
Nous ne serons jamais plus seuls.

XXIV

Nos chansons appellent la paix
Et nos réponses sont des actes pour la paix.

XXV

Ce n’est pas le naufrage c’est notre désir
Qui est fatal et c’est la paix qui est inévitable.

XXVI

L’architecture de la paix
Repose sur le monde entier.

XXVII

Ouvre tes ailes beau visage
Impose au monde d’être sage
Puisque nous devenons réels.

XXVIII

Nous devenons réels ensemble par l’effort
Par notre volonté de dissoudre les ombres
Dans le cours fulgurant d’une clarté nouvelle.

XXIX

La force deviendra de plus en plus légère
Nous respirerons mieux nous chanterons plus haut.

PAUL ELUARD

Rédigé par caroleone

Publié dans #La poésie que j'aime, #Devoir de mémoire

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Commenter cet article

fanfanchatblanc 10/06/2017 13:36

Quel sublime poème ! Urgent de le relire et de s'en imprégner tant le monde va mal et la colombe blessée ici-bas qui voit ses ailes empêchées de s'épanouir pour un envol d'amour.
Bises Caro

caroleone 10/06/2017 17:33

Ah oui, ce texte est magnifique, si parlant. En même temps Eluard, c'est une pointure. La colombe en effet en a marre de se déplacer sans cesse avec son gilet pare-balles. Bisous Fanfan