L'Uruguay construit le projet Tissage à la main- Un peuple en mouvement

Publié le 7 Juin 2017

Ci-dessous ce texte que j'ai traduit, qui est très fort et peut nous parler dans ce que l'on vit en ce moment dans notre pays, dans notre continent européen. Le constat est juste et les solutions qui sont apportées, liées autour du tissage des liens sont des solutions qui ont le mérite d'être apportées et qui sont, à mes yeux, des fils-clés à nouer ensemble pour fabriquer de beaux ouvrages humains, loin bien loin des impasses politiques qui ont fait leur temps.

L'Uruguay est un pays que j'admire dans sa lutte contre le fascisme et parce qu'il propose sur le continent latino-américain une réelle alternative progressiste. Il faut toujours avoir les yeux portés sur ce pays pas comme les autres que les grand médias oublient si facilement.

Caro

Uruguay I Desinformémonos I A Montevideo, l'Uruguay lance le projet Tissage à la Main. Un peuple en Mouvement. “L'énorme défi qui se présente à nous est de compenser les tendances négatives du monde d'aujourd'hui. Pour cela, raccommoder nécessairement la mémoire historique avec l'oeil sur l'avenir, en tissant point par point chacun de nos projets, en aiguisant le sens de la pensée de manière critique et autocritique, en combattant des préjugés profondément enracinés dans notre bon sens”.

Dans l'auditorium Mario Benedetti du PIT-CNT, rempli de représentants de diverses organisations sociales et qui se réfèrent à la culture uruguayenne, le 12 mai a été présenté à  la Convocation Nationale du Projet Tissage à la Main, Un peuple en Mouvement. Un projet itinérant, réfléchi et parlant qui parcourra l'Uruguay en ouvrant des espaces alternatifs de dialogue pour lier la diversité créatrice des organisations et des institutions qui façonnent le tissu social : “mettre en évidence le quotidien et pour qu'il nous soit permis de réfléchir en collectif”.

Pendant le mois de juin le travail sera réalisé pour favoriser ces espaces de rencontre et pour unir des fils dans toute la géographie uruguayenne pour que le 24 juin passe par une action à un niveau local avec la présence de collectifs de départements de l'intérieur qui provoquent l'initiative.

Tissage à la main. Un peuple en mouvement est défini comme un espace en construction, ouvert, vaste, indépendant, divers, démocratique, participatif.

Ici le document , Document Fondateur du "Tissage à la main"

Le Tissage devient plus fort avec plus de fils. Joints nous sommes plus.

Nous assistons à un temps dans lequel le conservatisme social et politique insiste pour pousser fortement un modèle économique et culturel ancré dans de vieilles traditions mercantilistes, xénophobes, racistes, patriarcales, guerrières et irraisonnablement prédatrice des relations solidaires et de l'environnement.

La faiblesse et la fragmentation sociale, le manque de participation et de crédibilité répandue, ainsi que l'individualisme désespérant, ont été et sont un bouillon de culture pour des solutions messianiques.

Avec un grand souci nous constatons l'avancée des secteurs conservateurs dans la vieille Europe, aux États-Unis et, particulièrement, en Amérique Latine. Dans la région, appuyés par les médias massifs de communication, en s'appuyant spécialement sur le mécontentement des couches moyennes et des faibles structures démocratiques et participatives de nos sociétés, ils essaient de s'imposer comme modèle.

Ces secteurs sont les responsables de l'augmentation de l'inégalité dans nos sociétés, ce sont ceux qui provoquent la dérégulation du travail, ceux qui ont éliminé les Conseils des Salaires sont ceux qui provoquent la fragmentation sociale, ce sont ceux qui s'occupent d'éduquer bien certains qui se chargeront de la conduite du pays et réclament de l'argent public pour l'éducation privée, qui disent que les règles du marché (l'offre et la demande) sont la régulation unique valable. Ce sont ceux qui soutiennent que les inégalités sociales sont naturelles. Ce sont ceux qui ont appuyés la dictature et qui soutiennent que certains naissent pour commander et les autres, pour obéir, mais qui cachent les mécanismes de reproduction de l'inégalité et de l'injustice.

Ce sont ceux qui remettent la souveraineté nationale en face des organisations internationales, qui démantèlent les politiques sociales qui défendent les plus vulnérables, qui veulent minimiser l'action que réalise l'état pour protéger les plus faibles.

Maintenant ces forces conservatrices cherchent à récupérer leur hégémonie grâce à la colonisation et à la manipulation des secteurs populaires en cachant leurs vrais intérêts; ils encouragent les industries extractives, ils ne se troublent pas en face de l'externalisation de la terre, ils s'enrichissent avec l'exportation de matières premières sans valeur ajoutée et provoquent l'usage de la répression et de l'inflation punitive face à la protestation et au mécontentement.

C'est la conception idéologique à laquelle nous proposons de nous affronter ensemble pour défendre et approfondir les réussites du champ populaire depuis une perspective des Droits de l'homme.

Cette contre-offensive restauratrice nous oblige à ouvrir des fronts en défense des droits déjà conquis par les mouvements sociaux; défendre et agrandir ces réussites en affrontant les assauts idéologiques qui s'expriment dans les messages de ces secteurs sociaux et politiques de manière explicite ou implicite.

Dans des moments de grandes tensions, quand se lèvent les murs de l'intolérance, du mépris devant les différences identitaires (idéologiques, de genre, raciales, ethniques, religieuses, etc.), la promotion du débat franc, fraternel, solidaire est une méthode clef pour la réussite de nos objectifs.

La bataille d'idées se rend dans tous les plans de la vie. La critique sans proposition participe peu à l'élucidation de la direction stratégique qui doit  suivre, c'est pourquoi nous voulons chercher ensemble les transformations nécessaires. Par une expérience historique, nous savons que les chemins d'approximation pour une société plus égalitaire, avec la justice sociale, présentent des avancées et des reculs.

C'est pourquoi nous évaluons toute avancée à des droits sociaux et politiques, puisque pour plus petit qu'il n'y paraît, elle accumule dans le sens libérateur de nos peuples.

Nous luttons pour une Culture de paix générée à partir de la réflexion éthique, l'approfondissement de valeurs et de structures démocratiques, la non violence et l'autodétermination des peuples.

Paulo Freire nous a dit :

“L'éducation qui ne reconnaît pas hautement un papier formateur dans la juste rage, dans la rage qui proteste contre les injustices, contre la déloyauté, contre l'indifférence, contre l'exploitation et la violence, est confondue”.

Et après avoir reçu le prix UNESCO d'Éducation pour la paix, il a dit :

“Je ne crois à aucun effort pour la paix qui, au lieu de révéler le monde des injustices, le rend opaque et tend à aveugler ses victimes”.

José Luis Rebellato dans son utopie, résistance et espoir, nous dit :

“Seulement un espoir profond et une confiance permettent que nous nous ouvrions à ce monde d'expériences, de luttes, de potentialités ensevelies par le système. L'éthique de l'espoir, non en tant qu' attente passive ni en éthique de la consolation, mais comme une éthique de la confiance dans les potentialités de résistance et de construction des secteurs populaires, aujourd'hui surgit comme inséparable de l'éthique de la libération et de la vie. Nous parions sur un nouveau monde, nous luttons pour sa construction, nous croyons à ceux qui sont les sujets de ce projet collectif."

Nous ne pouvons pas accepter l'institutionnalisation d'un système capitaliste victorieux, parce que nous reconnaissons la force de l'instituant et de l'imaginaire radical”.

Sur ces piliers, notre travail s'oriente à ouvrir des espaces thématiques de débat dans le plan local et régional, avec l'objectif de sensibiliser l'opinion publique en général et d'impliquer les acteurs sociaux alternatifs pour avancer en modèles vainqueur de notre culture.

Le troubadour le disait déjà :

“… le sommeil est fait à la main et sans permission

en labourant l'avenir avec de vieux boeufs”.

La signification profonde que garde cette métaphore de Silvio Rodríguez synthétise d'une magnifique façon l'esprit d'un temps où les transformations socioculturelles deviennent de plus en plus nécessaires. C'est pourquoi, nous cherchons à générer des conditions pour la construction d'un projet culturel solidaire, poussé depuis les bases sociales.

Encore dans le cadre de nos propres contradictions, nous aurons à être capables de pousser nos transformations, ayant recours à ces valeurs unitaires et solidaires, sur la base des plus vastes consensus, qui nous ont permis d'avancer dans la défense et l'approfondissement de nos droits et des valeurs démocratiques.

“L'énorme défi qui se présente à nous est de compenser les tendances négatives du monde d'aujourd'hui. Pour cela, raccommoder nécessairement la mémoire historique avec l'oeil sur l'avenir, en tissant point par point chacun de nos projets, en aiguisant le sens de la pensée de manière critique et autocritique, en combattant des préjugés profondément enracinés dans notre bon sens”.

Nous devons résoudre l'évidence du quotidien et il nous est permis de réfléchir en collectif, en ouvrant les espaces alternatifs du dialogue comme façon de lier la diversité créatrice des organisations et des institutions qui façonnent le tissu social.

À travers ce Tissage à la Main. Un Peuple en Mouvement, nous nous proposons de pousser un projet itinérant, réfléchi et parlant qui parcourra l'Uruguay, avec l'idée de faciliter des instances d'échange entre différentes communautés du territoire.

Ce seront certaines des Unités Thématiques qui se fréquenteront grâce à des modalités distinctes :

Identité culturelle et territoriale

Genre et Diversité

Droits de l'homme

Culture de paix

Droits des personnes travailleuses

Art et une société

Education pour l'Uruguay du présent et de l'avenir

Environnement

Folie et communauté : une autre santé mentale est-elle possible ?

Enfance et adolescence

Médias

Incapacité et travail

Violeta Parra disait :

“… il s'emmêle, en faisant des bêtises,

comme dans le mur le lierre

et voilà qu'il pousse, en poussant

comme le musguito dans la pierre”

Nous parcourrons le pays en tissant entre les générations distinctes le fait de sentir de nos gens pour culminer en cette première étape à Montevideo, le 10 décembre, le Jour International des Droits de l'homme.

A une époque où émerge fortement le phénomène du village global virtuel, comme promoteurs de cet espace itinérant réel, nous nous proposons de marcher coude à coude, relire notre mémoire partagée et articuler ces expériences à notre présent et à notre avenir, en visualisant les expériences et les contenus de l'Uruguay profond. Dans un monde où est en marche un ajustage global pour que les peuples paient la crise du capitalisme et qui alimente des valeurs individualistes, d'intolérance, de peur, de méfiance; mettant en risque l'existence même de l'humanité, il devient indispensable de parcourir ces chemins partagés de réflexion et d'alentours, de démocratie et de participation.

C'est l'apport avec lequel nous cherchons à contribuer, nous autres qui composons le projet du "Tissage à la Main. Peuple en Mouvement”.

Pour tout cela c'est aujourd'hui que nous faisons cette convocation à l'Uruguay dans son ensemble, à toutes les personnes et organisations sociales qui se sentent identifiées à cette vision, qui veulent faire leur apport, qui sentent que la rencontre et le dialogue sont nécessaires et que la transformation est possible et “ que ça pousse du pied”

Peuple à peuple, quartier à quartier … ensemble nous sommes plus.

Traduction carolita d'un article paru dans Desinformémonos le 5 juin 2017 :

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Uruguay, #Savoirs des peuples 1ers, #Tisser des liens

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