Conférence mondiale des peuples « Pour un monde sans murs vers une citoyenneté universelle »

Publié le 23 Juin 2017

CONVOCATION

Tout au long de l’histoire, de nombreux peuples se sont vus dans l’obligation de migrer, pour échapper à des catastrophes naturelles comme la sécheresse, le changement climatique et d’autres événements d’origine humaine comme la crise, la guerre, la dictature militaire, la famine, la colonisation, qui a pillé les richesses et a dominé des civilisations entières, et qui dans certains cas a supposé l’extermination de peuples entiers.

La migration est inhérente à l’humanité, elle a toujours existé, l’être humain est une espèce qui migre. Il n’y a aucun peuple au monde qui n’ait été impacté par des processus de migration, c’est une règle dans l’histoire de l’humanité, tandis que la construction de frontières est un phénomène récent.

Les migrations constituent un fait si important dans l’histoire de l’humanité que l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme établit que toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat et qu’elle a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.

Selon ce principe accordé par la communauté internationale, personne n’est illégal de par sa condition migratoire, et tous les êtres humains sont des sujets de droit, quel que soit le lieu où ils se trouvent ou résident.
Au titre des asymétries croissantes et des inégalités qui caractérisent le capitalisme contemporain, une augmentation significative des migrations s’est produite, notamment la migration de la main d’œuvre du Sud vers le Nord.

Le phénomène migratoire est la conséquence de causes structurelles, parmi lesquelles se trouvent :

La mondialisation néolibérale, qui produit de grands contingents de personnes pauvres qui fuient leur pays à la recherche de travail ou de meilleures conditions de vie ;

La formidable concentration des richesses dans les pays du Nord et le renforcement des asymétries existantes entre les pays du Nord et du Sud qui en découle ;

L’augmentation des inégalités sociales ;

Les crises économiques, politiques, sociales et environnementales ;

La guerre et la violence entre les pays d’origine, provoquées par les intérêts géopolitiques des grandes puissances.

Nous considérons que les migrations ne sont pas un problème, mais plutôt que les migrants participent aussi bien au développement social, culturel et économique de leurs pays d’origine que de celui qui les accueille. Nous considérons que les politiques menant à la discrimination des migrations constituent une régression honteuse des droits conquis par les peuples et qui sont reconnus par la communauté internationale.

Nous sommes profondément préoccupés par les politiques de restrictions, la fermeture des frontières, la construction de nouveaux murs et la criminalisation de l’immigration, que les pays riches du Nord développent contre les migrants du Sud. Nous sommes en particulier inquiets de la politique migratoire des Etats-Unis qui vise à expulser jusqu’à 3 millions de migrants et de la directive sur le retour des étrangers en situation irrégulière de l’Union européenne.

La défense de la sécurité nationale et la lutte contre la criminalité transnationale ne peuvent pas servir de prétexte pour porter atteinte aux droits fondamentaux des migrants et leurs familles en atteignant des seuils inadmissibles de discrimination et de xénophobies.

L’intensification de la politique interventionniste et militariste des pays membres de l’Otan nous inquiète donc profondément. Ces derniers provoquent guerres et crises humanitaires dans des pays tels que l’Irak, la Lybie, la Syrie, l’Afghanistan, le Yémen, délogeant des milliers de réfugiés qui fuient la mort et périssent en mer dans leur tentative de préserver leur vie, de demander l’asile, et d’échapper à l’état de siège provoqué par la guerre et les violences de leur pays.

L’annonce de l’augmentation du budget de la défense des Etats-Unis à 9,7% nous inquiète également car ce pays est déjà la plus grande puissante militaire et le plus grand exportateur d’armes au monde, et qu’il cherche désormais à créer de nouvelles guerres dans les pays du Sud dans le but de les gagner, et ainsi s’approprier leurs richesses naturelles. Ce militarisme est l’autre facette de la politique anti-immigration.

Nous sommes aussi préoccupés par l’augmentation des effets de la crise climatique qui   résulte de la croissance démesurée des pays industrialisés, laquelle génère une nouvelle catégorie de réfugiés, les réfugiés climatiques, qui se déplacent dans le monde entier. C’est pour cela que défendre la Terre-Mère, la nature qui est le foyer commun de tous les êtres vivants, est aussi une façon de défendre les droits des migrants.

Pour toutes ces raisons, nous sommes convaincus qu’il est temps de prendre des mesures, afin d’éviter la progression de tous ces problèmes. C’est pourquoi nous appelons tous les peuples du monde, et toutes les nations qui les représentent, à œuvrer en faveur de la citoyenneté universelle et pour l’élimination des frontières.

Compte tenu de ces considérations, nous organisons une Conférence mondiale des peuples afin de proposer des alternatives pour :

La construction d’une citoyenneté universelle

Pour cela, nous proposons les tables rondes suivantes

1) La construction de la citoyenneté universelle Dont les objectifs seront :

Analyser les causes structurelles et systémiques qui provoquent la mobilité humaine d’un Etat à un autre.

Analyser la contribution des migrants au développement intégral, y compris celle des peuples.

Concevoir des stratégies communes pour la protection des droits des migrants, des réfugiés et de leurs familles.

Elaborer la Déclaration des peuples à partir de la citoyenneté universelle.

2) Contre l’interventionnisme militaire des puissances impérialistes envers les peuples qui luttent pour leur libération Dont les objectifs seront :

Elaborer des propositions provenant des peuples pour favoriser le respect du droit à la paix et à un esprit de paix.

Elaborer la Déclaration des peuples contre la guerre et l’interventionnisme impérialiste.

Le gouvernement de l’Etat plurinational de Bolivie et le Conseil national pour le changement (CONALCAM) invitent les mouvements sociaux et les défenseurs des droits des migrants, les académiciens, les juristes et les gouvernements qui veulent travailler aux côtés de leurs peuples à la:

Conférence mondiale des peuples

« Pour un monde sans murs vers une citoyenneté universelle »


à Tiquipaya, dans le département de Cochabamba, en Bolivie, les 20 et 21 juin 2017
Parmi les participants :

Jusque 200 délégués des mouvements sociaux boliviens
Jusque 100 délégués des mouvements sociaux de chacun des pays sud-américains
Jusque 30 délégués des mouvements sociaux de chacun des pays d’Amérique centrale, d’Amérique du Nord et des Caraïbes

Jusque 10 délégués des mouvements sociaux de chacun des pays d’Europe, d’Asie et d’Afrique
Des personnalités, des défenseurs des migrants, des académiciens, des juristes et des représentants des gouvernements progressistes

 

Bolivie, le 9 mars 2017

 

Manifeste pour 
la Défense de la vie et de la paix dans le monde

Nous sommes en train de traverser la pire crise humanitaire de l’histoire des 70 dernières années. L’humanité vit une réalité déchirante. Des guerres et des conflits de différentes natures et dans plusieurs endroits du monde ont provoqué une situation désespérante. Plus de 128 millions de personnes nécessitent une aide humanitaire dans 33 pays. Parmi elles, 40 millions sont des personnes déplacées, plus de 21 millions sont des réfugiés et plus de 3 millions sont demandeurs d’asile.
Cette crise humanitaire se lit également dans les yeux de plus de 20 millions de personnes qui souffrent de famine ou du risque de famine dans différentes parties du monde. Eux, ce sont les survivants. Nous parlons donc de ceux qui sont morts. La seule invasion en Irak en 2003 a provoqué plus d’un million de morts. La guerre en Syrie, en plus de six ans, a coûté la vie à plus de 400 000 personnes. L’intervention en Libye a provoqué presque 50 000 morts. De plus, la destruction des institutions de l’Etat a laissé un vide qui a immédiatement été investi par des groupes qui perpétuent la violence et infligent beaucoup de souffrance.
Nous sommes conscients que nombre de ces conflits sont dus à l’interventionnisme, aux politiques visant à renverser les gouvernements et à leur ambition de s’approprier les ressources naturelles des peuples envahis.
Les aspirations pour contrôler le pétrole, le gaz et le minerai, ou la situation géographique, sont les vraies raisons des attaques de la part des empires dont le but est de favoriser des guerres, des conflits, l’instabilité, le chaos et la mort. Dans ce désordre et en l’absence d’Etat, ils s’approprient ces ressources naturelles pour ensuite les répartir entre leurs entreprises transnationales.
Au cours des dernières décennies, nous avons été les témoins horrifiés de l’utilisation des armes de destruction massive nucléaires, chimiques et biologiques. Il semblerait que nous n’ayons pas appris des tragiques expériences du lancement des deux bombes atomiques de la part des Etats-Unis sur Hiroshima et Nagasaki, contre des populations civiles. Nous subissons aujourd’hui la menace d’une guerre nucléaire.
La science et la technologie ont été utilisées pour propager la mort et non pour protéger la vie. Il est également important de se rappeler que plus de 90 % des morts pendant les guerres sont provoqués par les armes, et ce qu’on appelle les armes conventionnelles.
Nous vivons dans un monde où ce sont les armes qui parlent, dans un monde où la course à l’armement nous conduit à un abîme sans retour. Nous sommes également très préoccupés de constater qu’il existe un affaiblissement du système international représenté par l’ONU. Les Etats-Unis prennent des mesures unilatérales en violation de ce que dit la Charte des Nations unies.

Nous sommes convaincus que la paix, fille de la justice sociale et du respect des droits de la Terre-Mère, est l’unique voie pour protéger la vie. La Bolivie est un pays peuplé de beaucoup de cultures et de peuples, nous nous sommes déclarés constitutionnellement pacifistes et sommes exempts de bases militaires étrangères sur notre territoire. Face à cette dramatique situation mondiale et pour assurer la défense de ces principes et de ces valeurs, nous déclarons ce qui suit :

Manifeste pour la défense de la vie et la paix dans le monde :

Nous condamnons fermement toute forme d’invasion ou utilisation de la force, et nous exigeons que la solution des différends se trouve exclusivement par l’intermédiaire de mécanismes pacifiques.

Nous exigeons que le droit des peuples à la paix, à la souveraineté et à l’autodétermination soit respecté.

Nous exigeons que toute forme de guerre cesse et que celles qui sont en cours soient résolues par le dialogue et les négociations politiques qui respectent les principes de souveraineté, d’intégrité territoriale et d’indépendance de tous les pays.

Nous exigeons que les armes de destruction massive, qu’elles soient nucléaires, chimiques ou biologiques, ne soient plus jamais utilisées.

Nous exigeons en outre que ces armes ne soient plus fabriquées nulle part dans le monde, et que celles qui ont déjà été fabriquées soient détruites dans leur totalité, y compris les armes nucléaires.

Nous exigeons l’arrêt de la course à l’armement qui fait de la mort une activité lucrative et qui dévie les ressources économiques que nous devrions utiliser pour combattre la faim et la pauvreté.

Nous exigeons que les Nations unies ne soient pas un instrument qui légitime les invasions ni les actions unilatérales, et qu’elles défendent les principes et les résolutions qui visent à préserver les futures générations du fléau de la guerre qui a infligé à l’humanité des souffrances indescriptibles.

Nous exigeons que ceux qui envahissent les peuples et détruisent les Etats réparent les dommages occasionnés.

L’humanité doit se concentrer sur la lutte contre l’inégalité, sur le respect des droits de la Terre-Mère et sur la construction d’un monde qui ne divise pas les êtres humains, un monde dans lequel les ressources naturelles seraient sous le contrôle des peuples auxquels elles appartiennent, et dans lequel les services de base seraient reconnus comme des droits collectifs.

Nous exigeons que toutes les religions et que toutes les cultures soient respectées, la diversité est une de nos plus grandes richesses. Nous devons tous contribuer à la culture de la paix.

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Bolivie, #Les murs, #Migrants

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