Argentine- 21 enfants morts en 23 jours (Salta)

Publié le 4 Avril 2017

Par Silvana Melo

     (APe).-L'été à dévoré ne serait-ce que 21 enfants wichis aux frontières salteñas. Par là apparaît Santa Victoria Este, comme en tombant du Paraguay. Où les communautés wichis et créoles partagent le malheur de la pauvreté extrême. Mais les Créoles parlent une langue qui est comprise dans les hôpitaux et dans les bureaux publics. Et parfois ils prennent les petites filles wichis comme objets. Qui s'utilisent et se jettent, bien que dans un petit peu de temps commence à grandir un peu dans la panse ce qui se transforme parfois en une vie. Et d'autres fois ces vies n'arrivent pas. Comme les douze bébés qui dans cet été brutal de Santa Victoria Este sont morts nés parce que leurs mères languissaient de faim et de soif, échouées dans la terre de leurs huttes, clôturées par des Créoles et les négligences. Par laisser-aller et par la vermine.

Des caciques et des dirigeantes des communautés wichis et créoles” de Santa Victoria coupaient la route provinciale 54 cette semaine en demandant que parte le chef d'infirmerie de l'Hôpital, dit Le Tribunal de Salta. Ils parlaient de 26 morts qu'il a laissé l'été. Cinq adultes et 21 enfants de moins de deux ans. Des morts absolument évitables. C'est-à-dire des morts avec des responsables. 21 enfants de la communauté qui sont morts entre le 16 décembre et le 7 janvier. Sans un bon lait et une eau sûre. Sans berceau à la maison ou un lit d'hôpital. Dans un voyage sans arrêts depuis l'enfer d'ici à un ciel que personne ne leur garantit. Sans noms et documents et extraits de naissance. Ils ne sont pas ils n'ont été. Ils n'ont pas existé. Par conséquent ils ne sont pas morts. Une méthode efficace du gouvernement d'Urtubey Macedo pour réduire le taux de mortalité. Encore dans les 23 jours les plus enflammés du chaco salteño. Quand l'avenir est réduit à une braise fumante.

Tandis qu'un folkloriste, un député jaune et un entrepreneur français restent avec les portions de terre où demeuraient les esprits, les chamans s'approvisionnaient et les graines grandissaient, ils sont relégués dans un coin sur des terres désertes et très peu abondantes. Où il n'y a pas de lieu pour la sacralité atavique et pour le verger qui tue la faim.

Leur langue ils ne la quittent même pas : ils la rendent inculte. Il n'y a pas de traducteur bilingue dans les hôpitaux. Et tant de fois on ne comprend pas ce qui fait mal ni comment on souffre. “Il y a des communautés qui n'ont pas d'eau potable. Rien. Même pas un puits”. Certains achètent des centaines de mètres de tuyau d'arrosage “pour apporter l'eau de l'autre communauté qui en a un; c'est une ressource peu abondante”. Mais "quand 2 ou 3 garçons en accompagnent un autre à l'hôpital et que le docteur dit à la mère que c'est parce qu'elle ne leur lave pas le visage." Il est difficile de répondre. Ils n'ont pas d'eau et ne peuvent pas l'utiliser pour l'hygiène. Ils souffrent beaucoup, sont très maltraités et ils n'ont pas confiance en notre système de santé”, dit Susa Peralta à APe. Elle est journaliste à la FM noticias 88.1 et connaît profondément la douleur et l'oubli. 

Avec l'été allumant des midis de 40 degrés, le manque d'eau a été un criminel qui s'est chargé,avec une efficacité systémique, des plus faibles. Conscient de son impunité, il a choisi 21 enfants en 23 jours. Un enfant par jour à Santa Victoria Este. Dans une altération scandaleuse de 11,5 pour mille qu'exhibe la mortalité infantile dans le pays.

Des caciques et des dirigeants discutent les noms des fonctionnaires qu'il faudrait expulser. Certains sont fonctionnels à Urtubey. Et l'ivraie partisane finit par forer la force d'une réclamation qui devrait être alluviale.

Ce sont douze bébés qui sont morts- nés des mères à travers des bactéries, des virus, des parasites et de l'abandon.

“Ce qui arrive en été consiste en ce qu'ils boivent de l'eau des madrejones et cela provoque une diarrhée et une grave déshydratation. Ce sont les habitudes hygiéniques diététiques des communautés wichis, plus qu'aucune autre ethnie, qui génèrent ces problématiques" dit Francisco Marinaro Rodó, secrétaire des Services de santé. Ce sont des dizaines de communautés touchées dans trente endroits de Santa Victoria Este. La plupart  n'accèdent pas à l'eau potable. "Ma grande ambition consiste en ce qu'ils apprennent à se laver les mains, à faire faire bouillir l'eau, à cuisiner et à donner à leurs enfants de l'eau et une nourriture sûre", a dit le fonctionnaire, entre l'enseignement et l'indécence. “Quand il y a une mort par malnutrition le premier qui est accusé est le père ou la mère parce qu'ils ne l'ont pas conduit à l'hôpital”. Susa Peralta sait que la faute s'abat sur les coupables faciles. Ceux qui n'ont pas de mot ni de moyen pour se défendre. Et voilà qu'ils meurent petit à petit , éteints, par leur propre responsabilité.

Mais ce n'est pas seulement la faim, la soif, les virus et les bactéries. C'est aussi la violence pour des petites filles, pour des femmes, pour  des vulnérables, pour des corps appropriés, pour des objets à la poubelle. Elles se transforment en mères dans la tendre enfance, personne ne les assiste ni ne les soigne. “Les filles de 10, 11 ans sont silencieusement amenées dans l'avion sanitaire pour accoucher. Ce qui est d'un haut risque parce qu'elles ne sont pas dans des conditions d'accoucher. Cela ne filtre pas.

Nous – raconte Susa Peralta - apprenons par les vols sanitaires, qui arrivent et il semble qu'ils n'apportaient personne. Mais oui : ils amènent les petites filles qui accouchent et ils les emportent au retour au même endroit, déjà mères, sans même la formalité de documentation. Plusieurs ne touchent pas d'attribution parce que les enfants sont sans papiers d'identité et n'ont pas d'extrait de naissance”.

De toute façon, le gouvernement salteño a l'habitude de ne pas discriminer dans ces cas : les criollitos qui vivent dans les quartiers périphériques ont l'habitude de suivre le même sort que les enfants wichis : “les foyers sont démantelés, les garçons arrivent à l'école et ils s'évanouissent s'il n'y a pas de verre de lait parce qu'ils n'ont pas dîné dans la nuit; s'ils ne prennent pas de petit déjeuner à dix heures du matin ils ne résistent pas.Le lait en réalité ils ne l'appellent pas ainsi car il est coupé parce qu'il y a du lait deux fois par semaine. Et avec de la chance, accompagné par de l'anchi une friandise de maïs avec du sucre qui est bon marché pour les enfants qui ont l'habitude de l'écarter."

Les garçons de la Salta profonde des communautés dévastées, des quartiers qui tombent des agendas ministériels ont l'habitude de passer par les écoles publiques. De petites salles satellite en plein air et avec des sacs comme toit, où un professeur prend un poste occasionnel ou une colombe ou sa paire de jambes pour arriver à rien. Où ses élèves sont disposés à l'attendre les années que dure leur vie. Où il n'est pas à la mode d'opter pour les inscriptions très chères qui garantissent une éducation d'excellence.

Ici celui qui survit est un super-héros sans pouvoirs. Il pourrait sortir la tête du marais qui le tire vers le bas. Avec une élasticité qu'il transformera seulement quand elle sera collective. Et marchez en riant, sans dents devant la panique des fonctionnaires.

Traduction carolita d'un article paru dans Pelota de trapo le 22 mars 2017 : 

Argentine- 21 enfants morts en 23 jours (Salta)

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #indigènes et indiens, #Wichis, #Argentine

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