Mexique - Des femmes Naa Savi (Mixtèques) utilisent le métier à tisser comme un acte de rébellion

Publié le 5 Avril 2017

Enclavé dans la haute montagne de Guerrero se trouve Cochoapa el Grande, municipalité de Guerrero considérée par le Coneval comme le plus pauvre du Mexique. Ses habitants, indigènes na´savi, affrontent tous les jours le retard social le plus grand de tout le pays.

Jusqu'à début 2016, Cochoapa el Grande ne disposait pas d'eau potable, à peine y avait-il une école multi niveau et ses plus de 18 mille habitants ne comptent sur aucun hôpital et les malades doivent être déplacés dans la ville de Tlapa de Comonford, à 85 kilomètres d'une route inutilisable dont il paraît que plusieurs des personnes sont mortes pendant le trajet.

Chaque année à la saison des pluies la route souffre de dommages sévères ce qui les rend impraticables. Ce sont les habitants mêmes de Cochoapa et les autres villages qui avec des pelles et des pics se chargent de réparer les routes pendant des jours. Des femmes, des hommes et des enfants collaborent aux tâches depuis une heure très matinale pour éviter de rester isolés devant l'absence des autorités municipales et étatiques.

Devant cette situation, un groupe de femmes s'est organisé pour pouvoir faire face à la pauvreté que leurs familles vivent. En recouvrant la tradition de l'élaboration du huipil, les femmes Flor de Algodón, ont trouvé une alternative pour participer à l'économie familiale.

Pendant des années le huipil de ces femmes, a été leur force et leur identité, un vêtement qui parle et qui a une mémoire. Les pièces qui peuvent prendre jusqu'à un an pour leur élaboration, sont réalisées depuis la culture du coton jusqu'à la création de chacun de ses dessins, trames qui ont été héritées de génération en génération de tisseuses.

Chaque huipil que les femmes utilisent dans cette communauté a été élaboré par elles, certains ont été créés depuis 20 ans parce qu'elles considèrent ces vêtements avec la fierté de leur identité. “Le huipil de ma maman a 18 ans, elle l'estime beaucoup puisqu'il est comme sa peau puisqu'il représente tout ce qu'elle a vécu en tant que femme na'savi".

Malgré qu'au début quelqu'uns des époux de tisseuses se sont opposés à ce qu'elles assistent le collectif, les femmes n'ont pas abandonné le projet et elles continuent de s'organiser. Eulogia Flores Vázquez, femme Na´savi, qui a eu un rôle important pour que ce projet soit consolidé, a expliqué pour Somoselmedio.org que parfois le mari d'une des femmes a été au courant que leurs huipils sont vendus et il exige d'elle que l'argent gagné lui soit remis.

Comme dans plusieurs des communautés du Guerrero, le machisme est l'un des problèmes principaux auxquels s'affrontent quotidiennement les femmes donc créer ce collectif leur a été très difficile. “Pour nous le huipil est très important, quand nous sommes réunies pour tisser nous partageons nos problèmes, nous rions, nous nous accompagnons et en même temps nous générons des ressources pour manger”, a expliqué Eulo, comme il lui plaît qu'on l'appelle.

Ce collectif a été formé en 2014, il a permis cela à ces femmes dans l'une des zones les plus pauvres et inégales, elles ont transformé les bois et les branches qu'elles recueillent de la montagne en outils qui leur ont donné une valeur et une force pour continuer de créer leurs huipils. Un acte de rébellion de la part des femmes pour combattre la pauvreté et la discrimination.

Nous nous sommes réunies pour travailler ensemble, c'est pourquoi ils nous voient toujours ensembles, parce qu'entre nous toutes nous nous aidons. Nous apprenons aux petites filles à utiliser le métier à tisser parce que nous ne voulons pas perdre notre identité. Jour après jour nous sauvons non seulement notre tradition, mais nous nous sauvons nous-mêmes”termine-t-elle.

Et maintenant il faut suivre le lien pour aller admirer les photos du magnifique travail de ces femmes .

Traduction carolita d'un article paru dans Somos el medio :

 

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