Nous marchons avec Berta dans le coeur et le regard

Publié le 3 Mars 2017

Le 2 mars s'accomplit un an du crime de Berta Cáceres, corrdinatrice du COPINH, et compagne de lutte avec laquelle nous partageons de nombreux dialogues, rencontres, actions politiques dans notre Argentine.

Avec Berta Cáceres nous avons appris des leçons inoubliables, comme la nécessité de conjuguer les luttes anticapitalistes, antipatriarcales et antiracistes. Avec Berta nous avons appris la valeur de l'exemple. Ses actes allaient à côté des mots, ni avant ni après.

Avec Berta Cáceres, nous avons refait nos convictions internationalistes. Nous l'avons vue au milieu du coup d'État dans son pays, être mobilisée en face de l'ambassade du Chili en solidarité avec les frères et les soeurs mapuche. Nous l'avons vue en Colombie, parcourant les chemins de la digne rébellion . Ses mots sont arrivés à Puente Pueyrredón, dans les anniversaires du Massacre de Darío Santillan et de Maximiliano Kosteki. Avec Berta nous entrons dans la prison visiter Galle, une prisonnière politique comme conséquence de ses actions internationalistes.

Avec Berta Cáceres nous avons appris la légitimité de repousser les accords politiques qui légitimaient le coup d'État dans les organisations internationales et nous l'avons vue marcher jusqu'au Salvador, pour demander à l'OEA qu'elle n'accepte pas l'admission du Honduras – suspendu par le coup de l'état - parce qu'au Honduras il n'y a pas de démocratie.

Avec Berta Cáceres et le COPINH nous avons appris la dignité du peuple lenca qui défend ses rivières, ses forêts, ses territoires et sa liberté.

Avec Berta, nous les femmes nous avons appris qu'il y a le féminisme qui se fait dans une communauté, sur un territoire, en embrassant la soeur qui souffre de différentes modalités du capitalisme patriarcal. Et nous l'avons vue exercer la liberté de décider de son corps, malgré les agressions patriarcales et misogynes qu'elle a reçu.

Berta a été, pour toutes ses choses, une femme révolutionnaire et libre, qui a vécu comme elle l' a senti et comme elle l'a pensé.

Trop de défi pour le pouvoir. L'État hondurien, un serviteur des entreprises transnationales et de l'oligarchie locale, a donné l'ordre de l'assassiner.

Le crime a été consommé. Avant, Berta avait été poursuivie, emprisonnée, calomniée, criminalisée par le même état répresseur. Elle a aussi supporté la colère de ceux qui négociaient avec même quelques avantages.

Depuis l'Argentine nous exigeons la Justice pour Berta. Nous exigeons que l'État hondurien assume sa responsabilité dans le crime, pour le manque de protection dans lequel elle a vécu, pour les menaces dont elle a souffert. Nous exigeons que l'État hondurien soit rendu responsable pour la concession de territoires indigènes sans les consulter,  ce qui mène à la mort des communautés. Qu'il soit rendu responsable pour la formation de structures criminelles, faisant partie des Forces armées, entraînées par les services d'intelligence et les militaires de l'École des Amériques des EU. Qu'il soit rendu responsable assume pour protéger les narcos et les sicaires, imbriqués avec  les militaires et les paramilitaires.

Depuis l'Argentine nous exigeons qu'apparaissent les coupables intellectuels du crime de Berta et que l'on enquête jusqu'au bout sur les responsabilités de l'entreprise DESA, et ceux qui l'ont financée : la banque centro-américaine d'Intégration économique, le FMO, le fond Finnfund.

Nous exigeons que cesse la poursuite du COPINH et d'autres mouvements populaires du Honduras qui continuent d'être menacés, criminalisés et assassinés.

Nous exigeons que s'annule définitivement le projet hydroélectrique Agua Zarca, et tous les projets de mort. Nous exigeons que la communauté de Río Blanco soit dédommagée dans ses douleurs. Nous exigeons l'abrogation des concessions sur les territoires indigènes, Garífunas et noirs qui n'ont pas été approuvées par les communautés.

Le 2 mars est le jour de l'anniversaire du crime de Berta. Le 4 mars c'est l'anniversaire de sa naissance. En ces jours, de douleur, de lutte, de pensée et d'action, Berta se multiplie dans nos coeurs, en apportant depuis sa terre, depuis son espoir, toute la rage, toute la furie, toute la dignité que nous nous engageons à continuer de multiplier.

Depuis le sud du monde nous disons au gouvernement servile devant les étrangers de José Orlando, que les peuples le regardent avec mépris, et que tôt ou tard ils le jugeront de ces crimes.

Depuis le sud du monde nous disons au COPINH, et aux organisations soeurs en lutte au Honduras, que nous sommes à côté de vous, en revivant Berta dans notre marche. Vous n'êtes pas seuls ni seules. Nous les peuples ferons la justice nécessaire. Nous disons avec nos Mères de la Place de Mai : Nous n'oublions pas. Nous ne pardonnons pas. Nous ne nous réconcilions pas.

L'impossible,  prend un peu plus de temps.

Equipe d'Éducation Populaire Pañuelos en Rebeldía

Traduction carolita d'un article paru dans Desinformémonos le 2 mars 2017 : 

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