Mexique - CECOP et CRAC nous sommes un seul front

Publié le 18 Mars 2017

Mexique - CECOP et CRAC nous sommes un seul front

CDH De La Montaña Tlachinollan  

Centre des droits humains de la Montagne Tlachinollan

 

Sur les terres communes de Cacahuatepec (Guerrero) la lutte pour notre territoire est historique. C'est une lutte exemplaire qui nous a fait grandir en tant que peuple parce que nous avons appris à nous défendre contre le gouvernement. À chaque instant nous avons eu à dispenser beaucoup de batailles; contre la CFE, les gouverneurs, les policiers, l'armée et les gravilleros. Tous nous ont agressés et ils se sont unis pour nous dépouiller de la terre que nous avons hérité de nos grands-parents.

Ceux qui vivent dans les villes nous ont toujours méprisés et ils n'ont jamais respecté notre façon de vivre dans une communauté. Les hommes politiques de tous les partis nous regardent seulement quand ils ont besoin d'un soutien pour leurs campagne. Les entrepreneurs cherchent à tirer toujours la meilleure tranche de leurs affaires. Par exemple ceux qui vivent du négoce du sable et du gravier essaient de s'emparer de plus de terres, alors qu'ils savent qu'ils ne peuvent pas le faire parce qu'elles sont communes. Personne ne veille aux droits des autres et ne se préoccupe de soigner ce qui nous donne la vie comme la forêt, la rivière, les plantes, les ruisseaux. Nous voulons seulement extraire des bénéfices de la nature mais nous ne réalisons jamais d'actions qui la protègent.

Nous, bien qu'ils ne le croient pas, nous avons soigné la rivière Papagayo parce que c'est celle qui donne la vie à tous les habitants d'Acapulco, en particulier les entrepreneurs. Sur nos mêmes terres se trouvent les puits d'eau qui alimentent en grande partie les hôtels et plusieurs colonies du port. Par nos villages passent les camions qui sortent du sable et du gravier de la rivière sans qu'ils ne demandent de permission aux autorités communales. Ils règlent tout avec les grands hommes politiques à Acapulco, les véritables propriétaires, ils les ignorent.

C'est pourquoi quand nous avons appris la construction d'un barrage hydroélectrique nous avons ouvertement dit : Non à la Parota! Nous nous organisons, plus de 20 communautés pour empêcher l'entrée des camions et la machinerie de la Commission Fédérale d'Électricité (CFE). En prenant cette position le gouvernement s'est mis en colère et il ne nous a pas pardonné ce que nous lui avons fait. Il a commencé à poursuivre nos leaders. Il les a emprisonnés et il a armé une campagne pour nous signaler comme des bagarreurs. Ils n'ont pas pu nous faire plier,et ils nous ont encore moins effrayés. Ce qui s'est passé avec ce problème consiste en ce qu'il a permis à réveiller la conscience des gens, à défendre notre terre et empêcher qu'ils nous enlèvent des lieux où nous vivons. Ce qu'a fait le gouvernement a été de nous diviser et aussi de nous reléguer.

Il s'est proposé de construire le barrage en ignorant ce que nous disions. Il a commencé à réaliser des assemblées en simulant une consultation pour disposer de l'autorisation des propriétaires des terres. En tant qu'opposants au barrage, le gouvernement nous a bloqués pour que nous n'entrions pas dans les assemblées qu'ils réalisaient pour autoriser le barrage. Les policiers se sont chargés de nous réprimer et les chauffeurs de taxi d'Acapulco ont été les responsables pour transporter les gens d'autres noyaux agraires. Nous avons mené une bagarre propre au gouvernement et avec toute leur police ils n'ont pas pu nous vaincre. Tout l'argent qu'ils ont gaspillé pour nous battre a été en vain, parce que nous avons maintenu notre position ferme.

À chaque instant nous leur démontrons que la raison et le droit étaient de notre côté. Il n'y avait aucun doute, parce que les 6 jugements agraires qui ont été déposés, les magistrats les ont résolu en notre faveur. Nous leur avons fait voir que la sagesse des peuples est plus rusée et effective. Nous avons pu combiner l'organisation des communautés contre le barrage la Parota, avec la défense juridique, la dénonciation dans les médias et la solidarité des organisations internationales.

Je veux te dire qu'être comunero n'est pas tout à fait facile, parce que tu dois accomplir de nombreuses obligations. Pour que tu aies un droit à la terre il faut non seulement être dans le recensement, tu dois donner un service pendant quelques années à la communauté, il y a des occasions dans lesquelles tu dois t'occuper d'une charge et ici personne ne te paie, tout est gratuit, parce que tout ce qui existe chez le peuple est aussi gratuit : l'eau, le bois de chauffage, les fruits, les plantes médicinales, le terrain et même la parcelle. C'est ce qui nous définit comme comuneros ( copropriétaires) ou comuneras, c'est pourquoi ce n'est pas n'importe quelle chose, nous devons défendre notre terre et notre communauté. Quand une entreprise ou le gouvernement même veut attenter à ce qui nous appartient, nous nous organisons pour l'en empêcher.

Malgré cette culture que nous avons, pour les fonctionnaires du gouvernement nous sommes quelques paysans simples qui ne connaissent rien aux lois et par là même notre opinion ne compte pas. Ils nous ont toujours traité comme leurs ouvriers, comme des êtres inférieurs tout juste destinés à travailler sur la parcelle. Ils croient que nous ne pouvons pas aspirer à plus et ils nous font comprendre que nous avons besoin du gouvernement et des riches pour qu'ils arrivent sur nos terres pour nous sauver. C'est pourquoi ils ne nous demandent pas de permission pour se mettre sur notre territoire. Ils arrivent comme s'ils allaient chez eux. C'est ainsi que la CFE a fait : il a mis sa machinerie et il a commencé à construire des tunnels pour construire le rideau. Il ne nous est rien resté d'autre à faire que contenir et faire partir les travailleurs. Nous apprenons aux ingénieurs à respecter notre terre mère et nous leur avons dit que le mieux serait qu'ils partent car cela ne poserait plus de problèmes.

En tant que communautés nous nous organisons pour soigner nos territoires. Les compañeras ont installé des sit in pour empêcher l'entrée des travailleurs de l'entreprise. Chaque dimanche nous convoquons des réunions pour informer comment va notre résistance contre le barrage et comment nous organiser mieux pour faire face à la décision des autorités de se rendre sur nos terres pour commencer le projet hydroélectrique. Le mouvement de résistance du CECOP est né du coeur du peuple. Il nous a coûté du sang parce que dans cette longue lutte ils ont assassiné 4 compañeros. Au lieu d'enquêter et punir les responsables, le gouvernement a donné quelques ordres d'appréhension contre les dirigeants. Il a arrêté deux fois Marco Antonio Suástegui qui a été déplacé dans une prison de Tepic,Nayarit pour empêcher que ses parents et amis le visitent et qu'il ne dispose pas d'une défense adéquate. Pour démobiliser les femmes ils ont emprisonné notre compañera Maria de la Luz Dorantes, qui a très bien su faire preuve de trempe parce que malgré la souffrance qu'elle a connu, elle n'a pas abandonné la lutte et elle continue toujours maintenant à la tête du CRAC.

En tant que CECOP il est important de dire que nous ne luttons pas seulement pour défendre notre territoire, nous veillons aussi à ce qu'il y ait une sécurité et pour que règne la paix dans nos foyers. Nous disposons de nos policiers communautaires qui dépendent de la maison de justice de San Luis Acatlán. Avec le soutien des coordonnateurs et coordinatrices nous appliquons le règlement pour qu'il y ait un ordre dans les biens communs de Cacahuatepec et cela malgré plusieurs complications, nous l'obtenons.

Ce qui s'est passé ce mercredi 8 mars avec l'arrivée de plus de 100 policiers de l'Union des Peuples et des Organisations de l'État de Guerrero (UPOEG) a été une agression directe du CECOP, parce qu'ils sont venus défier nos policiers, après avoir entouré la maison de la Coordinatrice Régionale des Autorités Communautaires (CRAC) et après avoir porté des armes d'usage exclusif de l'armée.Que sont-ils {-elles} venus faire ? Qui est-ce qui les a envoyés ? De quel droit sont-ils {-elles} rentrés s'ils ne sont pas de la communauté ? Qu'est-ce qui donne plus de droit aux policiers qui ne sont pas de la communauté de vouloir soumettre les policiers locaux ?

En tant que communautés nous ne sommes pas habitués à les voir ce type de policiers . Beaucoup de gens ont eu peur après avoir observé l'armement qu'ils apportaient et par la façon dont ils sont arrivés avec de nombreuses camionnettes et la manière de se comporter avec les gens. En tant que CECOP nous disons que cette police n'a pas été sollicitée par la communauté, et par là même, nous demandons qu'ils respectent notre territoire, nos policiers et le peuple même. Ici nous avons pu nous défendre de ceux qui cherchent à nous faire du mal et veulent imposer les projets qui ne nous bénéficient pas. En tant que CECOP et CRAC nous sommes un seul front. Ensemble nous défendons notre territoire, notre eau et notre tranquillité. Aussi bien nous ne voulons plus de violence, aussi bien nous ne voulons plus de divisions, nous ne voulons pas non plus d'agressions de groupes étrangers à la communauté. Nous voulons que le gouvernement respecte nos décisions, nos assemblées, notre lutte et la mémoire de nos morts. Nous ne voulons plus de provocations ni les incursions de gens étrangers qui viennent pour défendre les intérêts de groupes qui cherchent à diviser encore plus les communautés, à les démobiliser pour impulser la construction du barrage la Parota.

Nous n'allons pas affronter l'UPOEG parce que le CECOP n'est pas né pour se battre contre les organisations, sa raison d'être c'est de défendre son territoire contre les projets extractivistes provoqués par le gouvernement; c'est d'empêcher que soit construit le barrage hydroélectrique la Parota et fortifier l'organisation communautaire pour faire valoir ses droits collectifs. Pour cette raison la présence de l'UPOEG sur le territoire où le CECOP a arboré un mouvement emblématique au niveau continental contre les barrages et qui a été source  d'inspiration pour d'autres peuples qui luttent contre les mégaprojets, représente une menace externe qui attente au droit à la libre détermination et au respect pour le territoire des biens communs de Cacahuatepec.

Notes perso :

CECOPConsejo de Ejidos y Comunidades Opositores a la presa La Parota (conseil des ejidos et des communautés en opposition au barrage la parota)

CRAC : police communautaire du Guerrero

Traduction carolita d'un article paru dans Desinformemonos le 15 mars 2017 : 

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #indigènes et indiens, #pilleurs et pollueurs, #Mexique

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