Les filles du Guatemala (Las niñas de Guatemala) - 43 nous manquent

Publié le 16 Mars 2017

Claudia Korol

Féminicide d'état au Guatemala. Il nous en manque 43 

Le Guatemala nous fait mal. 43 filles brûlent dans le bûcher de l'inquisition, dans le foyer incertain de la Vierge de l'Asunción.

Trop de métaphores condensées dans les corps des petites filles et des adolescentes calcinées par le changement de pouvoir.
43 filles nous manquent au Guatemala. C'est le symbole visible de plusieurs milliers de plus qui nous manquent. Ainsi que les 43 qui nous manquent à Ayotzinapa, Mexique, c'est le symbole de tous les disparus et disparues sur ces territoires du désordre mondial.

Le projet de mort du patriarcat capitaliste a décidé de jeter au bûcher de l'Inquisition les petites filles rebelles.

Ce n'est pas le premier massacre dans cette région où les corps et les vies des peuples originaires, et des femmes indigènes, sont systématiquement aplanies depuis plus de cinq siècles.

Le Guatemala a mal et crie. L'horreur s'étend devant les yeux incrédules d'une humanité qui ne sait plus quoi faire avec ce qui se passe.

Le cri noyé des filles, le cri incendié des filles, le cri effronté des filles, arrive aujourd'hui à notre sud du monde.

Qu'est-ce que nous faisons ? Comment ne pas crier nous avec elles, et avec les filles survivantes, et avec toutes les soeurs qui résistent là comme toujours, avec la peau et le coeur flambé par la frayeur et la peur ?

Nous vivons un temps dans lequel le patriarcat capitaliste défait des personnes qu'il considère de trop. Rita Segato appelle pédagogie de la cruauté cette manière de discipline compulsive au moyen de la terreur de nos subjectivités.

Ils essaient de nous plonger dans un bourbier de désespoir, de peur, de désintéressement de l'autre. Dans un souci de nous sauver seules à tout prix, en nous éloignant de tout ce que nous avons été et que nous avons désiré. Ils essaient de nous faire perdre l'horizon et le projet. Ils essaient de nous faire fuir vers l'individualisme à court terme.

Notre réponse à plusieurs reprises, c'est de nous coller les unes aux autres. Nous faisons des signaux depuis nos petits feux lointains, pour faire savoir que nous ne sommes pas seules. Nous peignons les murs. Nous nous maquillons la peau. Nous sortons dans les rues. Nous nous parlons. Nous nous caressons. Nous nous pleurons. Nous tombons. Nous nous relevons.

Notre réponse c'est la solidarité. Notre réponse c'est la tendre rébellion. Notre réponse c'est marcher ensemble sur les traces de nos ancêtres. Notre réponse c'est un hurlement de louves furieuses, annonçant que les puissants peuvent aller jusqu'à nous tuer, mais ils ne vont pas détruire nos graines. Ils peuvent nous calciner, mais ils ne peuvent pas éteindre le feu dans lequel nous continuons de brûler à côté de toutes les soeurs, du Guatemala, du Mexique, de Colombie, de tous les temps.

Nous sommes les migrantes du patriarcat. Les sorcières subversives. Nous sommes la rage organisée. Nous sommes le féminisme plébéien, libertaire, assoiffé de justice, affamé d'amour.
Nous sommes la dignité de celles qui n'ont rien, sauf les mains pour travailler, pour aimer, pour semer un nouveau temps.

Le Guatemala nous fait mal, mais surtout il nous compromet.

Ils ne nous voleront pas la joie.

Avec cette furie nous arrivons. Avec les ailes brisées. 43 nous manquent. Nous marcherons jusqu'à obtenir la justice pour ses corps violés, frappés, agressés, carbonisés.

Nous ferons sauter les cieux avec les ailes brisées.

Ni une de moins.

Vivantes, libres, et rebelles nous nous aimons.

Claudia Korol

15/3

Editorial de Aprendiendo a Volar

Traduction carolita d'un article paru dans Desinformémonos le 15 mars 2017 :

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Guatemala, #Droits des femmes

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