Les auteurs de l'assassinat de Berta Cáceres entraînés par des corps spéciaux des EU

Publié le 3 Mars 2017

Un an après, l'assassinat de la hondurienne Berta Cáceres n'est toujours pas résolu. Les auteurs de l'assassinat ont reçu un entraînement de la part des corps spéciaux des États-Unis, dénonce The Guardian.

L'assassinat de la leader indigène et environnementaliste Berta Cáceres, perpétré le 3 mars 2016, a été projeté par des spécialistes d'intelligence militaire du gouvernement du Honduras liés à des forces spéciales entraînées par les États-Unis, ont révélé des documents de la cour du pays d'Amérique centrale, a informé ce mardi le quotidien britannique The Guardian.

Cet assassinat a levé une vague d'indignation internationale et il est devenu un symbole de la résistance contre les projets qui menacent l'environnement et les droits de l'homme, des minières aux compagnies hydroélectriques, des infrastructures, des monocultures, de l'agro-industrie , de la déforestation illégale, entre autres.

En janvier dernier, à Tegucigalpa, la capitale du Honduras, l'organisation internationale Global Witness a présenté un rapport dans lequel elle dénonce des connexions existant entre des élites d'influence politique, des entrepreneurs puissants et des organisations délictueuses et elle les met en rapport avec la vague de violence que vivent les leaders des luttes environnementales de ce pays.

Derrière le projet Agua Zarca, pour lequel Berta a été assassinée, c'est l'entreprise Desarollos Energeticos SA (Desa). Une information publiée par le quotidien anglais The Guardian montre que l'équipe de direction de cette compagnie inclut des hommes politiques, des militaires et des entrepreneurs; entre ceux-ci un haut rang d'intelligence militaire – celui que Berta avait dénoncé car il lui avait offert un pot-de-vin pour arrêter sa résistance – un ex-ministre, ainsi qu'un directeur de l'une des banques les plus riches de l'Amérique centrale.

Une année après la mort de Berta Cáceres, les auteurs intellectuels continuent sans être identifiés. Ce qu'a réussi à faire le Gouvernement hondurien c'est d'approuver un paquet de normes légales qui alimentent la répression contre les mouvements sociaux et qui introduisent la possibilité de l'application de la figure de terrorisme aux mouvements sociaux.

Le Conseil Civique des Organisations Populaires et Indigènes du Honduras (COPINH) a dénoncé l'approbation de ces lois pour poursuivre et pour criminaliser les mouvements sociaux et les organisations de la société civile, tout comme la part de militarisation qui est vécue dans le pays. Cela coïncide avec un moment crucial pour les organisations sociales, puisque depuis un certain temps ils préparent une journée pour exiger la justice pour l'assassinat de Berta Cáceres.

Au sujet de ces lois, le 23 février dernier, la Commission Interaméricaine des Droits de l'homme, le Rapporteur Spécial pour la Liberté d'expression et le Bureau de la Haute Commission des Nations Unies pour les Droits de l'homme au Honduras, ont manifesté leur souci pour l'approbation de réformes du code pénal hondurien, qu'ils considèrent comme régressives pour les droits de l'homme et la liberté d'expression.

Le 21 février, le Congrès du Honduras a approuvé une réforme à l'article 335 du code pénal qui classe le délit de terrorisme; un jour après a été approuvé l'article 335 B qui a classé le délit d'apologie et l'incitation d'actes de terrorisme, dirigé à punir  “celui qui publiquement ou à travers des médias ou une diffusion destinée au public fera l'apologie, l'exaltation ou la justification du délit de terrorisme ou qui a partagé à son exécution, ou inciterai l'autre les autres à commettre du terrorisme ou un financement de celui-ci sera sanctionné par une peine de quatre à huit ans de prison”.

Textuellement, “la CIDH, le Rapporteur Spécial pour la liberté d'expression et l'OACNUDH au Honduras : ils voient avec préoccupation l'ambiguïté des types pénaux approuvés puisqu'ils facilitent les vastes interprétations qu'ils peuvent supporter à la sanction de conduite qui ne correspond pas à la gravité et à la nature du délit de terrorisme. L'adoption de définitions trop vastes du terrorisme peut donner lieu à des interprétations tendancieuses délibérées du terme, pour sanctionner des revendications et des mouvements sociaux ou le travail des défenseurs des droits de l'homme”.

La trouvaille la plus récente en ce qui concerne ce cas revient à The Guardian, puisqu'un article publié le jeudi 28 février, rend compte que deux des personnes accusées d'avoir commis le crime avaient eu un entraînement de la part des corps militaires des États-Unis, ce qui renforce la thèse que cet homicide était bien planifié depuis d'autres cercles de pouvoir, qui n'avaient pas réussi à arrêter la leader et les membres du COPINH 

Jusqu'à présent huit hommes ont été arrêtés pour leur relation avec le crime, y compris deux ex militaires et un employé actif Mario Díaz qui a été réformé de l'armée et qui refuse d'être impliqué dans l'assassinat.

Des documents de la cour, ainsi que l'historique militaire de Díaz que The Guardian a obtenu  révèlent que le militaire décoré par les forces spéciales a été nommé chef d'intelligence de l'armée en 2015 et promu lieutenant colonel après l'assassinat de Cáceres.

Giovanny Bustillo, l'autre suspect a été collègue et voisin de Díaz dans l'armée et les deux ont reçu un entraînement militaire des États-Unis et ils ont maintenu le contact après que Bustillo se soit retiré en 2008.

Un troisième suspect, le sergent Henry Javier Hernández, a été franc-tireur des forces spéciales et il a travaillé sous la direction de Díaz, et les procureurs croient qu'il a été également un informateur du département d'intelligence de l'armée en 2013.

Il existe des preuves de ce que Bustillo et Hernández ont visité maintes fois La Esperanza, la localité dans laquelle vivait Berta Cáceres. Une source légale proche de l'investigation a déclaré à The Guardian : l'assassinat de Berta Cáceres a toutes les caractéristiques d'une opération bien projetée dessinée par l'intelligence militaire, où il est absolument normal d'engager des civils pour perpétrer des assassinats.

Il a ajouté : il est inconcevable que quelqu'un de haut profil comme le sien, dont la campagne l'a transformée en problème pour l'État, puisse avoir été assassiné sans au moins une autorisation implicite du haut commandement militaire.

Un autre cas emblématique est celui d'Isidro Baldenegro, un leader indigène rarámuri, et qui comptait des décennies de lutte contre des bûcherons illégaux dans la Sierra Madre au Mexique. Il a été assassiné dans la communauté de Coloradas de la Virgen, “  au coeur d'une lutte de plus de 30 ans contre les bûcherons illégaux des forêts”, dans l'État de Chihuahua, Mexique.

Aussi bien la lutte de Berta Cáceres que celle d'Isidro Baldenegro  ont été reconnues par le Prix Goldman; leur mort reflète la réalité que les leaders indigènes latino-américains vivent après avoir protégé l'environnement et leurs droits. En 2015 au Brésil 50 personnes ont été assassinées, en Colombie,26, au Pérou et au Nicaragua 12, au Guatemala 10, et au Honduras 8, conformément aux chiffres de Witness Global.

Derrière ces morts il y a toute une chaîne de maillons, et qui inclut des fonctionnaires, des techniciens, des militaires et des policiers ,des hommes politiques influents et des compagnies étrangères. Mais surtout, dans le cas du Honduras, ce qu'il y a c'est un gouvernement corrompu qui privilégie les intérêts économiques en faveur de ses élites, sans aucun préjugé de l'environnement et des peuples.

Justice pour Berta! Berta Vive!

Traduction carolita d'un article paru dans Desinformémonos le 2 mars 2017 : 

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #indigènes et indiens, #Lenca, #Honduras, #Berta Caceres

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