La plume-amertume

Publié le 19 Mars 2017

Tremper sa plume dans l’encre d’amertume
Pourtant l’encre était fière
Transcrire le cours des mots
Laisser s’écouler la rivière
Dans un méandre se cache la brume qui a édifié
Sous la colline du lendemain
Un puits au brun relent

Ecrire sans réfléchir
Guidée par le cheval sauvage et son galop
Tombent les mots
Feuilles en habit d’étoiles
Courent les phrases
Hermines sans faux-semblants

Vider son cœur sa pensée ses tripes
Exprimer son ressenti
Laisser faire une muse libre sur une page libre
Avec des mots libres et une encre libre
Je ne vois pas le mal où est-il ?

Maintenant je vois le mâle et sa figure est immonde
Sang froid glacé cicatrices écrites au cutter des insomnies
Figé par la peur-aiguille le regard qui s’enfuit
Le regard est comme une poule affolée par les bombes
Qui titube le bruit l’assomme

Ecrire c’est jeter sa tête contre un mur ?
Briser son âme comme un sucre d’orge en lambeaux?
C’est un danger ! Les mots seraient donc des armes ?
Ils veulent me désarmer ?
Je n’ai jamais appris à viser dans la lunette de ma poésie
Je ne sais pas tenir la crosse mon épaule est trop menue
Ma force elle est dans l’encre qui dessine sur la feuille
Une suite de mots certes bien ordonnés des mots -fusées que l’on ne peut guider
Je suis la maîtresse de mes pensées et la presse est libre comme l’air :
Qu’y a t-il de mal à jeter ses idéaux sur une page blanche ?

Dans le couloir du temps s’allongent les silhouettes de la mort brune
J’écrirais mes mots y compris sur les murs
Aucun bâillon n’a limité les jets féconds de la pensée
Aucune prison n’a privé de muses les prisonniers
S’il faut se battre pour écrire il faut se battre
S’il faut se battre pour dénoncer il faut se battre
S’il faut se battre pour porter la tête haute il faut se battre
S’il faut se battre pour s’assumer il faut se battre :
Écris ! Toi qui sais le faire
Car la LIBERTÉ est dans les mots.

Carole Radureau (18/03/2017)

A Asli Erdogan

Rédigé par caroleone

Publié dans #Mes anar-poèmes, #prisonniers politiques, #Chanson du monde

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almanito 19/03/2017 11:16

Rien de mal à exprimer ses pensées sur une page, sauf au yeux des dictateurs qui savent bien que les mots sont plus puissants que leur obscurantisme et leur violence et qui briment toujours en premier les intello et les artistes.

Beau poème en hommage à cette femme courageuse.

caroleone 19/03/2017 17:01

C'est vrai que eux estiment plus la teneur et la hauteur des propos des écrivains que les écrivains eux-mêmes.
Mais néanmoins ils essaient d'enfermer et tuer les porteurs de mots et à un moment ça se tait et la haine avance malgré tout. C'est pour cela qu'il faut écrire coûte que coûte.