“La construction refondatrice d'un espoir ne peut pas être si ne sont pas les femmes” : Berta Cáceres

Publié le 7 Mars 2017

Dans le milieu de l'année 2013, nous nous sommes entretenus avec Berta Cáceres et son regard nous a invités au sujet de la centralité de la lutte des femmes dans son pays et du processus de poursuite dont elle souffrait déjà à côté d'autres membres du Conseil Civique des Organisations Populaires et Indigènes du Honduras (COPINH). Dans l'anniversaire de sa naissance, et peu de jours avant la journée internationale de femmes, nous partageons certains des fragments les plus détachés de cet entretien émouvant, sans arrêter d'exiger la justice et en redoublant avec plus de forces que jamais dans le pari pour la défense des corps - territoires et contre la spoliation des biens communs.

Berta Vit, la lutte continue!

Quelle est la situation actuelle qui est vécue au Honduras, en particulier le processus de criminalisation dont tu souffres avec d'autres compañeros du COPINH ?

Ce processus n'est pas isolé de l'introduction de projets de pillage, de déplacements et d'accaparement de territoires, qui est bien sûr accompagné d'un processus de militarisation et de répression, qui au Honduras s'accentue après le coup d'État, en faisant avancer ce projet de la domination que nous avons dénoncée d'une manière permanente, et qui s'exprime de façon concrète dans des avancées d'approbations de mégaprojets grâce à des décrets législatifs exécutifs, comme les régions sociales de développement, la loi d'industrie minière, la loi d'intervention de la communication publique - privé, la loi d'intelligence, qui inclut même un chapitre pour la criminalisation des luttes sociales et la création de structures militaires et d'intelligence pour surveiller et réprimer les mouvements sociaux que nous faisons pour des luttes territoriales, par exemple contre les projets de privatisation des compagnies hydroélectriques, des compagnies minières, des grands complexes touristiques, des mégaprojets “villes modèles” - comme nous appelons les régions sociales de développement. Cela se fait dans le cadre de l'approfondissement de la pauvreté et du chômage, qui font du Honduras l'un des pays les plus violents au monde et bien sûr cela touche plus fortement les peuples autochtones qui nous affrontons à la pression d'énormes capitaux comme c'est le cas de Río Blanco, où agissent les entreprises Desarrollos Energéticos S.A., DESA , avec Sinohidro, la transnationale d'état de Chine continentale, qui est la plus grande du monde dans la construction de barrages, avec Voith Hydro de l'Allemagne et d'autres transnationales. Et maintenant avec la nouvelle que le Groupe Terra - qui appartient à des oligarques reconnus, non seulement pour ses centres commerciaux économiques-familiers, mais pour la répression qu'ils ont dirigée contre la paysannerie de Bajo Aguan qui a annoncé son entrée dans Río Blanco.

Je vous signale que les communautés organisées du peuple lenca ont réussi à expulser des exécutifs, du personnel et aussi des biens de Sinohydro, qui s'est déplacé dans d'autres zones du pays, mais bien sûr la concession est toujours détenue par DESA et maintenant en faisant des inversions avec le Groupe Terra. Ceci a produit un acharnement avec le COPINH, une répression intense et la militarisation, la participation des sicaires, d'agents privés de sécurité, plus l'armée, qui a joué un rôle très fort et actif pour diriger toute une stratégie pour vouloir dépecer le COPINH.

Comment est le rôle principal des femmes dans le cadre du COPINH et aussi en général dans la résistance hondurienne ?

Pour les femmes il nous apparaît triplement difficile, puisque nous affrontons non seulement l'oppression et la violence sans limites du capitalisme déprédateur, mais aussi du patriarcat et du racisme qui continue d'être un grand défi pour chacune, pour chacun, y compris dans les mêmes mouvements sociaux pour ouvrir ces brèches, c'est une lutte titanesque des femmes que nous pouvons voir qui avance au niveau de base. Nous pouvons donner un témoignage de la force des femmes indigènes dans la lutte en défense du territoire et de l'eau, et comment elles développent leur leadership, comment elles construisent depuis la collectivité cette capacité d'être mobilisée, de dénoncer, de débattre, de controverser, avec la même connaissance, les propres réalités et depuis ces diverses expériences de résistance. Je crois que dans chacune des luttes, et je suis convaincue parce que je l'ai vu et je le vois tous les jours dans notre pays, est fondamentale la participation et la conviction, la conviction des femmes dans ces luttes, qui semblaient très difficiles. Qui est-ce qui pourrait s'imaginer que de ces communautés inconnues, au milieu des montagnes du Río Blanco, surgissait cette force qui est très basée sur les femmes qui ont pu expulser ce monstre du grand capital chinois qui est Sinohydro ? C'est pour nous une grande satisfaction. Nous savons que cette lutte n'est pas finie, mais les femmes ici dans ce pays nous sommes déterminantes dans ces luttes. Cette construction refondatrice d'un espoir ne peut pas être si ne sont pas les femmes, en communiquant non seulement mais en prenant des décisions, en construisant, en réapprenant, en donnant, et bien sûr en défendant nos souverainetés, non seulement territoriales, mais aussi les souverainetés, les autonomies et les droits de nos corps, de nos vies, de nos pensées et de nos propositions.

Toute notre solidarité active et notre union depuis ici va avec le peuple hondurien et avec vous devant cette triple oppression. Nous prenons congé et nous t'envoyons toute la force pour toi et pour lxs compas. Nous serons attentifs et en état de mobilisation devant toute tentative de criminalisation de la lutte digne du COPINH et de tous les peuples rebelles du Honduras.

Grâce à vous compas. D'ici aussi notre accolade solidaire et rebelle.

Nous allons écouter Berta sur un thème de Víctor Jara que tu as demandé. Qu'est-ce que Víctor Jara signifie pour toi malgré la distance géographique ?

Cela semble sans doute impossible, depuis toute petite, j'ai grandi en écoutant les paroles et la musique de Víctor Jara, dans un pays où dans ces années-là c'était totalement défendu, sous cette politique intense de Sécurité nationale et du Terrorisme de l'État, dans les années quatre-vingt et au début des années quatre-vingt-dix. Ma mère m'a appris à écouter Víctor Jara; nous devions le faire d'une manière clandestine . Victor Jara m'a toujours motivée et m'a inspiré la force, la simplicité et la profondeur de la résistance de toute la musique, de la création et de l'art. Bien sûr nous l'écoutons toujours et il nous suit en nous inspirant.

Berta reviendra et elle sera des millions

Traduction carolita d'un article paru dans Desinformémonos le 1er mars 2017 



PIENSO EN TI

Cuando voy al trabajo
Pienso en ti
Por las calles del barrio
Pienso en ti

Cuando miro los rostros
Tras el vidrio empañado

Sin saber quienes son
Donde van
Pienso en ti
Mi vida pienso en ti
En ti compañera de mis días
Y del porvenir
De las horas amargas y la dicha
De poder vivir
Laborando el comienzo de una historia
Sin saber el fin
Cuando el turno termina
Y la tarde va
Estirando sus obras
Por el tijeral
Y al volver de la obra
Discutiendo entre amigos
Razonando cuestiones
Desde tiempo y destino
Pienso en ti
Mi vida pienso en ti
En ti compañera de mis días
Y del porvenir
De las horas amargas y la dicha
De poder vivir
Laborando el comienzo de una historia
Sin saber el fin
Cuando llego a la casa estas ahí
Y amarramos los sueños
lalararialarirarialalalarirara
laborando el comienzo de una historia
sin saber el fin

VICTOR JARA

****
JE PENSE A TOI

Quand je vais au travail
Je pense à toi
Par les rues du quartier
Je pense à toi

Quand je regarde les visages
Derrière la vitre embuée

Sans savoir qui ils sont
Où ils vont
Je pense à toi
Ma vie je pense à toi
A toi compagne de mes jours
Et de l'avenir
Des heures amères et du bonheur
De pouvoir vivre
En travaillant le début d'une histoire
Sans en savoir la fin

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