Colombie- Récits de résistance contre l'industrie minière à grande échelle

Publié le 11 Mars 2017

Indigènes, afrodescendants, syndicalistes, paysans, étudiants et académiciens de Colombie se confrontent à des corporations comme la Minière Quinchía SAS et la Canadienne Seafield Resources Ltd., dont la présence dans le pays déclenche une crainte chez les habitants : celui d'être forcément déplacés.

Edith Taborda est mère de deux filles et appartient à la communauté Embera Karamba de Quinchía (état de Risaralda) en Colombie. De plus elle lutte contre les projets miniers sur son territoire.

Depuis l'année 2011 sa communauté a observé la présence de compagnies telles que la Minière Quinchía SAS et la Canadienne Seafield Resources Ltd sur leur territoire.

Au début certains ont pensé que l'arrivée de ces compagnies était bonne mais rapidement leur opinion a changé.

Le projet Miraflores de Seafield Resources à Quinchía cherche à extraire près de 709,000 onces d'or pendant 14 ans conformément à une information publiée par des Marchés Miniers.

En 2011, la communauté a envoyé une lettre à Seafield en demandant de révoquer le mécanisme de Santa Sofía, ce qu'ils ont fait. A ce moment-là cela a été une victoire; cependant, la compagnie a continué avec ses plans pour le projet Miraflores parce qu'elle avait un permis du gouvernement.

Conformément à une information fournie par l'Agence Nationale d'Industrie minière (ANM) il y a 27 compagnies canadiennes en Colombie et celles-ci possèdent 42 tires pour le cuivre,l' argent et l'or. La liste fournie pour cet article n'incluait pas Seafield Resources Ltd.

Initialement la compagnie a répondu au gouverneur précédent de la communauté Embera Karamba qu'il n'y avait pas d'indigènes à Quinchía, soutient Edith Taborda, et ils ont continué avec leur projet.

Malgré l'apparent échec, Taborda ne s'est pas avouée vaincue.

Elle et sa communauté se sont adressées à la Cour supérieure de Pereira. En 2013 le tribunal a ordonné à Seafield Resources Ltd. d'arrêter les activités jusqu'à ce que le Ministère de l'Intérieur ait certifié s'il y avait ou non la présence d'indigènes sur le territoire.

En 2014, le même tribunal a ordonné que soit réalisée une consultation préalable pour le projet Miraflores. Seafield et la communauté ont commencé le processus et ils ont eu huit réunions, mais à la fin de décembre de l'année passée ils n'avaient pas avancés dans le processus de pré-consultation a expliqué Edith Taborda .

Depuis son élection comme gouverneur de sa communauté, en 2012, Taborda a reçu des plaintes au sujet de l'activité minière. Le souci principal des habitants c'est la crainte d'être forcément déplacés.

Mais de plaintes la communauté est passée à l'action. Pour l'obtenir, Elmer Agudelo a joué un rôle très important.

Elmer, leader de la communauté Embera Karamba, a provoqué la pensée critique au sujet de l'industrie minière. Des jeunes, des enfants, des adultes et des personnes âgées ont participé à des protestations et à des réunions en réponse à la présence des corporations minières.

Elmer réfléchit à l'impact de la signature de l'accord avec les FARC et ce que cela implique sur les territoires indigènes.

Mobilisation civile

À 338 kilomètres de distance à Antioquia, la Confédération Nationale des Mineurs de Colombie (Conaminercol) a soutenu une grève organisée par les mineurs de Remedios et de Ségovia en septembre 2016. Comme résultat de la pression et les conversations, le 28 de ce mois, le gouvernement colombien a créé la Table de Négociations pour Remedios et Ségovia.

Rubén Darío Gómez est le secrétaire général de Conaminercol, qui veille aux droits des mineurs au travail et défie pacifiquement la minière Continental Gold Inc. qui a deux projets miniers à Buriticá et Berlin (Antioquia) et qui aspire à se transformer en le plus grand producteur d'or en Colombie.

Conaminercol a obtenu une victoire à l'égard de cette compagnie, huit sous-contrats pour une courte période, mais non dans des conditions très favorables pour les mineurs.

Goméz a participé aux mobilisations nationales organisées par Conaminercol en 2015 dues à la non-éxécution, de la part du gouvernement des accords qui incluaient la reconnaissance de l'industrie minière traditionnelle réalisée par des mineurs comme eux.

Rubén ne nie pas l'impact de son activité sur la terre mais il est catégorique en affirmant après avoir remarqué que cela n'est pas seulement la responsabilité des plus petits mineurs. “Nous sommes l'ennemi parce que nous disputons le territoire et les ressources au grand capital. Nous sommes contre le modèle extractif qui est désavantageux pour l'économie, l'agriculture, l'environnement et les traditions culturelles”.

 

Egalement à Antioquia, El CinturonAmbiental de Occidente (COA) a défié Caramanta Conde Mine qui a été condamné à une amende en 2014, pour affecter le patrimoine environnemental de la municipalité de Caramanta.

“Solvista Gold Corp., IamGold Corporation, Angel Gold Corporation et Caramanta Conde Mine [i] SAS sont les compagnies canadiennes qui ont eu des projets à Antioquia. Solvista a été là pour cinq ans mais a changé son nom ce qui est difficile pour suivre ses projets”, dit un membre du COA.

Le COA implique les citadins avec la cause environnementale à travers des veilles, des festivals et El Abrazo a la Montaña, un parcours autour de la montagne qui s'est réalisé entre le 8 et 14 août 2016. Mythes, art, musique et culture ont aidé à divulguer le message de justice envirronnementale tandis qu'ils marchaient.

Entre-temps, à Tolima d'autres résistances citoyennes se sont mobilisées contre le projet La Colosa, Anglo Gold Ashanti, la compagnie sud-africaine avec 17 mines dans neuf pays, à  Cajamarca (Tolima).

Cette année se réalisera une consultation populaire à travers laquelle les habitants diront Oui ou non à ce projet dans leur département, la consultation a été provoquée par des activistes engagés avec cette cause.

“La consultation populaire qui s'est réalisée le 28 juillet 2013 à Piedras, (Tolima) s'est constituée en la première de son genre qui à une majorité écrasante a réussit à arrêter les prétentions de la multinationale Anglo Gold Ashanti de s'établir là”, explique l'analyste de conflits sociaux et territoriaux Carmen Luisa Castro.

La créativité est protagoniste dans les diverses initiatives citoyennes contre l'industrie minière à grande échelle. Ainsi l'explique José Díaz , l'un des coordonnateurs du Non dans la Consultation populaire : “La Marche Carnaval dispose de la participation massive de communautés paysannes qui attirent l'attention citoyenne avec des "chariots" ornés avec de la nourriture du garde-manger agricole de la Colombie; les secteurs indigènes, qui impliquent le piéton à la fête de la rue à travers des carrosses et des échantillons culturels; les institutions éducatives dont les bandes musicales et les figurants traditionnels invitent la communauté à en profiter. En plus de la participation d'artistes locaux qui garantissent un show de rue avec des zanqueros, des clowns, des déguisements, des bandes, des concerts sur roues et des combo barristas, qui impriment la joie avec des cris et des chants en défense de la vie”.

Les marches carnaval en défense de la vie, de l'eau et du territoire sont annuelles et ont pour épicentre la ville d'Ibagué, mais elles sont réalisées dans d'autres municipalités. Carmen Castro fait partie de l'une d'elles en aidant à mobiliser des personnes en faveur de la vie, du territoire et contre le modèle extractiviste.

Dans la sixième Marche le Carnaval a exprimé cette nouvelle façon de penser, de sentir et de défendre le territoire avec des liens à travers le bassin de la rivière Coello, dans laquelle les participants ont identifié qu'ils ont un territoire commun avec une vocation agricole, avec une économie paysanne  à Cajamarca, et une agro industrie dans le plan; hormis l'eau qui est le facteur dont dépend le présent et l'avenir de Tolima et qui relève de leur compétence, c'est solidairement ce qui signifie défendre un territoire.

“L'année passée (2016) s'est réalisée la huitième Marche Carnaval qui s'est transformée en mobilisation citoyenne sans précédents. Le Comité parle de 100 mille personnes, ce qui finit par donner à Ibagué une centralité dans les luttes de résistance contre l'industrie minière qui se développent en long et en large dans le pays”, soutient Carmen.

Quelques actions ont appris des résistances à Santander, un autre état colombien. Des interviewés pour cet article sont d'accord dans le fait que Santander, c'était l'une des plus significatives du pays.

Les activistes santandereanos sont orgueilleux pour la plus grande victoire contre la Canadienne Greystar Resources Ltd., qui a changé son nom en Eco Oro MInerals Corp., le refus du permis pour leur projet  Angostura [ii] qui affectait l'étendue désertique de Santurbán [iii] qui fournit de l'eau à la ville de Bucaramanga et d'autres populations. Voir ici la résolution.

Le message pour lutter contre ce projet a été simple mais puissant, facile à communiquer : l'impact de l'industrie minière à grande échelle sur les ressources en eau. “L'expérience de Santurbán a réveillé la conscience civique au sujet de l'importance des étendues désertiques. Cela a contribué en un contexte positif sur la décision finale de la Cour Constitutionnelle qui a échoué contre l'industrie minière dans les étendues désertiques”, explique Carlos Lozano.

 

En défiant le modèle extractiviste

Carlos Lozano est l'avocat principal d'Aida Americas en Colombie. Il dit que la lutte contre Eco Oro Minerals Corp., était une résistance qui a combiné les efforts des syndicats, des collèges et des professionnels, entre autres. “Cela a attiré l'attention des hommes politiques et des médias autour du projet”, ajoute-t-il.

Le Banque mondiale, l'un des investisseurs du projet Angostura – à travers la Corporation Financière Internationale a retiré ses investissements et elle l'a justifié avec le discours suivant. “IFC évalue constamment son portefeuille d'investissements en fonction de son ordre pro développement et en considération les conditions du marché. Vue la décision d'Éco Oro de suspendre définitivement  le projet Angostura, le 25 novembre IFC a terminé son inversion dans la Compagnie”.

D'une même manière la compagnie a entrepris une action contre l'État colombien. “Le 8 décembre cette compagnie a sollicité du Centre d'Accords pour les différents relatifs à des investissements de la Banque mondiale un arbitrage contre la Colombie  ils considèrent donc les mesures arbitraires, inconsistantes et disproportionnées qui ont détruit la valeur des investissements dans le secteur minier de la Colombie et ont privé Eco Oro Minerals de ses droits contenus dans le titre minier, du Contrat de Concession 3452”, remarque un communiqué sur la page de la compagnie [iv].

Quelques compagnies canadiennes ont manifesté leurs intérêts dans les ressources de Santander. “Les entreprises canadiennes avec des intérêts à Santander sont Auro Resources Corporation, Calvista Gold Corporation, CB GOLD INC, Gold Continental, Pacific Coal Resources (PCR), Galway Resources Holcod Ltda.,Mega Uranium  et  Magdalena Medio, Canacol Energy Ltd. et dautres que j'oublie”, ajoute Sampayo. En 2009 Mining Watch Canada et Censat Agua Viva ont publié ce rapport sur les multinationales canadiennes et les conflits dans le pays.

Óscar Sampayo est membre du Groupe d'Études Extractives, Sociales et Environnementales de Magdalena Medio (GEAM) il affirme qu'à Santander et à Magdalena Medio il a eu plus de succès grâce au composant éducatif.

Les communautés ont mieux compris l'impact des projets extractivistes sur le territoire. “Nous contribuons avec des stratégies éducatives pour défendre les droits et en rendant la flexibilité de la Colombie visible avec des compagnies comme Éco Oro MInerals Corp., à Santurbán et Parex Resources Inc., à Simacota. Nous essayons d'exposer aussi les liens entre les hommes politiques et les corporations transnationales”, s'explique Sampayo.

Dans cette courte mention des processus de résistance contre l'industrie minière à grande échelle - provoquée par les multinationales et les institutions gouvernementales comme “une industrie minière bien faite” – les syndicalistes occupent une place important.

Il y a quelques années, Francisco Ramírez a dénoncé l'impact négatif des minières canadiennes en Colombie. Ainsi Ramírez expliquait à son auditorium international ce qui est arrivé :

Actuellement, Ramírez est membre de Funtramiexco, de la Fédération Unitaire des Travailleurs Miniers, Énergétiques, Métallurgiques et Chimiques, des Industries extractives, de Transportadoras et similaires en Colombie.

Il est responsable des actions en justice internationales contre les corporations et appartient au Mouvement National des Victimes des Corporations Multinationales et Transnationales (MNVC).

Ramírez explique certains des objectifs des syndicalistes en ce qui concerne le sujet minier et les ressources naturelles du pays. Ces objectifs incluent la nationalisation des ressources, du développement durable et l'inclusion des nécessités des communautés dans différents projets de développement. “Même comme syndicat nous avons proposé de fermer quelques mines et de déplacer ses travailleurs au secteur de l'infrastructure”, soutient-il.

Après 20 ans d'activité syndicaliste Francisco Ramírez continue de défier les multinationales et Edith Taborda gouverneur Embera Karamba fait de même dans sa communauté aimée de Risaralda.

Ces processus de résistance civile se sont maintenus dans le temps grâce à l'organisation, l'éducation populaire et les messages divulgués avec différents discours .

Alejandro Pulido, enquêteur social situé à Bogotá, réfléchit au sujet des récits de résistance. “Le premier discours est un discours environnemental. Cependant, il n'y a pas de discussion au sujet de l'accès et  au sujet des ressources; le deuxième discours est au sujet de la lutte des indigènes, des afrocolombiens et des communautés paysannes pour leur droit au territoire; un troisième, des syndicats au sujet des conditions de travail et un quatrième discours, celui des académiciens, en controversant le modèle économique, la faiblesse des bénéfices de l'industrie minière, certains en provoquant la nationalisation de l'industrie minière. Il est intéressant de voir comme souvent ces narrations ne parlent pas (…) Mais il est clair que le modèle extractiviste crée une nouvelle guerre pour l'eau, une nouvelle guerre émerge”,  il souligne poli.

Il remarque pour le tableau : Dans le tableau suivant, on trouve reliées, les 27 entreprises qui au 30 juin 2016 apparaissent répertoriées à la bourse de Toronto TSX/TSXV avec une présence en Colombie, la majorité d'entre elles sont relatives à des projets d'or, d'argent et de cuivre.

Au total ces 27 entreprises possèdent 42 valeurs minières en vigueur, distribuées de la manière suivante :

 

 Empresas TSX/TSXVTITULOS VIGENTES
1B2Gold Corp.0
2Continental Gold Inc.19
3Red Eagle Mining Corporation10
4Gran Colombia Gold Corp.0
5Cordoba Minerals Corp.0
6Atico Mining Corporation0
7CB Gold Inc.0
8Lara Exploration Ltd.0
9Eco Oro Minerals Corp.0
10Rio Novo Gold Inc.0
11Antioquia Gold Inc.9
12Rugby Mining Limited0
13Batero Gold Corp.0
14Salazar Resources Limited0
15Galway Gold Inc.0
16U3O8 Corp.0
17Miranda Gold Corp.1
18Angel Gold Corp.0
19Bellhaven Copper & Gold Inc.0
20Fura Emeralds Inc.0
21Colombian Mines Corporation1
22Equitorial Exploration Corp.1
23Arctic Star Exploration Corp.0
24Tesoro Minerals Corp.0
25Bandera Gold Ltd.0
26Colombia Crest Gold Corp.0
27Tolima Gold Inc.1
TOTAL TÍTULOS VIGENTES42
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