Chiapas - Liberté pour Santiago, prisonnier injuste de Bachajón

Publié le 7 Mars 2017

Aux Adhérents de la Sexta de l'Ejido San Sebastián Bachajón

À l'Armée zapatiste de Libération Nationale EZLN

Aux Assemblées de Bon Gouvernement

Au Congrès National Indigène CNI

À la Sexta

Aux médias Libres, autonomes et alternatifs

À celles et ceux qui luttent depuis en bas et à gauche

 

Depuis le Groupe de Travail No Estamos Todxs nous élevons la voix pour notre compañero de lutte Santiago Moreno Pérez, indigène Tzeltal de 55 ans, prisonnier dans le CERESO Nº17 de Playas de Catazajá, originaire de la Communauté La Pimienta, municipalité de Chilón, membre de l'organisation de l'Ejido de San Sebastián Bachajón, Adhérent à la Sixième Déclaration de la Forêt Lacandona de l'EZLN, qui reste séquestré derrières les murs depuis plus de 8 ans par le système pourri et corrompu de justice mexicain.

Arrêté en Février 2009, le compañero Santiago avait un poste dans l'organisation comme conseiller de la surveillance autonome et il comptait plus de 10 ans en marchant dans l'organisation et en résistant en défense de la terre et du territoire de l'ejido contre les mégaprojets que le mauvais gouvernement veut imposer dans la région. La nuit des faits, ils ont été signalés et accusés, aussi bien lui que son fils Sebastián, par un groupe de partisans appartenant au Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), comme responsables de la mort d'une personne de la Pimienta. Les partisans de la communauté se sont assemblés pour le lyncher, mais sa mort a été évitée en le remettant à la prison en échange de lui enlever toutes ses propriétés.

Les derniers mois ont été spécialement durs pour le compañero Santiago, en décembre dernier nous avons reçu avec tristesse la nouvelle du décès de son épouse, la situation qui est déjà d'une dureté extrême pour le compañero emprisonné de ne pas pouvoir être auprès d'elle ni d'embrasser sa famille dans ces moments-là, additionné à la difficulté qu'il supporte ne pas pouvoir réaliser le deuil implicite des adieux.

De plus nous partageons le souci pour la situation d'orphelinat obligatoire que la société carcérale impose à ses enfants, en l'éloignant d'eux de façon totalement injuste et arbitraire, puisqu'eux aussi ont des ordres d' appréhension en suspens à exécuter pour le même délit qui a condamné leur papa.

Nous savons que la prison punit non seulement derrière les barreaux, et le châtiment s'étend également aux familles, aux amis et aux compañeros et compañeras de l'organisation. En ce sens, Santiago a sollicité un déplacement dans la prison d'Ocosingo pour faciliter les visites de sa compañera sans pour autant occasionner une dépense économique. Le déplacement a été autorisé, mais il n'a jamais été effectué de la part de l'Institution Pénitentiaire. Dans ce contexte la dernière conversation s'est produite entre eux.

D'un autre côté, aussi bien l'incarcération que la situation personnelle et familiale, et tout ce que cela supporte, provoque des séquelles sur la santé physique et psychologique de notre comp@ Santiago. Derrière les murs on refuse aux prisonniers l'attention et l'accès à la santé physique et psychologique, cependant et malgré les barrières et le contrôle résigné, nous réussissons à accompagner et à soutenir Santiago dans ce sens.

Le processus juridique de notre comp@ Santiago est plein d’irrégularités. Depuis que sa sentence a été prononcée et recourue en 2009, se sont succédés les rapports de prison formelle de la part du Juge de première instance du Ramo Pénal du District de Catazajá. Pour chaque rapport contre la liberté de notre compañero, la protection correspondante a été acceptée en exigeant le remplacement d'un jugement avec des garanties.

L'une des irrégularités les plus graves dont Santiago a été victime au début du processus juridique a consisté en ce qu'on lui adjugé un traducteur qui avait des liens familiaux avec les plaignants qui l'ont signalé comme auteur du crime. Les prisons du Chiapas sont remplies d'indigènes et de pauvres qui, pour ne pas parler castillan et pour ne pas avoir d'argent pour couvrir les frais d'un avocat de confiance n'ont pas eu d'accès au processus dû et ont été obligés à travers des tortures et des tromperies de signer des déclarations auto-accusatrices. Le cas de Santiago est l'un d'eux, avec la circonstance aggravante qu'il existe des motifs clairement politiques de l'enfermer.

Ce prochain 3 Mars 2017 , à 10 heures dans le Tribunal de Playas de Catazajá, est fixée l'application à travers laquelle on procédera à l'interrogatoire de Melchorio Pérez Gómez qui a fait office de traducteur dans le procès contre notre compañero Santiago Moreno Pérez.

C'est pour ce motif que nous faisons appel pour faire le bouche à oreille, pour soutenir et que chacun depuis son retranchement appuie notre comp@ Santiago Moreno Pérez, prisonnier injuste dans le CERESO Nº17 de Playas de Catazajá, pour défendre une vie digne dans la rébellion, pour l'autonomie de son peuple et pour résister et lutter pour un avenir pour tous(toutes).

Encore une fois, la répression, la mort, le châtiment et les murs de la prison servent d’outil pour casser le tissu social organisant un peuple qui se refuse à remettre ses terres, et avec ceux-ci son mode de vie, pour un projet touristique d'élite destiné à la jouissance supposée de certains.

Nous nous permettons de ne pas nous tromper, nous ne les trompons pas. Le délit de notre compañero a été, et il est, de défendre la vie face à ceux qui l'arrachent pour construire des trains (trenecitos), des hôtels de luxe et des terrains de golf sur une terre qui est source de vie, d'alimentation et d'histoire du peuple. Le délit pour lequel actuellement trois compañeros de Bajachón (Santiago Moreno Pérez, Emilio Jimenez Gómez et Esteban Gómez Jimenez) sont emprisonnés ainsi que deux compañeros (Juan Vázquez Guzmán et Juan Carlos Gómez Silvano) ont été assassinés.

Avec lui, avec ceux-ci, et avec beaucoup d'autres, nous partageons la digne rage qui nous couvre toutes et tous, la même lutte, l'engagement qui nous unit comme compañerxs, l'injustice à laquelle nous nous affrontons, le rejet de l'institution pénitentiaire comme forme de contrôle, de ségrégation raciale, de contrainte, d'atomisation, de destruction des tissus sociaux et familiaux, de mort.

 

Le compañero Santiago Moreno Pérez n'est pas seul, ici nous suivons, à côté de lui.

Nos compañeros prisonniers de Bachajón ne sont pas seuls, ici nous suivons à côté d'eux.

A BAS LES MURS DE TOUTES LES PRISONS

Le 1 er Mars 2017 San Cristobal de las Casas

Groupe de Travail No Estamos Todxs

Traduction carolita d'un communiqué paru sur le site Espoir Chiapas le 3 mars 2017 : 

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