Berta Cáceres : Demain, je reviendrai et je serai des millions

Publié le 8 Mars 2017

Berta Cáceres est une militante environnementaliste hondurienne assassinée le 3 mars 2016 à l'âge de 43 ans dans la ville de La Esperanza, par plusieurs balles, de la part d'inconnus. La police a conclu à un crime crapuleux commis par des voleurs mais pour la famille et les proches l'assassinat est relatif à la lutte environnementale menée depuis plusieurs années par Berta.

Berta Isabel Cáceres Flores est née le 4 mars 1973 dans une communauté du peuple Lenca, un des peuples originaires du Honduras.

Elle s'intéresse dès ses études universitaires à l'activisme politique, au sort des populations démunies.

Fondation du COPINH

Dans la suite logique de ses engagements elle co-fonde en 1993 le COPINH, Conseil National des Organisations Indigènes et Populaires du Honduras qui va devenir un outil important pour venir en aide aux communautés indigènes en lutte et pour le respecte de leurs droits territoriaux.

Río Blanco

En 2006, des habitants de la région de Río Blanco lui demandent son aide contre l'apparition près de la rivière Gualcarque de machines et d'équipements de construction.

Le coup d'état forcément n'arrange pas les choses, il les provoque

 

Le coup d'état qui se produit au Honduras en 2009, soutenu par la droite permet le renversement du président Manuel Zelaya. Celui-ci n'a pas été fait en vain car le nouveau gouvernement ouvre grande la porte aux lobbies, aux multinationales qui désirent plus que tout exploiter les ressources minières, forestières du pays et il approuve plusieurs projets de barrages hydroélectriques pour alimenter en eau les exploitations. Ce gouvernement adopte la loi générale des eaux autorisant l'octroi de concessions sur un tiers des ressources en eau du pays. Un an plus tard, 40 concessions sont accordées en même temps que s'accentuent les assassinats ciblés de protestataires.

En 6 ans, 109 honduriens sont assassinés pour avoir pris position contre des projets de barrages hydroélectriques, des exploitations minières, forestières, agro industrielles. Mais plus largement ce sont une quarantaine de défenseurs des rivières qui sont assassinés en 10 ans dans toute l'Amérique centrale.

Liste des personnes menacées : Berta est en tête de liste (source)

 

Multiples menaces avant de....

La commission interaméricaine des droits de l'homme inclut Berta sur sa liste des personnes menacées de mort le 8 juin 2009 lors du coup d'état au Honduras. Le lendemain la commission prend des mesures de précaution MP 196-09 en vue de la défendre ainsi que d'autres militants quand elle apprend que des militaires ont encerclé sa maison.

Lors de la campagne contre le barrage elle reçoit de multiples intimidations ainsi que ses compagnons de son association de la part des militaires. Elle sera même placée sous contrôle judiciaire quand on découvre dans la fouille de sa voiture une arme à feu et elle devra se présenter au tribunal une fois par semaine. Ce qui l'empêchera de voyager librement. L'obligation sera levée après son jugement en 2014.

AGUA ZARCA

 

Le 24 août 2009 pendant le gouvernement de transition qui est au pouvoir après le coup d’état, celui-ci accorde des concessions sur les ressources en eau et approuve le décret 233 qui abroge tous les décrets antérieurs interdisant des projets hydroélectriques dans des zones protégées.

Le territoire du peuple Lenca est un des plus touchés avec la construction de 17 barrages.

Le projet Agua Zarca situé au nord-ouest des départements de Santa Barbara et Intibuca à quelques kilomètres de la réserve de faune de Green mountain, est approuvé pour une période de 20 ans. Ce projet entreprend de générer 21.3 MW en raccordant la rivière Gualcarque qui est une rivière sacrée pour le peuple Lenca. Pour ce peuple la rivière est l’espace dans lequel vivent les esprits des ancêtres dont celui du cacique Lempira qui a combattu les espagnols lors de la colonisation.

Pour la construction du barrage la banque interaméricaine d’intégration économique BCIE accorde à la société Desarrollos Energeticos SA (Desa) un prêt de 24.4 millions. DESA sous-traite avec la société chinoise Sinohydro qui est accusée par les communautés locales d’envahir les territoires sans consultation préalable ainsi qu’avec la société allemande Voith Hydroholding GmbH et Co.kg qui doit construire les turbines.

DESA est une entreprise fortement compromise dans le coup d'état contre le président Zelaya.

Il menace la vie de centaines d'indigènes Lenca de la région.

Berta s'investit dans la lutte contre la mise en place de ce barrage. Le combat est difficile, il dure une dizaine d'années pendant lesquelles elle dépose des plaintes auprès des tribunaux, elle organise des manifestations pacifiques, elle lutte pour la défense et le respect des droits autochtones. Elle saisit la commission des droits de l'homme interaméricaine, pour que la banque mondiale qui finance une partie du projet se retire de celui-ci.

La banque mondiale se retire puis s'est le tour de Sinohydro qui rompt son contrat avec DESA fin 2013.

Les efforts de Berta sont reconnus au niveau international et elle reçoit en 2015 le prix Goldman environnemental décerné depuis 1989 aux fervents défenseurs de la cause environnementale dans le monde. Elle réussit à faire suspendre la construction du barrage.

Avec son assassinat, les promoteurs d'Agua Zarca ont donc perdu une fervente opposante.

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La lutte continue et les filles de Berta sont sa plus belle relève

Les filles de Berta continuent sa lutte et portent fort les revendications de justice pour que soient punis les assassins, y compris donneurs d'ordre de leur mère.

Le 9 mars 2016 les 3 filles ont accusé le gouvernement du Honduras d'être responsable de la mort de leur mère. L'assassinat de Berta suscite une indignation internationale et les incohérences de l'enquête sont montrées du doigt.

Ses deux filles Berta Isabel et Laura Zuniga, étudiantes et activistes comme leur mère ne ménagent pas leurs forces ni leur énergie de par le monde pour que justice soit rendue à leur maman.

Comme le dit la famille "les responsables de son assassinat sont des groupes industriels en connivence avec le gouvernement".

Même l'organisation des états américains OEA et les Nations Unies ont réclamé la justice pour cette dirigeante d'exception.

Le Honduras est l'un des pays les plus dangereux au monde pour les activistes

Un an après la mort de Berta alors que se tiennent des évènements pour célébrer son travail militant, on apprend selon le journal The Guardian que les assassins avaient été entraînés par le corps militaire des EU et l’on peut penser qu’évidemment ce crime n’est pas un simple fait divers.

La criminalisation des mouvements sociaux à présent

 

Le 23 février dernier, la Commission Interaméricaine des Droits de l'homme, le Rapporteur Spécial pour la Liberté d'expression et le Bureau de la Haute Commission des Nations Unies pour les Droits de l'homme au Honduras, ont manifesté leur souci pour l'approbation de réformes du code pénal hondurien, qu'ils considèrent comme régressives pour les droits de l'homme et la liberté d'expression.

Le 21 février, le Congrès du Honduras a approuvé une réforme à l'article 335 du code pénal qui classe le délit de terrorisme; un jour après a été approuvé l'article 335 B qui a classé le délit d'apologie et l'incitation d'actes de terrorisme, dirigé à punir “celui qui publiquement ou à travers des médias ou une diffusion destinée au public fera l'apologie, l'exaltation ou la justification du délit de terrorisme ou qui a partagé à son exécution, ou inciterai l'autre les autres à commettre du terrorisme ou un financement de celui-ci sera sanctionné par une peine de quatre à huit ans de prison”.

Un autre membre du COPINH, ami de Berta a été tué en pleine rue de 4 balles dans le visage et en présence de la police le 16 mars 2016 au cours de l’expulsion par la police et l’armée de 150 familles de la communauté de Rio Chiquito. En juillet 2016 c’est une autre compagne de Berta, Lesbia Yaneth Urquía Urquía qui est assassinée à son tour à coups de machette.

En 10 ans, 114 militants environnementalistes ont perdu la vie dans ce pays et 33 menaces ont été adressées aux militants luttant contre le projet Agua Zarca. 5 militants ont déjà été assassinés dont Berta.

 

Sources : ejatlas.org, rfi.fr, wikipedia, reporterre

 

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Gourmel Michel 09/03/2017 18:31

Le Honduras a été victime, le 28 juin 2009, d’un coup d’État US, 5 mois seulement après l’arrivée d’Obama au pouvoir. Lui que les médias adulent maintenant face a Trump, est un grand criminel, sa politique de guerre coloniales, avec puis sans Hillary, et les millions de morts, pour le profit des transnationales US, en est la preuve !

caroleone 09/03/2017 20:30

Oui je suis bien d'accord avec vous, il n'y a pas de différence pour moi entre les politiques de trump ou d'obama ou d'un autre. On sait bien qui dirige les états et qui fomente les coups d'état. Moi aussi ça m'a révolté que même des gens de gauche y compris certains que je connais qui sont militants ont tiré leur chapeau à obama avant son départ. Je crois que les gens ont la mémoire courte.