Mexique - Défenseurs Rarámuri

Publié le 7 Février 2017

Les défenseurs communautaires de l'environnement, qui soignent leurs bois et leurs eaux, leurs montagnes, le vent, la terre et le territoire, sont assassinés au Mexique et dans toute l'Amérique Latine. Ce sont eux les ennemis des entrepreneurs, des gouvernements et de la criminalité organisée, qui voient leurs intérêts menacés par la résistance de ceux qui ne sont pas disposés à remettre leurs ressources naturelles.

Cette année 2017 a démarré avec l'assassinat de deux défenseurs de la sierra rarámuri, au Chihuahua : Le 15 janvier dernier l'environnementaliste communautaire Isidro Baldenegro a été bombardé de coups de feu, après qu'il ait reçu des dizaines de menaces pour sa défense des forêts de la Sierra Madre Occidentale. Quinze jours après, le 31 janvier, Juan Ontiveros Ramos a été séquestré et trouvé mort le jour suivant.

Baldenegro, comme la militante lenca Berta Cáceres, une environnementaliste hondurienne assassinée en mars 2016, a été aussi récompensé par le prix reconnu Goldman. Agé de 51 ans, le défenseur rarámuri a été criblé de balles dans la communauté Coloradas de la Virgen, dans la municipalité de Guadeloupe et Calvo.

Rien n'est hasard sur ces terres fouettées par la criminalité organisée et des entrepreneurs du bois qui reçoivent la protection des autorités a leur service et qui se sont appropriés les ressources de la sierra. Aujourd'hui, comme depuis quatre décennies, les rarámuri sont expulsés de leurs rancherias par la violence. Ceux qui restent risquent leur vie dans la lutte pour la reconnaissance de leurs terres, pour empêcher que la déforestation en finisse avec la totalité de leurs forêts et pour recouvrer l'unité de leur peuple.

La mort n'est pas nouvelle sur ces terres. Le père d'Isidro, Julio Baldenegro, lui aussi défenseur des forêts, a été assassiné par un groupe de sicaires en 1986. Sept ans plus tard son fils a constitué une organisation pour continuer avec la défense de la Sierra Madre Occidentale, la région envahie par les talamontes clandestins qui convoitent leurs bois de pin et de chêne.

L'émotion n'était pas encore passée de la mort d'Isidro quand, le 1er février 2017, Juan Ontiveros Ramos, défenseur de la communauté indigène de Choréachi, a été retrouvé sans vie. Dès le 20 janvier dernier Ontiveros avait soutenu une rencontre avec l'Unité des Droits de l'homme du Ministère de l'Intérieur, dans laquelle il a recommencé à dénoncer la spoliation territoriale et il a parlé des menaces contre lui.

Les temps sont déjà passés dans lesquels la plainte publique, les mesures de précaution et la diffusion internationale offraient une certaine protection aux défenseurs en danger. En octobre 2015 Juan a remis une vidéo avec son témoignage à la CIDH où il a expliqué la situation alarmante dans laquelle survivent les rarámuri qui restent sur leur territoire.

En 2013, il a signalé au réseau d'organisations des droits de l'homme “Todos los Derechos Para Todos”, un groupe d'indigènes de la région qui a porté plainte devant des instances internationales et, comme conséquence, l'un des plaignants principaux n'a pas pu rentrer à sa communauté car les agresseurs l'ont menacé.

Aujourd'hui, ils l'affirment, la situation est plus grave, et c'est pourquoi circule l'appel d'une urgence  pour protéger la vie et l'intégrité du reste d'habitants de la communauté de Choréachi.

De sa part, le Congrès National Indigène et l'Armée zapatiste de Libération Nationale, se solidarisent avec le peuple rarámuri “si blessé par ces deux assassinats qui s'ajoutent aux 18 homicides contre leurs communautés depuis 1973,  dont quatre la dernière année”, et ils leur ont offert leur soutien “en tant que peuples autochtones du pays qui nous organisons pour défendre nos vies et nos territoires”.

Traduction carolita d'un article paru dans Desinformémonos le 6 février 2017 :

 

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Mexique, #indigènes et indiens, #Tarahumara

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