Etats-Unis : La nation Gullah ou Geechee

Publié le 16 Février 2017

 

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Ce peuple est le seul peuple non amérindien des EU, c'est un peuple d'afro américains descendant de la traite des esclaves sur le continent américain.

Il est en lutte depuis les années 60 pour la conservation de ses terres.

Population : environ 500.000 personnes

Les noms

 

Gullah peut provenir du nom de l'Angola mais aussi et plus certainement du nom d'un ou deux groupes ethniques de la côté située entre le Libéria et la Sierra Léone, les Gola et les Kissi.

Le nom Geechee quand à lui semble dériver du nom de la rivière Ogeechee près de Savannah en Géorgie.

Les origines

Selon les chercheurs ils viendraient de la façade océanique africaine des régions du Libéria, de la Sierra Léone et de l'Angola. Ils sont les descendants d'africains déportés entre 1600 et 1800.

La langue

Leur langue est un pidgin (créole), mélange d'anglais et de mots empruntés aux langues africaines dans lequel on retrouve selon les spécialistes au moins 4000 noms propres et 300 mots d'emprunts à des langues africaines comme les langues mandingues, wolof, fula, mende, vai, akan, ewe, umbudu et kimbudu.

Lien avec les Séminoles noirs

Les Gullah qui se sont enfuis des plantations à la période esclavagiste ont trouvé refuge auprès des amérindiens Creeks et sont à l'origine des Séminoles noirs.

 

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La période de l'esclavage

 

En 1619 accoste le premier bateau qui achemine des esclaves aux EU dans la colonie de Jamestown en Virginie.

Les populations d'origine africaine résistent mieux alors au climat propice à la malaria que les colons européens qui succombent au cours du XVIIe siècle.

La région exotique est exploitée à partir de 1900, des îles de Géorgie comme Cumberland, Jekyll, Ossabaw, Sapelo et St Simons qui deviennent des lieux de villégiature et des réserves naturelles. Hilton Head island devient l'une des principales destinations touristiques de Caroline du sud, cette île où résident les Gullah et y vivent surtout en autosubsistance leur est arrachée peu à peu.

 

Image Courtesy of the Library of Congress

 

 

Les révoltes contre l'esclavage

La rébellion de Stono dénommée aussi Conspiration de Cato est l'une des premières révoltes contre l'esclavage qui se développe sur le territoire américain.

Le 9 septembre 1739 les esclaves de Caroline du sud se rassemblent près de la rivière Stono et entament une marche pour la liberté.

Plusieurs éléments avaient motivé leur décision dont les épidémies de fièvre jaune qui avaient affaibli le pouvoir des propriétaires d'esclaves, les prémices de la guerre entre le Royaume Uni et l'Espagne et le fait que certains esclaves obtenaient leur liberté en s'échappant pour la Floride alors contrôlée par l'Espagne.

Au départ 20 afro américains marchent sur la route menés par Jemmy un esclave angolais avec des banderoles portant l'inscription Liberté ! chantant ce slogan revendicatif. Au pont de Stono ils s'emparent d'armes et de munitions , brandissent leur étendard et continuent ensuite leur route vers la Floride espagnole refuge des esclaves en fuite. En chemin d'autres recrues les rejoignent et ils sont alors 80. Ils incendient 7 plantations, tuent 20 blancs pendant ce temps s'organise la milice rassemblant des planteurs. Le jour suivant la milice les rattrapent, les capturent et les esclaves seront décapités, leurs têtes exposées tout au long de la route menant à Charles Town.

L'année suivante a lieu en Géorgie un autre soulèvement puis un en Caroline du sud, inspirés certainement par la rébellion de Stono.

La rébellion de Stono abouti a un moratoire de 10 ans sur les importations d'esclaves via Charleston et inclut un durcissement du code de l'esclavage avec par exemple l'interdiction pour les esclaves de gains d'argent et l'éducation. Même si pendant une année environ le nombre d'esclaves importé est réduit cela ne fera qu'empiré les décennies suivantes amenant la proportion de plus de 60% d'esclaves en Caroline du sud avant la fin des années 1700.

 

 

 

Le territoire

Ils étaient situés autrefois du sud de la Caroline du nord au nord de la Floride y compris en Géorgie et en Caroline du sud, y compris dans les îles voisines comme Sea Island.

De nombreux changements interviennent sur le territoire avec l'urbanisation et l'accès facilité par les routes se met en place l'industrie balnéaire juste à la fin de la culture du riz et met en péril l'existence même de la population Gullah en raison de la dépossession de leurs terres qui est en cours et contre laquelle ils ont peu de solutions qui s'offrent à eux à cause en partie de leurs conditions modestes (voir ci-dessous la vidéo en rapport).

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Nombreux déjà sont ceux qui se sont installés dans les centres urbains comme New York, Harlem, Brooklyn, tout en gardant néanmoins leur culture bien présente.

L'épicentre de la civilisation semble être Saint Helena au sud de Charleston, une terre baignée par les eaux de l'Atlantique où se mêles les marais peuplés de sweetgrass.

Les 9000 habitants de l'île sont propriétaires d'un terrain acquis par leurs ancêtres et quelques-uns y vivent encore des produits de la mer (crevettes, crabes, thon) en utilisant la technique ancestrale de l'épervier, un filet de forme conique pour pêcher la crevette.

Sur les terres les cultures maraîchères contribuent au mode de vie en autarcie.

Sur d'autres terres l'immobilier a dévoré les terrains achetés par les ex esclaves à leur libération à leurs anciens maîtres.

Dès la fin des années 50 on assiste à la hausse vertigineuse de la valeur d'un hectare de terrain sur le littoral Atlantique passant de 245 dollars à l'époque de l'achat des terres à 2 millions de dollars de nos jours.

Les propriétaires endettés ont dû céder leurs terres aux promoteurs et les Gullah ne possèdent plus qu'1/5e des terrains d'autrefois. Certains groupes immobiliers enclavent complètement les cimetières Gullah que l'on retrouvent au pied des complexes.

 

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Un passé bien présent et des traditions préservées

L'héritage africain est encore bien présent malgré le traumatisme de l'esclavage et les vissicitudes de la vie sur ce territoire notamment dans le domaine de la vannerie rappelant la culture de la côte occidentale de l'Angola ou de la Guinée ainsi que les traditions culinaires avec la cuisson du riz, la pêche traditionnelle.

Ce peuple est celui qui a le mieux conservé sa culture afrodescendante.

D'autres domaines sont également préservés comme l'héritage de la médecine traditionnelle et les connaissances des plantes inspiré par les hommes médecines portant le nom de médecins de racines.

Le rituel seekin est semblable aux rites de passage d'âge en Afrique de l'ouest.

La maison des louanges était le lieu dédié à la culture de la spiritualité.

Les histoires semblables aux rituels religieux d'Afrique occidentale et centrale avec les personnages du lapin de l'araignée et de la tortue intelligents et complices.

 

Leur culture se développe de façon distincte de celle des autres afro américains de Caroline du nord et de Virginie ou tous les esclaves vivaient en petits groupes et avaient peu d'interactions (ce qui était voulu par les planteurs pour empêcher les révoltes).

vannerie en sweetgrass à Charleston- By Mattstone911 - Own work, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=28513097

By Anonymous - The file was sent to me personally by email, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=37158122

 

Le riz

 

Au milieu du 18e siècle des millions d'acres de la Géorgie et de la Caroline du sud ainsi que les îles sont développés en rizières. La culture du riz laissent les "conducteurs de riz" africains et aussi européens responsables des plantations de riz. Les traditions africaines étaient régénérées par de nouvelles importations provenant des mêmes régions d'Afrique. Au fil du temps les Gullah développent une culture créole dans laquelle les langues, les cultures, le mode de vie communautaire africains sont conservés à un haut degré.

La culture du riz d'Afrique de l'ouest qui se répand en Amérique en Géorgie et en Caroline du sud provient des ancêtres africains des Gullah et s'est transmise grâce au savoir faire des déportés et des techniques culinaires africaines très proches de celles des Wolofs du Sénégal actuel avec l'utilisation du mortier et du pilon.

La culture des Gullah tourne autour de cette culture du riz ainsi que celle de l'indigo et du coton. Le sweetgrass sert à tresser des paniers qui servent pour le riz. La tradition artisanale est bien conservée.

 

La revendication des terres

Les terres communautaires sont en droit appelées "propriétés des héritiers".

Les Gullah sont les premiers habitants d'ascendance africaine des EU a posséder de nombreuses terres achetées par leurs ancêtres lors de la révolution américaine. Les propriétaires ont cherché à posséder ses terres en commun et au fil du temps elles ont été léguées à leurs héritiers sans acte officiel ni testament ou titre de propriété.

Les habitants ont développé un système informel de copropriété nommé la propriété des héritiers, le système assurait jusqu'à récemment la protection des terres car les familles dépendaient de la terre et les uns des autres. Aujourd'hui les promoteurs profitent de ce vide juridique pour acheter les terres parfois pour des sommes ridicules et parfois contre le gré de ceux qui y vivent.

 

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Le corridor Gullah

 

Une victoire a été obtenue par les Gullah en 2006 quand le congrès américain a adopté une loi sur le corridor du patrimoine culturel Gullah/Geechee prévoyant 10 millions de dollars sur 10 ans pour la préservation et l'interprétation des sites historiques liés à leur culture. Le corridor s'étendra du sud de la Caroline du nord au nord de la Floride et le projet sera administré par le service des parcs nationaux des EU avec la consultation large de la communauté Gullah.

 

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Des festivals culturels

Des festivals culturels ont lieu chaque année" dans les villes importantes de la culture Gullah entre autre à Hilton Heads island avec la célébration Gullah en février composée de différents spectacles dont la journée nationale de la liberté.

Sources : afrikara.com, geo, afropolitan, wikipedia

Deux chansons que l'on doit très certainement au peuple Gullah qui ont été connues par les versions folk de Pete Seeger : 

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