Betsabé Espinosa : Première femme à diriger une grève ouvrière en Colombie.

Publié le 8 Mars 2017

Par Mireya Andrade, Delegación de Paz de las FARC-EP  
 

Nous n'avons pas d'économie pour soutenir cette grève, nous avons seulement notre caractère, notre orgueil, notre volonté, et notre énergie : Betsabé Espinosa

Betsabé Espinosa, a été une femme audacieuse et brave qui en 1920 à l'âge de 24 ans a dirigé la première grève ouvrière de femmes en Colombie qui a totalement paralysé l'usine de tissus de Bello-Antioquia pendant plus de vingt-cinq jours. Elle a défié une société conservatrice et cléricale qui considérait que la femme ne devait pas sortir du foyer. 

“La fille naturelle” de madame Celsa Espinal, de laquelle elle prend son nom de famille, qui s'est diffusé par erreur comme Espinosa  a été baptisée dans l'église Nuestra Señora del Rosario de Bello en 1896. Consacrée complètement au soin de sa mère, elle n'a pas eu de frères, elle ne s'est pas mariée non plus, et ne laisse pas de descendants.

Entre 1890 et 1930 commence l'expansion du travail féminin dans quelques régions de la Colombie, tout spécialement à Antioquía, où elles ont été employées comme des maîtresses rurales et urbaines, des téléphonistes, des télégraphistes, des employées de bureau, des secrétaires, des dactylographes, ou des employées dans le commerce, les bureaux et les banques de Medellín et des municipalités voisines. Cependant les paysannes et les paysans étaient employés dans les exploitations de café, les fabriques de cigarettes et de textiless; seulement pour les femmes non mariées, parce que la société conservatrice de l'époque considérait que la femme mariée et avec des enfants n'abandonnait pas sa responsabilité sacrée de femme au foyer pour aller travailler.

L'usine de tissus de Bello employait des petits garçons, des petites filles et des femmes dans ses ateliers, plusieurs d'entre elles étaient âgées entre 13 et 15 ans, elles étaient obligées de rester célibataires, dans un état presque clérical (en 1920 73 % de la force ouvrière dans la Vallée d'Aburrá utilisait des femmes, des célibataires dans 85 % des cas), dont les journées de travail étaient de 12 heures, les contremaîtres les poursuivaient et  les abusaient sexuellement; de plus pour maintenir l'"uniformité" ils les obligeaient à travailler déchaussées.

Entre 1919 et 1920 il y a eu en Colombie 33 grèves de travailleurs cherchant à améliorer leurs conditions de travail. On se rappelle surtout des grèves des artisans de Bogotá, des mineurs de Ségovia, des cheminots du Magdalena, et des grèves des tailleurs et des cordonniers de Medellín, de Caldas, de Manizales et de Bucaramanga. Les hommes étaient les protagonistes de ces grèves.

Mais le 12 février 1920 la première grève organisée par des femmes est réalisée; c'est la protestation devant le désespoir, le mauvais traitement et l'exploitation. Dans cette circonstance une femme décidée et courageuse se distingue grâce à son don de commandement et un caractère robuste et qui pour ses 24 ans s'est distinguée entre ses compañeras comme oratrice née, et organisatrice des travailleuses de l'usine : Betsabé Espinosa.

Betsabé avec Matilde Montoya, Teresa Piedrahita, Carmen Agudelo,Teresa Tamayo et Adelina González ont pris la tête des 400 femmes et de 110 hommes employés dans l'usine; ils ont formé des comités contre la répression policière et ils se sont retrouvés à la porte d'entrée pour convaincre et pour inviter d'autres employés à partager la protestation. Elles ont été appuyées par toutes les femmes, et les hommes qui ont commencé à travailler ont été reçus par des moqueries et des railleries de la part des femmes. Cette grève s'est prolongée dans l'espace de 21 jours. Peu de minutes après le début de la grève ont été présents dans l'usine, le curé et les contremaîtres, pour les convaincre de céder. Le jour suivant, le maire de Bello et les autorités ecclésiastiques de Medellín.

Au troisième jour Betsabé a pris la tête d'un cortège qui s'est mobilisé à Medellín avec la pétition qui contenait les exigences suivantes : en premier lieu une augmentation des salaires, puisqu'elles touchaient entre $ 0.40 et $ 1.00  la semaine; tandis que les hommes, pour faire le même métier, gagnaient entre $ 1.00 et $ 2.70. Le travail de la femme était considéré comme complémentaire et c'est pourquoi il y avait une disparité.

Elles demandaient aussi de démonter le système d'amendes qu'elles devaient payer pour arriver en retard, pour être déconcentrées au travail, pour tomber malade, et entre autres qui les punissaient quand les contremaîtres considéraient qu'elles avaient refusé leurs avances sexuelles. C'est pourquoi elles exigeaient l'arrêt des poursuites. Ainsi que de réduire la journée de travail, de leur permettre d'utiliser des espadrilles; de diminuer la forte surveillance sur elles, les réquisitions et le traitement arbitraire.

Par l'initiative des journaux El Eespectador et El Correo Leinral, s'est mis en place à Medellín un Comité de Secours pour recueillir des vivres et de l'argent pour les grévistes, et les étudiants de médecine de l'Université d'Antioquia ont fait leur propre collecte. L'usine de tissus de Medellín s'est offerte de les soutenir pour qu'elles ne cèdent pas, pendant deux mois si nécessaire. 3.000 personnes ont réussi à se mobiliser en soutien.

Le 4 mars s'est terminée la grève, les ouvrières ont obtenu une augmentation de salaire de 40 %, une réduction de la journée de travail, de meilleures conditions d'hygiène, le licenciement des surveillants et des administrateurs ennemis des travailleuses et la régulation du système d'amendes.

Avant et après la grève on sait peu de choses de la vie de Betsabé. On croit qu'elle est partie de l'usine de Bello et qu'elle est allée travailler à Medellín, où elle a vécu dans une maison voisine du cimetière de San Lorenzo (aujourd'hui Niquitao), en compagnie d'une amie nommée Paulina González tout près de la maison de Marie Cano. Sa mort est due à une décharge électrique provoquée par un câble d'énergie tombé lors d'un orage dans la rue en face de sa maison, et elle a décidé de régler le problème de ses mains, elle a relevé le câble (primaire) et elle est tombée électrocutée. Elle est arrivée en réanimation à l'hôpital mais ils n'ont pas pu la sauver. Cela s'est passé le 16 novembre 1932, à l'âge de 36 ans.

Sa lutte a servi d'exemple à l'organisation des ouvrières Téléphonistes à Bogotá et à Medellín, ainsi que pour stimuler le soutien des secteurs les plus progressistes de l'époque aux grèves ouvrières et aux luttes sociales. Les femmes se sont levées contre la guerre, pour la paix, en défense des aliments, de l'eau, de la santé, de l'affection, de l'amour, du travail, de l'éducation, de la résistance à l'oppression; en revendiquant d'être traitées comme des humaines avec dignité et avec des droits. avec pour exemple cette grève qui a immortalisé Betsabé Espinosa.

Liens en espagnol pour compléter et sources de l'article de Mujer fariana :

 
Traduction carolita d'un article paru dans Paz con justicia social :
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