Mexique- Crises et répression d'état. Quelques vents de la tourmente

Publié le 23 Janvier 2017

Tuxtla Gutiérrez, Chiapas. Pozol. Le 10 janvier. - C'est plus simple qu'il n'y paraît, pour toutes les divisions et les différences sociales, au Mexique comme dans le monde, il y en a une qui est déterminante sur plusieurs autres qui peuvent exister : la division entre riches et pauvres, exploités et exploitants. Il y a là deux temps qui se distinguent, le temps d'en- haut et le temps d'en- bas.

Dans le temps d'en- bas, aujourd'hui les mobilisations sont nouvelles dans la protestation pour le prix de l'essence qui, en général, augmente selon le coût de la vie. Dans le temps d'en-haut, la classe politique comme une passerelle continue d'inaptitude, de délinquance, de corruption, de violence et d'impunité, montre son insensibilité et son manque d'intérêt du peuple et, au contraire, rend sa moquerie et son mépris évident pour ceux d'en- bas. Là, où ceux d'en-haut voient un jeu et une affaire, les médias “de communication“ de paiement transforment les protestations en maladie et du fait de communiquer la non-conformité ils passent à la moquerie. La nouvelle est une marchandise qui se bande le visage. Depuis En-bas  se refuse la répression et, surtout, se cachent les causes réelles du mécontentement social. Dans cette rivière facile à manier ne manquent pas les hommes politiques de tout le spectre politique qui, attentifs, calculent le meilleur moment pour adhérer et pour diriger, pour administrer et vendre la rage qui surgit d'en- bas. Dans ce chaos tous ceux d'en- haut gagnent, les seuls qui perdent toujours sont ceux d'en- bas .

Dans cela le tourbillon qui coûte tant et fait tant de mal en- bas et vend tant là-haut, dans les protestations populaires comme dans la répression de l'État il y a, nous croyons, au moins deux moments nécessaires pour aborder une tentative d'analyse : 1, qui correspond à la conjoncture de la protestation / répression; et 2, qui va un peu plus loin c'est-à-dire qui donne lieu et substance à ce qui aujourd'hui est une conjoncture. C'est, au coeur du problème : le capitalisme et sa logique d'accumulation.

Les réformes structurelles, ou bien la législation du pillage national de la part de la classe politique - patronale, a été amplement remise en question par les mouvements sociaux et ceux qui ont mis en garde le reste de la société sur l'imposition violente des dites "réformes" pour toute la classe travailleuse. Bien que cette violence d'état soit une activité permanente, jusqu'à présent le coup n'était pas devenu si évident envers le peuple non-organisé, ainsi également qu'un rejet populaire si répandu n'ait été démontré.

Tout au long du pays, les protestations se sont faites de façon pacifique. Des mobilisations en Basse-Californie,  dans le Durango,  dans le Sinaloa,  le Sonora, le Nuevo Léon, le Campeche, le Chiapas, Mexico, pour en mentionner certains, donnent une idée de l'étendue du mécontentement devant les politiques de l'État qui affectent, chaque fois avec une plus grande intensité, la vie de la classe travailleuse. La réponse du gouvernement à ces protestations pacifiques a été la répression violente, selon des chiffres officiels maniés par le Ministère de l'Intérieur, ce sont 1500 personnes détenues, mais ils omettent, au moins, deux personnes assassinées par la police à Ixmiquilpan, Hidalgo, qui s'ajoutent au solde jusqu'à présent de cette vague répressive. La population des villes et des régions du pays jusqu'à présent étrangères aux mobilisations populaires ont senti de près la brutalité policière, le cercle de renseignements et le cynisme gouvernemental qui maintenant sur ceux-ci s'étend, quand avant c'était seulement une réalité lointaine et à peine visible dans ces géographies.

La militarisation dans le pays était un lieu commun pour les mouvements subversifs principalement pour le sud -sud-est du pays et, depuis la période criminelle de six ans de Felipe Calderón dans sa guerre supposée “contre le narco”, cette militarisation a avancé sur d'autres territoires dans une guerre qui était, et l'a toujours été, contre le peuple mexicain.

Sur les terres zapatistes ainsi que sur les territoires rebelles des peuples originaires du Mexique qui s'organisent contre le crime fait par le gouvernement, la répression et le harcèlement policier- militaire et paramilitaire est une chose de tous les jours; pour les organisations sociales, les syndicats et les collectifs qui protestent contre le gouvernement, la répression, la surveillance, la poursuite et la mort de la part de l'État n'est pas non plus nouvelle comme cela l'est pour ces géographies qui aujourd'hui se rebellent devant la hausse des prix des combustibles. La répression violente, la campagne de désinformation et de discrédit ainsi que les morts que l'État a orchestrées contre le mouvement enseignant en 2016 qui protestait contre l'introduction de la dénommée “réforme éducative” acquièrent maintenant une autre dimension pour le gros de la population.

Cette violence d'état déjà , ils en souffrent aussi à présent, eux qui sont aussi nommés maintenant vandales et violents de la même façon que depuis le gouvernement et les médias “de communication“ ont été qualifiés les enseignants et la société civile qui s'est ajoutée aux protestations.

Pour donner une idée, le rapport des violations des droits de l'homme “‘Operativo Oaxaca, le 19 juin”,  documente le racisme, la brutalité policière et l'assassinat avec l'usage d'armes de haut pouvoir contre la population civile de Nochixtlán, Oaxaca, le 19 juin 2016, même contre ceux qui n'étaient pas présents pendant la protestation. Aujourd'hui, encore une fois, la violence du gouvernement a été dénudée bien que maintenant sur une plus grande échelle. Les gouvernants se démasquent et se montrent comme ce qu'ils sont, les policiers qui soignent les intérêts de la grande entreprise. Pour beaucoup qui, en apparence, avant se semblaient rien à voir avec la protestation sociale sont maintenant victimes de la criminalisation que l'État fait de la mobilisation populaire. La violence policière - gouvernementale qui a couvert maintenant les géographies d'Ixmiquilpan ou de Rosarito, par exemple, additionne à la fin une histoire d'offenses contre la mobilisation populaire.

Et c'est ici où il faut faire une précision sur la conjoncture. Ce qui s'observe comme un problème dérivé uniquement de la rapacité insatiable et du cynisme démesuré d'une classe politique et patronale qui n'a pas de moindre réserve dans le fait de montrer son visage criminel en face des nécessités du peuple, n'est que la surface, à peine, d'un problème beaucoup plus grand : la crise répandue d'un système d'organisation sociale, économique et politique qui dans sa violence annonce sa décadence.

Depuis des années, le zapatisme dénonce l'accentuation de la crise du capitalisme, surtout pour les peuples originaires. Cependant LA TEMPETE, comme l'EZLN l'a dénommée en ce moment historique, ne se limite pas aux peuples autochtones mais elle menace toute la classe travailleuse, tous ceux et toutes celles d'en bas.

Le pillage territorial dont les communautés rurales souffrent de la part du grand capital à travers des mégaprojets qui pillent la terre, l'eau et la forêt – comme il y a 500 ans le faisaient les autres conquistadors - dans des territoires urbains on observe aussi à travers des pillages dans les quartiers marginalisés qui prétendent être convertis en de nouvelles zones d'élite pour ceux d'en-haut, additionné à l'augmentation du chômage et de la précarisation des conditions de travail des "privilégiés"qui conservent encore des emplois mais de plus en plus rares. Et dans les deux espaces, urbains et ruraux, l'augmentation de la pauvreté et l'exclusion galopante d'un grand secteur de la population est maintenant plus évidente, de la même manière que maintenant ce le sont les effets de la "réforme" énergétique et comme seront vus du reste les autres "réformes" structurelles.

La crise que le grand capital observe dans le moment actuel se dépasse momentanément au moyen du pillage des territoires ancestraux, à travers la spoliation des droits humains de la classe travailleuse, ainsi que la revitalisation fictive de leurs sources de profits.

 Ce pillage se légalise grâce à l'introduction de réformes structurelles qui pillent le peu qui reste dans les États nationaux.

S'il y a quelques années l'avertissement que le zapatisme faisait seulement partie d' une ère perceptible pour plus d'invisibilités de cette société c'est-à-dire pour les peuples originaires, maintenant la guerre – un autre concept de plus que l'EZLN a re signifié pour comprendre l'actualité - la vivent dans les rues ceux qui n'avaient pas encore remarqué que les effets (et avec celle-ci toute sa violence), allaient les atteindre. Pour ceux qui gardent encore un espoir dans les partis politiques et les caudillos pour surpasser la crise, cet espoir perd de plus en plus de sens.

Donc les augmentations de prix, du chômage, la migration, la précarisation de l'emploi, la spoliation, la répression et la pauvreté ne sont pas des effets passagers mais permanents, de l'introduction de réformes structurelles dans le rajustement du capital pour continuer son chemin insatiable d'accumulation à tout prix. Ce qui semble aujourd'hui encore une crise des cycles du capital  ne consiste qu'en de grands coups de vents les plus évidents d'une tempête sans aucun précédent dans l'histoire, en ce qu'elle fouette l'humanité.

Et la tempête montera d'un ton, il n'y a pas besoin de continuer à se tromper de ce que cette "crise" va se surpasser et c'est une question de temps. Elle ne cédera pas non plus devant des "changements" éventuels chez les dirigeants du chaos : aucun parti politique n'a signalé la véritable origine de la crise, aucun homme politique n'a attenté – ni dans le discours même - contre les intérêts de la grande entreprise et moins encore, à la logique du capital. Non, par le chemin qu'ils nous ont signalé là-bas  arrive non seulement la tempête et elle ne s'arrêtera pas mais elle s'accentuera à moins que l'organisation et la résistance contre le capital ne vienne depuis en-bas, comment les peuples originaires l'ont indiqué, en organisant le mécontentement et en construisant de nouvelles formes de relation sociale et de gouvernement.

Devant les temps abominables que les mêmes d'en-haut font souffrir aux peuples et devant la catastrophe que la politique d'en-haut a provoquée en- bas et l'a étendue vers la nature, il semble que c'est déjà le temps de ceux d'en- bas. Et que c'est, déjà, l'heure des peuples.

Traduction carolita d'un communiqué paru dans Pozol.org le 10/01/2017 : 

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Mexique, #Le chiapas en lutte

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