La voix des peuples : Aimé Paine

Publié le 9 Janvier 2017

Chanteuse folklorique et porte-parole du peuple Mapuche, Aimé Paine a été l’une des premières chanteuses à se produire en langue mapudungun (idiome des Mapuche) et en costume traditionnel.

Cette chanteuse a la capacité vocal impressionnante, au timbre pur et profond a été un symbole essentiel de la culture Mapuche et ce de par le monde.

Elle maîtrisait l’ensemble des instruments de musique Mapuche, aussi bien les cascahuillas que le kultrun, la pifilca, la trutruca.

J’avais envie de vous la faire connaître et qu’elle figure sur ce blog parmi les Femmes pas comme les autres.

Elle naît à Ingeniero Luis.A.Huergo en Argentine le 23 août 1943 sous le nom d’Olga Elisa Paine dans une famille à la double appartenance Tehuelche/Mapuche.

On pense mais sans preuve formelle qu’elle est la petite-fille d’un cacique Tehuelche de Ranquelino, le lonko Paine Nguru.

Le prénom Aimé est un nom qu’elle prend pour sa carrière car il reflète mieux l’appartenance Mapuche que ses prénoms originaux.

Ce prénom qui a la même signification que le prénom français n’en est pas moins un prénom d’origine Mapuche et dans la langue mapuche il signifie : coucher du soleil rouge.

Aimé est le deuxième enfant d’une famille nombreuse, d’un couple composé d’une maman Tehuelche et d’un papa Mapuche.

Sa mère quitte son mari Mapuche et Aimé sera séparée de sa communauté car son père va être obligé d’aller chercher du travail et ne pourra pas s’occuper de ses enfants. Elle ira ensuite dans un orphelinat, le couvent colegio Maria Auxiladora de Mar del Plata, ce qui va l’éloigner de sa ville natale, de ses origines et de sa culture.

Alors qu’elle est dans ce couvent, elle chante dans la chorale de chants grégoriens.

Un couple qui cherche à adopter une fille, la choisit au milieu de tant d’autres après avoir entendu sa voix magnifique.

La musique a toujours fait partie de sa vie, elle rêve de devenir chanteuse.

Elle étudiera la musique avec des professeurs privés (la guitare avec Roberto Lara et le chant).

A l’âge de 29 ans en 1973 elle entre au chœur national polyphonique et découvre ce que la musique signifie pour elle. A cette occasion à Mar del Plata elle découvre que tous les pays participant avaient préparé une chanson d’un de leurs peuples indigènes, tous sauf l’Argentine ce qui provoqua chez Aimé une grande honte et c’est ce qui la décidera à s’engager dans une carrière musicale pour changer l’indifférence générale du moins de sa propre ville.

Elle découvre aussi que la musique mapuche est une véritable attraction spirituelle.

Elle sera la première femme mapuche qui se déplaçait vêtue de la robe traditionnelle, la première à chanter en mapudungun et à expliquer la culture Mapuche.

Ces chansons racontent les histoires Mapuche et Tehuelche mais pas telles qu’elle les a entendues de ses aïeules car elle en a été séparées, c’est par un travail de réappropriation.

Elle transmet son espoir à ses frères, lève leur voix, demande la justice et la paix, tout en la portant un salut fraternel à d’autres peuples parfois comme les Guaranis ou les Kollas.

Sa voix pure était déterminée, son grand courage et son opiniâtreté lui ont valu la reconnaissance publique et l’officielle.

Elle disait par exemple :

« Nous, Mapuche, sommes une grande famille aujourd’hui divisée par les frontières d’état imposées ».

Elle avait confiance en l’avenir même si celui-ci semblait si sombre pour son peuple.

Quand on parle de la conquête espagnole, vient à l’esprit des connaisseurs la campagne terrible de la conquête du désert.

Pour autant de nos jours le peuple Mapuche subit la répression, la discrimination, le racisme, les emprisonnements de ses leaders et autorités traditionnelles ainsi que l’usurpation de ses territoires. Un grand mépris règne aussi bien au Chili qu’en Argentine envers le peuple Mapuche qui pourtant est l’un des derniers à avoir survécu au colonialisme.

« J’attends et je rêve qu’une fois en Argentine, de même que d’autres peuples, nous Mapuche parlions aussi notre langue et nous sentions heureux d’être nous-mêmes ».

« Nuestro pueblo no ha muerto, aun existe y seguirá existiendo »
« Notre peuple n’est pas mort, il existe encore et continuera d’exister »
Disait-elle à chaque sortie en public.

De nos jours en Argentine (à Buenos Aires, à Puerto Mandero) des institutions, écoles, bibliothèques, chorales, rues rendent hommage à cette femme connue de par le monde.

A la Casa Rosada, siège de la présidence argentine, un portrait d’elle est affiché.

Aimé décède prématurément à l’âge de 44 ans, à Asunción au Paraguay le 10 septembre 1987 ; victime d’un accident vasculaire cérébral.

Ici sa mémoire reposera au milieu des siens ainsi que des autres peuples originaires.

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