Honduras- L'assassinat de Berta Cáceres ne freinera pas la vie du peuple Lenca

Publié le 28 Janvier 2017

Entrevue de Tomas Gómez, coordonnateur du COPINH au Honduras : “L'objectif de l'assassinat a été d'arrêter l'exigence du territoire lenca, mais aussi de freiner le soulèvement d'autres communautés. Avec l'assassinat de Berta ils voulaient détruire une organisation comme le COPINH qui est belligérante, qui mobilise les territoires et qui s'affronte aux concessions qui nous tuent à petit feu parce qu'elles nous prennent notre souveraineté alimentaire, après nous avoir pris l'eau, la terre, l'oxygène et le pouvoir de produire.”

C'est la conclusion essentielle à laquelle on arrive après un échange avec Tomás Gómez, coordonnateur du COPINH, organisation civique des peuples originaires du Honduras. Pendant les Paradigmes Emancipatoires, l'événement qui a été réalisé à La Havane du 10 janvier au 13 janvier, le conflit culturel autour du développement en Amérique Latine se distingue comme l'oeil d'un ouragan qui laisse de nouveaux et tristes ravages dans la région. Cependant, ce leader indigène vient nous rappeler que la temporisation du sujet a à voir, surtout, avec une dette historique, d'une reconnaissance et d'une inclusion culturelles jamais soldée.

Le dialogue que le brésilien Paulo Freire proposait reste aussi apathique. Cependant le désaccord limite la refondation comme rêve indigène et proposition et d'autres secteurs, encouragent la récurrence à la guerre et la perte de vies, silencieuse ou sonore.

La recolonisation du Honduras

En tant que peuple lenca nous sommes dans quelques départements du Honduras, 8 des 18 du pays. Notre territoire est riche en or, en eau, en argent, en bois, de toutes les richesses naturelles. Mais en même temps nous sommes un peuple différencié, un peuple indigène qui lutte pour la défense des biens communs de la nature, ce qui se traduit dans l'affrontement des monstres, comme nous le disons, qui est le système néolibéral capitaliste et son assaut contre les peuples.

Quand c'était le moment du pillage, de la colonisation, de l'invasion brutale envers les communautés indigènes ils ont cherché la façon de replier les peuples vers des lieux où il y a beaucoup de collines, dans les endroits arides où il n'y a pas de richesse, où réellement les peuples ne pouvaient pas produire. Mais, avec le cours du temps, ceux-ci ont survécu en cultivant la terre, ils ont pu se développer.

À partir de toute la ruée des ajustements structurels, comme ils appellent le Fonds monétaire international, on dit que c'est sur les territoires indigènes où se trouve la plus grande richesse naturelle. Le pouvoir économique les voit comme des endroits pour faire beaucoup d'argent, et ils voient, de plus, la main d'oeuvre bon marché, la soumission du peuple, le pillage des territoires, le pillage et l'extermination des communautés.

Pendant les années 80 et 90 arrive 5 % de la privatisation des territoires, qui continue d'augmenter à présent. Mais, en même temps, la population indigène a été qualifiée en tant que minorité. Nous sommes 9 peuples autochtones, différenciés comme peuple lenca, mais il y a aussi les peuples Garífunas, Maya chortis, le peuple Misquita et tant d'autres. Nous avons fait quelques enquêtes et plus de 50 % de la population est d' origine indigène. Cependant, l'État, à travers ses méthodes d'éducation, de recensements de la population diminuait la population parce que ce qui l'intéresse c'est qu'il n'y ait pas d'indigènes et ainsi éviter de les aider, la plus grande protection de notre lutte se fait depuis l'autonomie et l'autodétermination des peuples.

Dans l'engrenage de l'État il n'y a jamais eu de garantie constitutionnelle qui puisse faciliter notre développement, avec nos croyances et culture. Il y a eu plutôt une politique d'extermination, par exemple, l'église catholique et l'évangélique ont joué un rôle au bénéfice de ce pouvoir économique et politique et ils ont cherché la manière d'essayer d'éliminer toutes les formes de croyance des communautés indigènes et de la vie comme nos activités cérémonielles.

Résistance et organisation

Ils voient que la Constitution de la République nous abandonne en tant que peuples autochtones, mais ils ne voient pas qu'il y a des villages résistants.

Quand sont venus les colonisateurs, Lempira qui était un leader indigène d'une tribu du peuple lenca, et d'autres leaders s'unissent pour lutter. Le peuple lenca a été plus frappé, mais aussi plus exterminé dans sa langue. Ils ont cruellement soumis plusieurs indigènes parce qu'ils n'étaient pas compris quand ils parlaient. Mais aussi, à partir de là, nous apportons dans notre sang la rébellion et c'est pourquoi ils assassinent notre compañera Berta Cáceres.

Le Conseil Civique des Organisations et des Peuples autochtones du Honduras (COPINH) surgit en 1993 pour revendiquer notre identité culturelle et pour défendre nos biens communs de la nature, pour lutter contre un pouvoir ou des pleins pouvoirs hégémoniques, le politique et l'économique; et  dans ceux-ci pour pouvoir accaparer les territoires, ils ont l'exécutif et le judiciaire. Le COPINH est organisé comme alternative au modèle d'ajustement structurel.

Le COPINH est un référent de résistance, de proposition, d'inspiration pour d'autres territoires, par exemple, les paysans, qui ont aussi une origine indigène. Ils sont conscients de l'importance de suivre le chemin que le peuple lenca a construit .

Nous avons vu la résistance qu'a eu et continue d'avoir le COPINH à Río Blanco, à Atlantida. Il y a eu aussi des soulèvements territoriaux, municipaux qui ont réussi à arrêter quelques concessions sur leurs territoires, ou les nommés chapitres ouverts dans les mairies officielles. 

Cette proposition a percé non seulement le territoire hondurien parce que nous avons pu voir que quand nous nous trouvons avec des compañeros et des compañeras du Guatemala, du Nicaragua, du Costa Rica, bien que celui-ci mentionné soit d'un autre contexte, nous sommes d'accord sur la nécessité de la construction depuis en bas et qui soit pluriculturelle qui soit une proposition comprise de tous les secteurs sociaux d'un pays.

Plus de privatisation

À partir de 2000 jusqu'à l'actualité, il y a une plus grande présence dans le pays d'entreprises privées pour comme ils le disent permettre le développement économique au Honduras. Mais ce n'est pas ainsi. Ils nous mettent dans des régimes spéciaux qui étaient avant les villes modèles et qui sont maintenant des Zones de Développement et d'Emploi Économique, lesquelles sont pour des régimes, par exemple, agroindustriel, énergétique, minier, touristique,ou bien, ont 13 branches et cela signifie que de 25 % du territoire hondurien concédé au pouvoir économique et politique transnational aujourd'hui on en est à 35 %.

Cela s'est traduit par plus d'organisation et de lutte, mais aussi par un plus grand danger parce que le même État créait des lois pour favoriser l'entreprise privée, mais aussi pour mettre en désavantage les communautés indigènes. A partir de là nous avons cherché notre autonomie et notre autodétermination en tant que peuples autochtones.

Refonder depuis en bas

Le COPINH a toujours cru nécessaire la refondation du pays. Nous ne parlons pas seulement de la constitution, mais, en premier lieu, il est nécessaire de changer la pensée capitaliste patriarcale pour de suite travailler pour une nouvelle assemblée nationale constituante, avec une construction depuis les fondations, et ainsi de créer une constitution qui garantit et veille à la multiculturalité qui existe dans les communautés, qui en termine avec ces formes de criminalisation, de stigmatisation et d'assassinat envers les communautés, où nous avons le droit en tant que peuples autochtones de nous attaquer aux entreprises qui nous affectent, où il y a une inclusion et non une exclusion. Notre lutte est pour qu'existe un processus de consultation à base de l'Accord 169 de l'Organisation internationale du Travail.

Nous croyons que nous maintenons cette lutte au niveau des réseaux d'organisations qui existent au Honduras et dans les communautés. Nous avons fait deux rencontres pour la refondation du pays, l'une avant le coup d'État et l'autre après, où la Déclaration des caminatas résume notre position sur ce que ce doit être la constitution de la République. C'est un autre défi parce que le pouvoir économique et politique pose une nouvelle constitution, mais il a déjà des propositions de la part des peuples autochtones.

L'investigation autour de la leader Berta Cáceres

L'objectif de l'assassinat a été d'arrêter une exigence de territoire lenca, mais aussi de freiner le soulèvement d'autres communautés. Avec l'assassinat de Berta ils voulaient détruire une organisation comme le COPINH qui est belligérante, qui mobilise les territoires et qui s'affronte aux concessions qui nous tuent à petit feu parce qu'elles nous prennent notre souveraineté alimentaire, après nous avoir pris l'eau, la terre, l'oxygène et le fait de ne pas pouvoir produire. Ce qu'ils veulent consiste aussi en ce que nous soyons des ouvriers du patron et en ce que le propriétaire unique du territoire soit l'entreprise privée.

Ils voulaient freiner d'autres soulèvements de l'Amérique centrale, surtout dirigés par des femmes et qui ont une posture contre le patriarcat. Ce processus menait à la libération de beaucoup de peuples autochtones. Quand il y a une organisation, un village, une femme coordonnés cela signifie une forte menace pour le pouvoir économique et politique, la Banque mondiale. Nous avons aussi pu arrêter un prêt millionnaire,de plus de 30 millions de dollars qu'allait donner à Sinohydro le Honduras.

Quand on voit que Berta fait plier le bras de ce pouvoir de la banque économique mondiale, d'abord ils la criminalisent, ils veulent ensuite l'emprisonner, tentent de l'assassiner et la menacent pour qu'elle arrête et laisse tomber cette passion et il y a eu aussi des campagnes dans les médias contre le COPINH.

L'entreprise DESA chaque semaine imprimait un dossier avec environ 15 ou 20 pages décrivant avec profusion de détails qui est le COPINH, en disant que nous gênons le développement, que nous avons des liaisons avec le trafic de stupéfiants, et ils le font encore. Il y a actuellement plus de 25 compañeros menacés; la coordination générale, également, avec quelques attentats.

Le cas de Berta Cáceres est resté dans l'impunité. L'État ne veut pas qu'il commence à s'éclaircir parce qu'il y est impliqué ainsi que quelques facteurs, l'entreprise privée, le pouvoir politique du pays. S'il y avait une justice le premier à être emprisonné serait Juan Orlando Hernández parce qu'il était président du Congrès National quand il a approuvé cette concession. Ils ne veulent pas toucher les acteurs matériels ni les intellectuels.

C'est pourquoi nous avons demandé l'installation de la Commission indépendante, l'annulation de 50 concessions auxquelles s'opposent le COPINH, l'annulation de la loi d'industrie minière. Ils voient qu'il n'est pas nécessaire de suivre avec l'investigation, mais de la rallonger pour qu'elle reste dans l'oubli. Nous n'avons pas confiance parce que les mêmes organismes qui voulaient faire barrage à Berta sont ceux qui portent le cas. Cela continuera dans l'impunité tant qu'il n'y a pas de commission indépendante, et des experts et  expertes sur des sujets qui ont à voir avec l'engrenage de l'État hondurien.

Les demandes continueront

Avec la DESA, la propriétaire du complexe hydroélectrique de Agua Zarca il y a quelques facteurs comme les banques intermédiaires, nationales et la banque Centroaméricaine d'intégration économique, la banque finlandaise, Finn Fund et la Hollandaise FMO. Ces fonds passent à la banque Centroaméricaine d'intégration économique. Berta comme coordinatrice avait envoyé quelques lettres aux banques finlandaises et hollandaises en leur disant qu'elles ne pouvaient pas investir dans le projet parce qu'il y avait des illégalités, des inconsistances et des violations des droits des peuples autochtones. Les banques l'ont ignorée. En 2016 quand est assassinée Berta ils émettent un communiqué où ils disent qu'ils n'appuieraient plus le projet.

Si la banque avait renoncé à financer, il est possible que Berta serait en vie, si l'État avait arrêté le projet Agua Zarca à ce moment-là, Berta serait en vie. Aujourd'hui il existe une procédure d'où la banque finlandaise veut sortir amicalement, où cela ne génère pas de non-conformité de la communauté. Mais la communauté de Río Blanco a été emphatique,elle a réclamé que soit laissé le financement d'environ 50 concessions, et elle a dit qu'il n'y a pas de conditions pour faire une consultation sur le territoire parce qu'elle avait déjà informé de l'illégalité du projet avant l'assassinat de Berta Cáceres. Celles-ci sont des demandes que nous continuerons en 2017.

Autodéveloppement communautaire

Nous sommes une organisation antinéolibérale, anticapitaliste, antipatriarcale et antisystémique. Le COPINH surgit pour revendiquer nos droits, et ce que nous développons dans différentes communautés c'est l'éducation politique principalement pour être autonomes, en pariant sur le développement communautaire où il y a des productions alternatives, où il y a du maïs, des haricots, des oranges, du café et qui est cette source économique des communautés. Nous parions aussi sur l'amendement organique.

La proposition première c'est l'accès à la terre et à la possibilité de production. La communauté de Río Blanco devait encore sortir à hauteur de 2013 pour acheter du maïs à deux départements, Intibucá et  Santa Barbara parce que l'entreprise DESA avait usurpé tous les territoires des communautés indigènes où on pouvait produire du maïs. Quand la terre a été récupérée, en tenant compte qu'il y a un titre de 1847, un titre ancestral remis par la couronne, ils ont commencé à semer des produits et aujourd'hui il n'y a pas de crise alimentaire, et ils vont dans ces départements vendre leur maïs.

Les autres aspects en plus de la souveraineté alimentaire, c'est la santé alternative, et nous parions sur une école avec un objectif interculturel, bilingue, comme nous le sommes, où il y a des infirmiers et des personnes qui s'y préparent. Un autre aspect c'est l'éducation parce qu'aujourd'hui tout est de la marchandise, parce que même notre santé c'est une marchandise, alors que nous croyons qu'il s'agit de quelque chose de collectif, et c'est pourquoi, nous créons ces formes alternatives au modèle néolibéral qui affecte notre peuple.

Source : ALAI

Traduction carolita d'un article paru dans Desinformémonos le 24 janvier 2017 :

 

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #indigènes et indiens, #Honduras, #COPINH, #Lenca, #Berta Caceres

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