Pablo je t’écris

Publié le 23 Septembre 2016

Pablo je t’écris

Peinture d'Oswaldo Guyasamin

Pablo je t’écris
Depuis le monde des hommes
Ici tu sais, rien n’a changé
A feu et à sang
Les lignées d’épines
Les flux mortifères
Epandent sur la terre
Leurs ferments maudits.

La terre-mère gémit
Dans un soupir elle étire son patrimoine
Les espèces gémissent
Dans des registres elles étirent leurs noms
Classées en ordre de disparition
La mer ta mer si chère est devenue poubelle
Les poissons luttent contre un ennemi inconnu
La terre ta terre si chère
Tremble de colère
Si peu de respect lui es dû
Les hommes se battent le sang est à la une des actualités
Les monstres accapareurs sont toujours les mêmes
Ceux que tu connais
Que tu as dénoncé
Les gusanos les vers maudits
Camouflés sous les compagnies dites multinationales
Edictent leurs lois aux valets de pied
Sans âme ils dépouillent les peuples
Les privent d’air d’eau de terre
Les privent de vie
Ils s’en moquent les fumiers.

La politique est une immense débâcle
Le peuple parfois lève le poing
Il y a encore des énergies
Mais je sens bien qu’elles ne sont pas légion.
Abya Yala Notre Amérique
Voit au loin la silhouette de Marti
S’éloigner avec son compagnon le Che
Ils ont dû se battre pour rien
Les révolutionnaires ont du plomb dans l’aile
Et l’aile de la loica est trouée.

J’évoque pour toi l’arbre de vie
Le ceiba ou fromager aux racines ténébreuses
Porte ouverte de l’inframonde
J’évoque pour toi l’araucaria
Qui a semé ses graines caloriques
Le coihue l’alerce le keule
Vont devenir des espèces menacées.

J’évoque pour toi le tricahue
Ses vols vert et bleu
Ses cris de perroquet
Le picaflor qui collecte son nectar
Le chat des Andes qui a bientôt disparu
Seul le guanaco peuple encore la cordillère
De son ardente vie.

Ton fier peuple araucan
Les Mapuche livrent toujours leurs batailles
Montés sur leurs chevaux
Vêtus de leurs ponchos
Au son du kultrun ils dictent les mots de lutte
Des paroles entières qui vont droit au but
La terre leur est volée
Leurs droits bafoués
En prison les machis
Croupissent
Mais vaillant ce peuple aux deux poings levés
Est un exemple pour la terre entière.

Au Chiapas et au Mexique les peuples sont en lutte
Ils ont dans le sang la terre l’ejido obtenu par la révolution
Ils ont dans le sang la culture porteuse d’espérance
Tout comme les indiens du nord qui luttent pour l’eau la vie.

L’Amérique perd peu à peu son leadership
Les yankees gagnent du terrain
Le socialisme semble vivre ses dernières heures
Notre Chavez a emporté avec lui la clé de la réussite.

A Cuba les Castro sont toujours là
Bon pied bon œil la révolution persiste
On craint la suite
Mais que faire
La vie n’est pas extensible
Et les acquis doivent être scellés
Dans le marbre de la lutte
Pour persister.

Pablo je t’écris,
D’un monde qui semble oublier ses devoirs
D’un monde qui pourrait être idéal
Si argent pouvoir domination esprit de conquête
Tombaient aux oubliettes.

Les nuées brunes avancent vite
Telles des nuées elles envahissent même la brume
Les relents fascistes prolifèrent dans les ondes
La peste n’est pas morte
La peste veut tuer.

Parfois on s’en prend à se dire
Que les hommes en général sont mauvais
C’est oublier cette petite poignée d’hommes
Qui savent changer les choses
C’est oublier cette petite poignée d’hommes
Qui peuvent changer les choses.

C’est oublier la poésie
Qui a volé à la rose sa douceur
Et s’est armée de ses aiguillons de fer.
C’est oublier le sacrifice de nos combattants
Qui ont volé au pouvoir du fric la teneur du propos
Qui ont permis d’élever bien haut
La pensée révolutionnaire.

Il est des hommes bons
Il est de bons humains
Il est bon de rencontrer des esprits partageurs
De hisser sur nos têtes une armée d’oiseaux
De lire chaque jour des mots choisis
De penser à tes rêves
Se perfuser de tes écrits
Apprendre à travers toi
Tout connaître
Tout transmettre.

Il est bon de savoir qu’un jour un Pablo naquit
Pour nous offrir les lignes de la vérité
Il est bon de savoir qu’un jour tout était dit
Qu’il suffit de relire pour tracer son chemin.

Pablo je t’écris de ce monde que tu as connu
Qui a perdu son poète
Qui ne l’a pas compris
Quand dans son agonie il a montré du doigt :
L’assassin
Oui l’assassin avait déjà frappé.
La poésie est une arme qui fait trembler même les bourreaux
Le poète est un ennemi à éliminer.
Les mots sont donc plus forts que les épées
Les poèmes plus forts que les bombes.

Ecrivons alors, écrivons :
Gouttes de rosées,
Opales rimées,
Obsidienne en prose
Quartz de rimes embrassées
Plume de granite trempée dans l’encrier de Neruda
Plume de jaspe rouge trempée dans le rio de demain.

Carole Radureau (09/09/2016)

La mort du monde tombe sur ma vie.

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