Pequeño vals vienés

Publié le 19 Août 2016

Pequeño vals vienés

Federico Garcia Lorca assassiné par la junte franquiste le 19 août 1936.

Petite valse de Vienne

À Vienne, il y a dix jeunes filles
Et la mort qui geint sur une épaule
Un arbre aux colombes pendues
Et un fragment de l’aube
Une galerie aux mille fenêtres
Dans le musée des rimes

La la la, li la la...
Prends cette valse mon amour et serre les dents

Cette valse, valse, valse et valse
Oui, c’est la mort et le cognac
Qui s’écoule lentement vers la mer
Je t’aime, je t’aime et te désire
Avec cette chaise et ton livre des morts
Dans le couloir de la mélancolie
L’obscur vestibule conduisant au Lys
De notre chambre aux amours lunaires

La la la, li la la...
Prends cette valse mon amour et serre les dents

À Vienne, il y a quatre miroirs
Aux échos de ton chant
Une joueuse éthérée au piano
Des jeunes hommes au sang bleu
Des mendiants dans les combles
Et des pleurs de cristal

La la la, li la la...
Prends cette valse mon amour et serre les dents

Parce que je t’aime et te désire
Pendant que les enfants jouent
Sous les vieilles armoiries de Hongrie
Moutons noirs et édelweiss
Sous le silence obscur de ton front

La la la, li la la...
Prends cette valse mon amour et serre les dents

La valse de Vienne ne s’arrête jamais
Sous les embruns de ton masque
Inondant les rives et les jacinthes d’eau
Alors, je retire ma bouche d’entre tes cuisses
Mon âme est un nénuphar photosensible
Dans les soubresauts étranges de ta chute
Je vais partir mon amour, mon tendre amour
Et je pleure les violons d’outre-tombe
Et l’écho de ta valse.

(Traduit et adapté de l'espagnol par Tristan Ranx 2008)

Federico Garcia Lorca

Pequeño vals vienés

En Viena hay diez muchachas,
un hombro donde solloza la muerte
y un bosque de palomas disecadas
Hay un fragmento de la mañana
en el museo de la escarcha
Hay un salón con mil ventanas
¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals con la boca cerrada

Este vals, este vals, este vals,
de sí, de muerte y de coñac
que moja su cola en el mar

Te quiero, te quiero, te quiero
con la butaca y el libro muerto
por el melancólico pasillo
en el oscuro desván del lirio
en nuestra cama de la luna
y en la danza que sueña la tortuga
¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals de quebrada cintura

En Viena hay cuatro espejos
donde juegan tu boca y los ecos
Hay una muerte para piano
que pinta de azul a los muchachos
Hay mendigos por los tejados
Hay frescas guirnaldas de llanto
¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals que se muere en mis brazos

Porque te quiero, te quiero, amor mío
en el desván donde juegan los niños
soñando viejas luces de Hungría
por los rumores de la tarde tibia
viendo ovejas y lirios de nieve
por el silencio oscuro de tu frente
¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals del "Te quiero siempre"

En Viena bailaré contigo
con un disfraz que tenga
cabeza de río
¡Mira qué orilla tengo de jacintos
Dejaré mi boca entre tus piernas
mi alma en fotografías y azucenas
y en las ondas oscuras de tu andar
quiero, amor mío, amor mío, dejar
violín y sepulcro, las cintas del vals.



Federico Garcia Lorca

Rédigé par caroleone

Publié dans #La poésie que j'aime, #La poésie en chanson

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