Les traîne-misère

Publié le 16 Août 2016

Les traîne-misère
 
“Dédié à ceux à qui l’on dispute le pain, l’air, la vie… tout enfin ce dont ‎ont besoin des êtres humains et ce à quoi ils ont droit. ‎
Dédié à ceux qu’on exploite, qu’on affame, qu’on emprisonne, qu’on mitraille, qu’on garrotte, ‎qu’on jette en prison et dans les bagnes quand ils revendiquent leur droit à l’air. ‎
Dédié à ceux qui après quarante et cinquante ans de travail arrivent fourbus, désespérés et vrillés de ‎douleurs à n’avoir même pas un morceau de pain sur la planche pour récupérer, ne fût-ce même que ‎quelques jours.‎
Dédié à ceux qui travaillent comme des bêtes de somme et qui ne vivent même pas aussi bien !... ‎Dédié à ceux qui piochent comme des sourds dans les sombres profondeurs de la terre avec la ‎perspective, en s’y rendant, d’y être ensevelis, ou, s’ils en sortent, de ne pas avoir à manger tout leur ‎saoul…‎
Dédié à tous ceux dont la résignation, l’intelligence, le courage, le travail entretiennent une poignée ‎de parasites !...
JB Clément

Les gens qui traînent la misère
Sont doux comme de vrais agneaux ;
Ils sont parqués sur cette terre
Et menés comme des troupeaux.
Et tout ça souffre et tout ça danse
Pour se donner de l’espérance !
Pour se donner de l’espérance !‎

Pourtant les gens à pâle mine
Ont bon courage et bonnes dents,
Grand appétit, grande poitrine,
Mais rien à se mettre dedans.
Et tout ça jeûne et tout ça danse
Pour se donner de l’abstinence !
Pour se donner de l’abstinence !‎

Pourtant ces pauvres traîne-guêtres
Sont nombreux comme les fourmis ;
Ils pourraient bien être les maîtres,
Et ce sont eux les plus soumis.
Et tout ça trime, et tout ça danse
Pour s’engourdir dans l’indolence !‎

Ils n’ont même pas une pierre,
Pas un centime à protéger !
Ils n’ont pour eux que leur misère
Et leurs deux yeux pour en pleurer.
Et tout ça court et tout ça danse
Pour un beau jour sauver la France !‎

Du grand matin à la nuit noire
Ça travaille des quarante ans ;
A l’hôpital finit l’histoire
Et c’est au tour de leurs enfants.
Et tout ça chante et tout ça danse
En attendant la providence !‎

En avant deux ! O vous qu’on nomme
Chair à canon et sac à vin
Va-nu-pieds et bête de somme,
Traîne-misère et meurt de faim
En avant deux et que tout danse
Pour équilibrer la balance !‎

Jean-Baptiste Clément 1874

Rédigé par caroleone

Publié dans #La poésie que j'aime, #Chanson non crétinisante

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