Porto Rico : Le grito de Lares

Publié le 18 Juillet 2016

Porto Rico : Le grito de Lares

Drapeau original de la république de Porto Rico

Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1567601

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Ou le Cri de Lares, le soulèvement de Lares, la rébellion de Lares.

Ceci pour désigner une révolte dirigée contre la domination espagnole à Porto Rico le 23 septembre 1868 dans la petite ville de Lares à l'ouest de l'île et lors de laquelle sera proclamée la très éphémère république de Porto Rico.

Cet évènement qui en soit fut un échec n'en a pas moins suscité un intérêt considérable par les réformes qu'il a contribué à faire mettre en place et par la place qu'il occupe toujours dans la mémoire collective portoricaine.

Les germes

Les revendications économiques et politiques de Porto Rico sont ignorées par la couronne espagnole, de nombreux militants sont partisans de l'indépendance d'avec l'Espagne. Ils sont souvent emprisonnés ou contraints à l'exil. Les impôts grèvent le commerce local et renforcent la mainmise des peninsulares sur l'économie du pays.

En 1855, il y a une épidémie de choléra qui frappe les esclaves et les journaliers et donne lieu à une pénurie de main d'œuvre agricole.

En 1867, deux catastrophes naturelles amenuisent la capacité d'endurance des habitants: l'ouragan San Narciso suivi d'un tremblement de terre de magnitude 7.3 sur l'échelle de Richter suivi d'un raz de marée qui accable le sud-est de l'île.

Le peuple est mécontent et 73 organisations révolutionnaires se constituent.

A Cuba, le 10 octobre éclate le Grito de Yara qui amorce la guerre d'indépendance cubaine dite des Dix ans.

La reine Isabelle a été renversée en Espagne par une révolte aristocratique, la révolution glorieuse le 17 septembre 1868. Sa gouvernance n'a suscité que du mécontentement y compris dans les colonies.

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Belvis

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Le 23 septembre 1868 : Le grito de Lares

Il a été planifié en amont par le docteur Ramón Emeterio Betances et l'avocat Segundo Ruiz Belvis au sein d'un comité qu'ils ont fondé, le comité révolutionnaire de Porto Rico, et ce pendant leur exil en république dominicaine.

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Betonces

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Betonces rédige des proclamas (proclamations) dans lesquelles il dénonce l'exploitation des portoricains par le système colonial espagnol et appelle à l'insurrection.

Des cellules secrètes (juntas) réunissent des membres issus de tous les secteurs de la société, des propriétaires terriens, des commerçants, des personnes exerçant des professions libérales, des paysans et des esclaves.

La plupart sont des criollos c'est à-dire, nés sur l'île.

Au départ, il était prévu de déclencher l'insurrection dans la ville de Camuy le 29 septembre, un jour férié qui aurait pu permettre des soulèvements simultanés dans différents secteurs.

Les autorités espagnoles ayant eu vent de l'affaire par un concours de circonstances liées à l'amateurisme de l'opération, il fut donc convenu de frapper le 23 septembre dans la ville de Lares.

Le jour dit, 400 à 600 rebelles se rassemblent dans l'hacienda de Manuel Rojas à proximité de Pezuela.

Ils sont mal entraînés et peur armés, se déplaçant à pieds ou à cheval, ils pénètrent dans la ville vers minuit.

Ils pillent les magasins et les bureaux appartenant aux peninsulares (espagnols de naissance) et s'emparent de l'hôtel de ville.

Les commerçants espagnols tenus pour ennemis de la patrie sont faits prisonniers.

Les révolutionnaires exhortent les propriétaires à conduire leurs esclaves à la mairie en vue de les affranchir.

Ils investissent l'église de la localité de Lares et déploient le drapeau révolutionnaire pour signifier le début de la révolution.

A 2 heures du matin est proclamée la république de Porto Rico sous la présidence de Francisco Ramirez Médina.

Les esclaves qui les rejoignent sont libérés

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Manuel Rojas

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Les forces rebelles se mettent en route pour aller s'emparer de la localité suivante, San Sebastián del Pepino.

Mais la milice espagnole est là et leur impose une résistance.

Sous les ordres de Manuel Rojas, les insurgés se replient sur Lares.

En deux jours l'affaire est pliée et les rebelles soumis par la milice. L'insurrection prend fin.

Il y auar 475 insurgés incarcérés dont Manuel Rojas.

Le 17 novembre, la cour martiale prononce la peine de mort pour trahison, sédition à l'encontre de tous les prisonniers mais pour apaiser l'atmosphère troublée de l'île, le nouveau gouverneur décrète en janvier 1869 une amnistie générale et les prisonniers seront libérés.

Néanmoins et entretemps, 80 auront succombé en détention.

Ce coup d'éclat est, il est vrai jonché d'erreurs et de maladresses qui lui auront été fatales.

Pour autant les aboutissements sont positifs.

L'île profitera dans les années suivantes d'une plus grande autonomie politique.

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Eglise de Lares et monument sur la Plaza de la Revolucion

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Commémorer

Le grito de Lares sera longtemps interdit de commémoration à Porto Rico aussi bien par les autorités espagnoles que par les autorités américaines.

Les militants indépendantistes, José de Diego et Luis Llorén Torres s'efforcent de faire commémorer l'évènement par le biais d'un jour férié.

A la fin des années 1920, des membres du partido nacionalista de Porto Rico organisaient des cérémonies historiques et en vue de collecter des fonds.

Un ensemble de rituels sera mis au point bien plus tard pour commémorer l'évènement avec dignité.

L'élément clé de ses rituels associés au grito est le don fait à la famille Albizu par la poétesse chilienne Gabriela Mistral d'un tamarinier venant de la propriété de Simón Bolívar au Venezuela.

L'arbre sera planté sur la plaza de la revolución avec la terre prélevée dans 18 autres pays hispaniques d'Amérique latine.

Albizu voulait doter cette place d'un symbole vivant de solidarité et de lutte pour la liberté et l'indépendance engagée par Bolívar, lequel avait promis lors de sa visite à Vieques dans l'île d'assister la nouvelle indépendance portoricaine mais en fut empêcher par des luttes de pouvoir autour de lui.

Le tamarindo de Don Pedro se voulait peut-être le pendant du Gernikako Arbola, l'arbre de la liberté de la ville de Guernica au pays basque espagnol ?

Le 23 septembre sera néanmoins considéré officiellement comme une fête nationale et Lares classé site historique, reconnu comme berceau du nationalisme portoricain.

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Mariana Bracetti

By Unknown - Transferred from en.wikipedia to Commons. (Original text: Image of Mariana Bracetti from Library of Congress can also be found at: http://www.salonhogar.com/est_soc/pr/biografias_old/bracetti.htm), Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=47398347

Les femmes portoricaines dans le grito de Lares

Des femmes ont participé au soulèvement du grito de Lares, il ne faut pas les oublier, du moins deux d'entres elles :

Mariana Bracetti est la demi-soeur de Manuel Rojas, c'est elle qui a fabriqué de ses mains le drapeau de la nouvelle république de Porto Rico.

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By http://en.wikipedia.org/wiki/User:Marine_69-71 - English Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Image:Lola_Rodriguez_de_Tio.JPG, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1568328

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Lola Rodriguez de Tío croyait en l'égalité des droits des femmes et en l'abolition des esclaves.

Elle participe au mouvement portoricain pour l'indépendance.

C'est elle qui écrit notamment l'hymne national du pays, La Borinqueña (de Boriquen le nom donné à l'île par les indiens Taïnos).

Mais les paroles révolutionnaires de cet hymne toujours actuel seront édulcorées, cependant on en a toujours des traces .

source : wikipedia

Réveille toi, borinqueño
Le signal est donné!
Sors de ce rêve
Car il est l'heure de combattre!
À cet appel patriotique
Ton cœur ne brûle-t-il pas?
Regarde ! Le bruit du canon
Nous sera sympathique.
Regarde, le cubain
sera libre;
la machette lui donnera
sa liberté…
la machette lui donnera
sa liberté.
Le tambour guerrier
Retentit déjà et dit,
Que dans les broussaille se situe l'emplacement,
L'emplacement de la réunion,
De la réunion…
De la réunion.
Le Cri de Lares
Doit être répété,
Et nous saurons alors
Vaincre ou mourir.
Belle Borinquen,
A Cuba il faut suivre ;
Tu as des fils courageux
Qui veulent combattre.
Nous ne pouvons plus rester impavides
nous ne pouvons plus rester ainsi,
nous ne voulons déjà pas, timides
nous laisser subjuguer.
Nous voulons déjà
être libres,
et notre machette
aiguisée est.
et notre machette
aiguisée est.
Pourquoi, alors,
devons-ils être,
tellement dormis et sourds
et sourds à ce signal?
à ce signal, à ce signal?
Il ne faut pas craindre, riqueños
au bruit du canon,
que sauver à la patrie
il est devoir du cœur!
Ou nous ne voulons pas despotes,
tombez déjà la tyran,
les femmes indomptables
sauront aussi combattre.
Nous voulons
la liberté,
et nos machettes
nous la donneront…
et notre machette
nous la donnera…
Allons, borinqueños,
Allons déjà,
qui nous attend soucieuse,
soucieuse la liberté.
La liberté, la liberté !

Lola Rodriguez de Tío

la chanson reprend les paroles édulcorées et non les originales

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